CHAPITRE IV
ments soit le prince de la grande Moravie, mais il en fait un vassal des Bulgares. Ce système, qui dénature à la fois l'histoire et la tradition, a rencontré un ardent défenseur dans la personne de l'historien bulgare Veneline; VeneUne revendique énergiquement Cyrille et Méthode pour sa patrie , et ne veut point admettre qu'ils aient eu avec Rome le moindre rapport. Tous les documents relatifs à l'apostolat de la Moravie ont été fabriqués au xv*' siècle. Le passage si positif de Nestor est une interpolation de la même époque, etc., etc (1). Heureusement pour les lecteurs du livre de Veneline , le censeur qui en a surveillé l'impression a eu soin d'indiquer en note les erreurs qu'il renferme. 11 nous suffira donc d'avoir signalé ce paradoxe en passant; nous n y reviendrons plus ; la suite de notre récit en sera la meilleure et la plus concluante réfutation.
Constantin et Méthode arrivèrent en Moravie vers la fin de l'année 863 ou au commencement de l'année 864. Grande fut la joie du peuple morave, surtout quand il apprit qu'ils apportaient avec eux les reliques de S. Clément. Rastiz les reçut avec les plus grands honneurs (2) : Malheureusement aucune légende , aucune chronique ne nous indique dans quelle ville il faisait alors son séjour. Quelle était cette splendide forteresse, cette cité merveilleuse à laquelle aucune cité ancienne ne pouvait se comparer, suivant l'expression de l'anna-
(i j L'ouvrage do M. Veuclino a pour titre : Ikcherches critiques sur Vhistoire de la Bulgarie (eu russe; Moscou, iS40). (2) Vie de Coust , xv, Transldt. 7.
liste (1)? Aucun témoignage contemporain et positif ne répond à cette question. Des textes postérieurs de deux siècles désignent Velegrad (2), et la plupart des historiens en ont fait sur la foi de ces textes la capitale de l'empire morave. C'est aussi à Velegrad que la tradition populaire fixe le premier théâtre de l'apostolat, qui, du reste, s'étendit bientôt sur la Moravie tout entière.
Constantin et Méthode ne pouvaient à eux seuls suffire à la tâche qu'ils avaient entreprise. Aussi leur premier soin fut de réunir les jeunes gens les plus intelligents , de leur enseigner l'alphabet qu'ils avaient inventé, et de leur apprendre à lire la bible dont ils avaient commencé la traduction à Constantinople. Ils traduisirent en outre le bréviaire ; et la liturgie romainC;, qui jusqu'alors n'avait été qu'une lettre morte, commença à être comprise par le peuple. Alors, dit la légende slave , suivant la parole du prophète , les oreilles des sourds s'ouvrirent, et la langue des muets se délia (3). Ainsi se formèrent les éléments d'un nouveau clergé et d'une liturgie nouvelle.
Constantin entreprenait aussi de réformer les mœurs des Moraves : il s'éleva vivement contre l'habitude du divorce et parvint à l'interdire en faisant une seule réserve pour le cas d'adultère. Il eut également à lutter
{{ ) lllam ineffabilem Raslizi munitionem et omnibus anliquissimis dissimilem. Ann. fuld., ad ann. 869.— Voyez sur ce point la note de Dudik, t. 1, p. 14o.
(2) Dalemil, Chronique^ éd. Hanka, p 42.
(3) Translat., 1, Vie de Const., ch xv.