CHAPITRE IV
pierres précieuses et les richesses qui passent. Élève donc ton âme en le recevant et affermis tous les cœurs dans la recherche de Dieu : ne rejette pas le salut qui vient pour tous , mais excite tous les cœurs à ne pas s'endormir et à marcher dans le droit chemin , afin qu'après les avoir amenés à Fintelligence de Dieu , tu reçoives ta récompense dans ce monde et dans le monde avenir pour toutes les âmes qui croiront à Jésus-Christ, notre Dieu maintenant et dans les siècles des siècles , et que tu laisses ton souvenir aux générations futures à l'instar du grand Constantin. »
Outre les dons et la lettre de l'empereur, les deux frères emportaient avec eux les restes de saint Clément. Cette précieuse relique devait encore relever le prestige de leur nom et de leur mission (1).
Peut-être avaient-ils déjà formé le dessein de visiter Rome, et ils savaient que les reUques d'un pape martyr seraient pour eux la meilleure des recommandations. C'est d'ailleurs dans l'Église catholique un antique usage de ne célébrer l'office de la messe que sur les reUques des martyrs. Cyrille et Méthode savaient que, dans les pays où ils se rendaient, ils ne trouveraient point partout des autels : le reliquaire de saint Clément leur en tiendrait lieu.
D'après ce que nous avons dit plus haut, ils durent partir vers la fm de l'année 863 ou au commencement de 864. Pour aller de Constantinople en Moravie, il leur fallait traverser la Bulgarie. Ce pays, où le chris-
(\) Lég. rnoi'. — Transi.
tianisme avait déjà fait de grands progrès, était alors gouverné par le roi Boris.
Boris était encore païen , mais diverses circonstances le prédisposaient à embrasser la foi chrétienne. Dans une guerre contrôles Grecs, la sœur de Boris était tombée aux mains de Tennemi ; conduite à Constantinople^ elle y avait reçu le baptême. Plus tard, elle avait été rendue à son frère et avait sans doute essayé de le conquérir à son nouveau culte. A la cour de Boris s'était trouvé un prisonnier grec, le moine Koupharas, dont les exhortations avaient sans doute aussi fait sur le prince slave une certaine impression (1). La cour de Byzance, réconciliée récemment avec Boris (2), avait intérêt à sa conversion et ne devait rien épargner pour l'obtenir. Ainsi, quand Constantin et Méthode arrivèrent en Bulgarie, le pays était évidemment préparé à les bien recevoir. Quelque hâte qu'ils eussent d'arriver en Moravie, il était naturel qu'ils profitassent de leur passage chez les Bulgares pour y faire entendre la parole évangélique. Les deux vies slaves sur lesquelles nous établissons en général notre récit sont , il est vrai , muettes sur ce point ; elles ne le regardent sans doute que comme un épisode sans importance, à côté des deux grandes missions qu'elles nous racontent avec détail ; mais les documents relatifs au séjour des deux frères chez les Bulgares sont trop nombreux pour qu'on puisse
(1) Const. contin., éd Paris, iv, 14. — Cedrenus , même édit., p. 152, — Zonaras, id , tom. ii, 15o.
(2) Simon Logolh , édit. Paris, p 440.