CHAPITRE IV
s'affaiblissait, mais ne pouvait prétendre chasser complètement le grec du domaine liturgique. Elle maintint son monopole vis-à-vis des idiomes barbares dans l'intérêt de l'unité dogmatique et aussi de la suprématie romaine. Cependant, à mesure que les langues vulgaires se développaient à côté du latin ou à sa place , il fallait bien leur faire une part dans la vie religieuse. En 802 , le concile d'Aix-la-Chapelle invitait les évêques et les prêtres à se mettre à la portée du peuple dans leurs prédications et à lui enseigner l'oraison dominicale dans un langage intelligible (1). Le concile de Mayence en 813 recommande aux prêtres de faire apprendre au peuple l'oraison dominicale et le symbole des apôtres en langue vulgaire (2).
La même année le concile de Tours invite le clergé à traduire les homéUes des Pères en langue romane ou germanique (3). En 847, le concile d'Aix-la-Chapelle renouvelle les mêmes prescriptions (4). Ainsi FÉghse germanique admettait la langue vulgaire dans renseignement catéchétique , mais elle ne l'admettait point dans la liturgie. Certains esprits auraient même voulu la bannir entièrement des choses religieuses. C'est contre cette tendance que sont dirigés les canons
(i) « ut lides catholica ab cpiscopis ci presbyteris diligenter legaturetomni populo prœdic'Otiii-, et dominicam oiationom ipsi iiilelligant, et omnibus prjEdicent intelligendam , ut quis(iue sciât qnod petalaDeo..- » (Peiiz, Mo/i Germ.,\o^ i, 100.)
(2) u Oui alitor non potuerit, vel in sua linjua hoc discat. » — Mansixiv, 72.
(3) Mansl, ibid., 83.
auxquels nous venons de nous référer. En 794, le concile de Francfort avait dû s'exprimer d'une manière plus positive. « Que personne ne croie^ disait-il, qu'on ne peut adorer Dieu qu'en trois langues ; car Dieu peut être adoré et l'homme exaucé dans toutes les langues , s'il demande des choses justes (1). »
L'apostolat de Constantin et de Méthode ne dut pas rester ignoré du souverain pontife. Leur renommée grandissait chaque jour, et sans doute aussi le nombre de leurs ennemis. Peut-être avait-il reçu contre eux quelques plaintes du clergé allemand. En 865, un légat du pape, Arsénius, évêque d'Orta, avait visité les diocèses de Passau et de Ratisbonne (2). Quoi qu'il en soit, suivant la plupart des légendes , Nicolas les invita lui-même à se rendre à Rome. Il leur envoya une lettre qui malheureusement n'a point été conservée. Nicolas avait d'autant plus d'intérêt à s'assurer le concours de Constantin et de Méthode que les dispositions de la cour de Constantinople pouvaient faire prévoir qu'un jour ou l'autre elle échapperait à la suprématie pontificale. D'un autre côté , les Bulgares étaient entrés en relations avec le Pape, auquel ils demandaient une direction spirituelle et l'envoi de prêtres romains (3).
(1) Pertz, Mon. Germ., leg. i, 7o, c lit.
(2; Mansi collect. xv, p. 454, — Ann. Sax., ad, ann. 8G0 (Perlz, VI, 578). — Ann. Bert., ib., ii, 231.
(3) Un curU'ux moniiiriCnt de ces relations des Bulgares avec Rome, c'est le recueil intitulé ; « Respousa Nicolaï I ad consulta Rulgarorum » (866, ap. Mansi xy, 401 et sq. ; c. xli). Ces réponses sont au nombre de 106 ; elles se rapportent à Tordre social, religieux et po-