‹ Cyrille et MéthodeChapitre 74 sur 142 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

contre les hérésies et des superstitions qui tendaient à s'introduire en Moravie (1).

Quels furent les premiers rapports des deux apôtres avec le clergé allemand? Nous ne savons rien de positif à cet égard. N'étant évêque ni l'un ni l'autre , ils devaient être soumis à la juridiction spéciale de l'évêque de Passau, mais les relations hostiles qui existaient entre Rastiz et Louis le Germanique leur faisaient une situation exceptionnelle : peut-être, eu égard à cette situation , se crurent-ils autorisés à dépasser parfois les attributions que leur conférait la prêtrise. Un document fort ancien , cité en 1062 par Sévère , évêque de Prague, dit que du temps de Rastiz, Cyrille (lisez Constantin) consacra à Olmutz l'église de St-Pierre(2). Si vraiment , il s'agit d'une consécration Constantin aurait empiété sur les fonctions épiscopales. Mais si l'on ne veut pas admettre qu'il ait violé aucune règle canonique, ainsi que le pape Adrien lui en rendit plus tard témoignage (3), on peut supposer que le mot co7isecratio qui se trouve dans le texte signifie tout simplement henedictio.

Cependant Rastiz venait d'éprouver un grave échec (4). Assiégé dans sa forteresse de Dievina , il dut livrer de nombreux otages et jurer fidélité au roi de Germanie.

Il) Vie de Const., c. \v

(2) Boczek, Cod. dipl. Mor., i, 32 : « Consécrations ecclesiflfi per vcnerabilem fratrern Kyrilliim. »

(3) Ils n'ont rien fait contre les canons, dit la lettre île ce pontife dans la Vie de Méthode, ch. viii.

(4) An7i. Fuld., ad ann. 864. Pertz, i, 378.

Le clergé allemand , qui ne pouvait voir avec indifférence l'œuvre de Constantin et de Méthode , profita sans doute du triomphe de Louis le Germanique pour leur demander compte de leurs actes. L'opposition du clergé allemand devait être d'autant plus vive que la situation des deux apôtres n'était pas régulière. Le seul moyen de la régulariser était de s'adresser au souverain pontife. En effet, le Pape seul pouvait décider une question aussi grave que celle de l'introduction d'une nouvelle langue liturgique.

D'après la tradition reçue de temps immémorial , il n'y avait que trois langues sacrées : l'hébreu, le grec et le latin. La raison qu'on donnait de cette préférence est singulière : c'était en ces trois langues qu'avait été rédigée l'inscription placée sur la croix du Sauveur (1).

L'idiome syro-hébraïque avait été sans doute la langue liturgique des premiers chrétiens de la Judée, mais il avait dû bientôt faire place au latin et au grec. La langue latine gagna du terrain à mesure que l'empire d'Orient

(I) u Tresaulem siint linguœ saciœ ; heliroea^ graeca, latina;, quae tolo orbe maxime excellunt ; his enim tribus linguis super crucem Domini fuit causa ejusscripta. » Isidore, Efymolog., liv. ix. \, 3. — Le moine bulgare Chrabr dit : c Quelques gens pensent que Dieu lui-même a donné les lettres aux hommes, ne sachant pas ce qu'ils disent les malheureux ! et que Dieu a ordonné que trois langues auraient des alphabets, attendu qu'il est écrit dans TÉvangile : le tableau était écrit en hébreu, en jomain et en grec; mais il n'est pas question deslet'res slaves: donc elles ne viennent pas de Dieu.. .. » ~ Voyez encore, Vie de Méth , ch. vi Elle désigne les partisans du monopole des trois langues sous les noms de triUngues et de p^7atiens.

Page 1