‹ Cyrille et MéthodeChapitre 68 sur 142 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

rent la Moravie en 867 pour se rendre à Rome(l), après y avoir fait un séjour de trois ans et demi. La date que nous cherchons tombe donc vers l'année 862 ou 863. L'empereur Michel et Bardas accueilhrent avec empressement la demande des députés moraves. Ils savaient quelles qualités Méthode et Constantin avaient déployées dans l'accomplissement de leur mission chez les Khazares. Nés à Thessalonique , les deux frères possédaient à fond la langue slave. Ils étaient donc désignés d'avance au choix de l'empereur : on ne peut guère admettre, comme le veulent la légende morave et la translatio , que Rastiz les eût désignés lui-même sur la foi de leur renommée. C'est là sans doute une de ces exagérations auxquelles se prête aisément la fantaisie des écrivains, surtout lorsqu'elles ne nuisent pas à l'intérêt du récit.

Les deux frères acceptèrent immédiatement la mission que l'empereur leur confiait; mais il ne s'agissait pas seulement d'aller compléter la conversion du peuple morave , il fallait encore mettre à sa portée la Bible et l'Évangile , traduits pour la première fois en langue slave. Ce n'était point là une petite difficulté. Les Slaves n'avaient eu jusqu'alors ni écriture usuelle ni langue littéraire (2). C'est à Constantin , ainsi que le prouvent tous les documents, qu'était réservée cette double gloire de créer l'une et l'autre. Nous examinerons dans un chapitre spécial la question de savoir à quelle épo-

[{ ) Voyez plus bas.

(2) Voyez sur cette question le cli. xii.

que fut inventé l'alphabet slave et quel était cet alphabet ; il ne peut être postérieur au départ des deux frères pour la Moravie. Ce fut à Constantinople même que Constantin trouva l'alphabet slave et fit sa traduction de l'Évangile , qu'il emporta avec lui dans les pays inconnus où l'appelait son zèle apostolique (1).

L'empereur Michel voulut que le voyage des deux frères se fît à ses frais; il les chargea de nombreux présents et d'une lettre pour Rastiz. Il ne nous reste de cette lettre qu'un texte paléo-slave inséré dans la vie slave de Constantin. Est-ce le texte original? N'estce qu'une traduction d'un texte grec ou latin? C'est là une question impossible à résoudre. Voici en tout cas la teneur de cet intéressant document :

(( Dieu, qui veut que chacun arrive à la connaissance de la vérité , et tende à un état plus parfait , a vu ta foi et tes efforts. Il vient de révéler pour votre langue des lettres que vous ne connaissiez pas encore, de sorte que vous serez comptés parmi les grandes nations qui louent le Seigneur en leur langue. Nous t'envoyons celui à qui Dieu a fait cette révélation , homme honorable , orthodoxe et très-savant philosophe. Reçois ce don , plus grand et plus beau que l'or et l'argent, et les

(1) Vie de Constantin, ch. v. - Anoiiym. Salisburg. — Lettre du pape Jean YIII — I e moine Chrabr. — Vie de S. CJém. — Légende morave , Transîatio.. , et tons les synaxaires et ménologues paléoslaves. Il résulte de l'ensemble de ces documents que ce fut bien pour les Moraves que Cyrille inventa l'alphabet sîave^ et non pour les Bulgares, comme on l'a prétendu Le texte de Chrabr a été généralement mal interprété. —Voyez la discussion de Raczki, p. 138 et sq.

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