‹ Cyrille et MéthodeChapitre 76 sur 142 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

En ajoutant l'immense étendue de l'empire morave à cette nouvelle conquête , la papauté créait une forte barrière contre les empiétements du schisme byzantin, dont Photius allait donner le signal.

Ces graves considérations ont échappé à l'attention des hagiographes. Chacun d'eux assigne au voyage de Constantin et de Méthode un but particulier qui ne suffit pas seul à l'expliquer. Suivant la légende morave, le pape appela Cyrille et Méthode à Rome pour leur demander compte de l'introduction de la liturgie slave en Moravie. La légende bohème ne fait aller à Rome que Constantin, et cela dans un simple but de dévotion.

D'après la légende bulgare, Constantin et Méthode entreprirent leur voyage pour faire approuver au pape leur traduction des saintes Écritures. Ces diverses légendes ne parlent pas de la lettre du souverain pontife. Mais la légende italique, les vies slaves de Constantin et de Méthode et une chronique croate du Vatican, citée par M. Raczki (1), s'accordent à faire mander les deux frères par le pape Nicolas, ce qui est parfaitement vraisemblable dans les circonstances que nous avons exposées (2).

Constantin et Méthode partirent pour Rome en 8G7.

litique, et sonl fort intéressantes pour l'histoire de la Bulgarie primitive.

(2; 11 est à remirqner (jue vers la même époipie (23 oclobre 807), Nicolas écrivait aux évèqiies d'Allemagne el de rraiice (notamment à Hintmar) pour leur soumettre ses différends avec Photius. — Mansi xv, 355. — Ann ruld.,ad ann. 807.

Ils emmenaient avec eux quelques-uns de leurs disciples qu'ils jugeaient dignes d'être élevés à Tépiscopat (1). Ils emportaient aussi les reliques de saint Clément et leur traduction des livres saints. Leur voyage présente quelques incidents bons à noter. Ils traversèrent d'abord la Pannonie inférieure, où régnait alors le prince Kocel. Ce prince accueillit les deux frères avec de grands honneurs ; il leur témoigna une vive admiration pour l'invention des lettres slaves et leur confia l'instruction de cinquante disciples environ (2). Une chronique croate conduit ensuite nos voyageurs à travers la Croatie dont ils baptisent le roi Budimir (3). Nous avons vu plus haut que la Croatie s'était convertie dès le vii^ siècle. Il y a évidemment dans le récit du chroniqueur une erreur analogue à celle que nous avons déjà signalée à propos de la prétendue conversion du roi Boris. La gloire des deux apôtres ne fit qu'augmenter après leur mort, et chaque peuple slave a tenu à honneur de participer aux bienfaits de leur apostolat. Le nombre des disciples qu'ils laissèrent après eux explique leur prodigieuse popularité. Il est du reste possible qu'ils aient prêché en Croatie durant leur voyage à travers ce pays. Les critiques croates aiment à voir un souvenir de leur pas-

A) Transi , c vin.

(2) Vie de Ctmst , eh. xv.— C est peut-être ce se joui' chez Kocel qui a fait dire à la légende pannonieinie que Méthode et Constantin fuient appelés par ce prince.

(3) Raczki, op. cit., p. 213. — Le manuscrit auquel se réfère M. Raczki se trouve à la bibliothèque du Vatican.

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