CHAPITRE IV
sage dans le nom de certaines bourgades (Kelemen, Klimen) , où le culte de saint Clément, si cher à nos deux apôtres, apparaît dès les temps les plus reculés (1). Ils passèrent ensuite à Venise, où ils eurent à discuter contre le clergé latin, qui leur reprochait d'avoir introduit une langue nouvelle dans FÉgUse. Là, dit la légende slave, se réunirent contre eux évoques, prêtres et moines, comme des corbeaux contre un faucon (2), pour défendre l'hérésie des trilingues, c'est-à-dire de ceux qui n'admettaient dans la liturgie que les trois langues sacrées.
(( Pourquoi, disaient-ils à Cyrille, as-tu fait des lettres aux Slaves et les enseignes-tu ces lettres que n'a inventées personne avant toi, ni les apôtres, ni le pape de Rome, ni le théologien Grégoire, ni Jérôme, ni Augustin? Nous, nous ne connaissons que trois langues avec lesquelles on peut louer Dieu : l'hébreu, le grec et le latin. » Le philosophe leur répondit : « La pluie du Seigneur ne tombe-t-elle pas sur tous également? Son soleil ne luit-il pas sur tous? Ne respironsnous pas tous l'air ? Comment n'avez-vous pas honte de n'admettre que trois langues et de vouloir que les trois autres soient sourdes et muettes? Dites-moi, faites-vous Dieu impuissant, comme ne pouvant pas donner cela, ou jaloux, comme ne le voulant pas? Mais nous savons qu'il y a plusieurs peuples qui savent
{\) Jagic, Histoire de la littérature croate et serbe, Agrarn 1867, p. 38.
(2) Celte compaiaison se letrouve fiéfiuemmcnt dans la poésie populaire des Slaves, où le faucon joue un très grand rôle.
lire des livres et louer Dieu en leur langue, comme les Arméniens, les Perses, les Avazgues(?), les Ibères, les Sougdes (?), les Goths, les Obres (Avares), les Turcs, les Khazares, les Arabes, les Égyptiens, etc. »
Enfm les deux frères arrivèrent à Rome à la fm de l'année 867 ou au commencement de 868. Le pape Nicolas P% qui les avait appelés, venait de mourir le 43 décembre 867(1).
{\) Anastase, Vita Nicoîaî, p. 217. — La légende pannonienne se trompe évidemment en faisant ai-rivei' les deux frères à Rome sous Nicolas V''. Vin témoignage formel à cet égard, c'est la lettre d' Anastase le bibliothécaire qui, en 875, écrit à Charles le Chauve : « Constanlinus Philosophus,qui Romam sub venerabilis memoriae Adriano juniori papa veniens, sancti Clementis corpus sedi suœ restituit. »— Ginzel codex, p. 44.
CHAPITHK V.
Nicolas P"* eut un successeur digne de lui, Adrien II, consacré le 14 décembre 867. Il apprit Tarrivée de Constantin et de Méthode avec une joie d'autant plus vive qu'ils lui apportaient les reliques de l'un de ses prédécesseurs, le pape Clément. Il alla au-devant d'eux suivi d'une grande foule et reçut de leurs mains les reliques, auxquelles la foi du temps attribua de nombreux miracles (1). C'est alors sans doute qu'elles furent déposées dans l'église dite de Saint-Clément, sur le mont Celius, où elles reposent encore aujourd'hui avec celles de saint Ignace.
Adrien songea immédiatement à donner à l'œuvre de Constantin et de Méthode la sanction qui lui manquait encore. Mais dans quelle forme fut donnée cette
(1) Anastasc, Ft7a Adînam.— Translal , c. \\.~Viede Const.jWu. — Vie de saint Clément ^ m
sanction ? Les divers documents sont peu d'accord sur ces détails, et force nous est bien de remplacer ici le récit par la discussion. Suivant la Translatio (1), le pape sacra Constantin et Méthode comme évêques ; suivant la légende morave, Constantin par humilité refusa ce titre, renuntians episcopatum. L'expression de l'hagiographe est assez obscure. Peut-être veut-il dire que Constantin, par humilité, recula devant l'exercice des fonctions épiscopales. La question, du reste, est tout à fait secondaire, puisque la mort empêcha Constantin de se rendre dans le diocèse qui lui était confié. La vie de Constantin, celle de Méthode, celle de saint Clément se taisent également sur ce point; mais le martyrologe romain, à la date du 9 mars, honore formellement la mémoire des saints évêques de Moravie, Cyrille et Méthode (2). Ajoutons que l'ordre des Basiliens compte les deux frères comme évêques sur la liste de ses saints (3), et que l'Église de Moravie les cite comme ses premiers évêques (4).
Nous pouvons déterminer avec exactitude la date de cette consécration ; elle eut lieu le 5 janvier 868 , quarante jours avant la mort de Constantin , qui arriva le 8 février suivant (5).
Ce fut en consacrant Constantin que le Pape lui
(Ij G. IX.
(2) Martyr. Rom. (Romae 1845).
(3j Ind. sanctorum ordinisS. Basilii, ap. Martyr. Rom., p. 371.
(4) Jean d'Olmûtz, en 1380, écrit : « Beatissimi et gloriosissimi confessoies Cliristi et episcopi Cyrillus et Methodius. i
(5) Translat , c. x. — La légende morave dit 50 jours.