CHAPITRE IV
disciples, ainsi que nous le raconterons plus tard (chap. xi).
Nous ignorons combien de temps les deux apôtres séjournèrent en Bulgarie, mais , comme nous l'avons établi plus haut , leur séjour dans ce pays ne dut pas se prolonger au delà des premiers mois de l'année 864.
La translatio et la légende morave les font rester en Moravie quatre ans et demi ; la vie slave de Constantin trois ans et quatre mois. D'où vient cette différence ?
La légende slave compte sans doute les années et les mois à partir de l'arrivée des apôtres à la cour de Rastiz, tandis que les deux autres notices comprennent dans leur évaluation le temps de leur séjour chez les Bulgares et le temps passé dans un voyage qui dut être long et pénible.
Mais avant d'entrer avec eux en Moravie, il me faut signaler un paradoxe singulier et en faire justice en deux mots.
Le théâtre principal de l'apostolat de Cyrille et Méthode fut la Moravie.
Nous avons dit plus haut ce que c'était que cet empire qui confinait d'un côté à l'Allemagne, de l'autre à la Bulgarie. En déterminer les Kmites, serait chose difficile ; mais nous en savons assez pour distinguer nettement la Moravie de Rastiz d'une province de môme nom appartenant à la Bulgarie , et avec laquelle on l'a quelquefois confondue. Cette Moravie bulgare était une petite principauté établie sur les bords de la Morava,
affluent de la rive droite du Danube (1). C'est par opposition à cette principauté sans importance que la Moravie historique, la Moravie de Rastiz et de Svatopluk reçut le nom de grande Moravie ou de Moravie supérieure (2). Il n'y a pas de confusion possible entre le grand Etat et la petite province. Un savant allemand, Blumberger (3), a cependant prétendu que l'apostolat de Cyrille et de Méthode n'a rien eu de commun avec la grande Moravie et qu'il n'a eu d'autre théâtre que la petite Moravie et la Bulgarie. Selon lui , ce n'est qu'à partir du xiv^ siècle, que l'on aurait eu l'idée de faire de la grande Moravie le centre d'action des deux frères. Sans doute , Blumberger voudrait nous donner le change sur les prétentions du clergé allemand et sur son attitude médiocrement chrétienne vis-à-vis des deux apôtres slaves. Les invraisemblances lui coûtent peu. Il ne nie pas que le Rastiz dont parlent les docu-
(i) En 879 , on trouve parmi les évêques rassemblés par Photius un évêque de Moravie, 'A^aôwv MwfàCwv. — Asseman., Kalend , m, 138. — Const. Porphyrogénèlc nomme aussi un "Apy/vvra MwpaCîa? auprès de la Serbie. — De cerem. aul Byz., liv. n. 48. — il est aussi question de la petite Moravie dans le géographe bavarois et dans la Vie du roi serbe saint Sabba ;xui* siècle).
La Moravie se jette dans le Danube auprès de Koulitch, au-dessous de Smedevero Semendria). — Voir Karadjitch, Dictionnaire serbe. — Voyez encore Schafarik, Antiq. slav.., § 30.
(2) Uue légende slave du xni" siècle, citée par M. Kalajdovicz [Johan. Exarch. Bolgarskîj), appelle Méthode archiepiskop visnjuju Moravou — Cf Assi'm.,Kal. vi, 235. — Const. Porph. {de Adm. imp., c. xni, xxxviii, XL ; ap. Stritter, u, 420) appelle à plusieurs reprises la Moravie de Svatopluk (toïj Scpav^ûirXojcou) -n iirc-^diri Mopaêtx.
(3) Dans les Wiener Jahrbïichcr, xxvi, n°2H, 1824.