‹ Cyrille et MéthodeChapitre 78 sur 142 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

imposa le nom de Cyrille;, sous lequel il est connu dans la tradition et dans l'histoire (4). Ces changements de nom sont fréquents dans les annales ecclésiastiques et n'ont rien qui doive nous étonner. C'est ainsi que le pape Serge , en consacrant l'anglo-saxon Wilbrod , lui avait imposé le nom de Clément, que Grégoire donna à Winfried celui de Boniface (2).

Constantin était l'apôtre des Slaves , comme ils avaient été les apôtres de la Germanie. Ce ne fut pas sans dessein que le Pape choisit le nom d'un père de l'Église aussi célèbre que l'avait été, au v*' siècle, saint Cyrille d'Alexandrie. Le nouvel évêque , comme le fait justement remarquer un historien (3) , devait servir de lien entre le monde slave et le monde romain, comme le grand Cyrille avait fait entre Rome et la Grèce .

A côté de l'épiscopat slave il fallait instituer un clergé slave. Le Pape lit donc consacrer comme prêtres , diacres et sous-diacres plusieurs des disciples que les deux apôtres avaient amenés de la Moravie (4). Cette

(1) Transi., c. v.

(2) Acta Sandor. Ord. Beuedict , t. m. — Ottonis, Vit a Bonifacii, djnid Canisium, t m, p. 377.

(3) La légende morave, c. viii; bohème, c. v, el bulgare, c. m, supposent que Constantin se lit moine à Kome et prit alors le nom de Cyrille. Mais nous avons vu plus haut qu'il était entré dans la vie religieuse dès sa première jeunesse. On comprendrait peu d'ailleurs ce retour de Constantin à la vie monastique au moment où le titre d'évêque venait ouvrir une nouvelle carrière à son zèle apostolique. Enfin les paroles qu'il prononce avant de mourir prouvent qu'il était bien décidé à continuer son œuvre.

(4) Transi., c. ix. — f^ie de Méth , vi. — Vie de saint Clément, c II. — y ie de Const . , c. xvi.

consécration fut faite par Gaudrich , évêque de Velletri (1), et par Tévêque de Porto Formose, qui joua un certain rôle dans les négociations de la cour de Rome avec les Bulgares (2). Comme on sait, toute consécration exige le ministère de trois prélats , deux évêques et un archevêque : il est probable que le Pape remplit dans cette circonstance le rôle de l'archevêque. La question de la liturgie slave fit peu de difficulté. Le Pape, qui en comprenait tout l'intérêt, se montra très-conciliant, malgré les résistances que cette innovation rencontra dans le clergé romain (3). Il exigea des deux frères une adhésion complète à la doctrine de l'Église (4) , approuva leur traduction des Écritures et autorisa l'emploi de cette traduction dans la liturgie (5). Suivant la vie de Constantin, il en déposa un exemplaire dans l'église de Sainte-Marie- Majeure, et autorisa, à Rome même, la célébration du service divin en langue slave. Cyrille le célébra,

(1) (Certains historiens veulent que la consécration de Constantin ait eu lieu le 5 janvier 808, quelques jours à peine après rariivée des deux frères à Rome. Cela est d'autant moins vraisemblable que, d'après Anastase (Muratori, scriptores reruni. Ital., m, i et sq.), à ravénement d'Adrien (le 14 décembre 867) l'évêque Formose était encore en Bulgarie auprès du roi Boris. Il est donc presque impossible qu'il ait pu se trouver à Home le 5 janvier 868.

(2) Vie de Const , xvi. — Auast., Vita Adriani, p. 437.

(3) Vie de Méth , vi. — Leg. morav.^ c. vn.

(4) Voyez la lettre du pape Jean Vlllà Méthode en 879.— Lettre du même à Svatopluk. — Ginzel, Codex, p. 58-o9 — Ces lettres sont traduites plus loin.

(5) Legend. mor.y c. vu. — Vie de saint Clément, c. ni. — Vie de Méth.^ c. VI — Vie de Const., c. vu.

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