CHAPITRE VI
en latin puis en slave, afin que s'accomplisse la parole de l'Écriture : « Que tous les peuples louent le Seigneur (1) ; » et ailleurs : « Tous disaient en des langues diverses les grandeurs de Dieu, ainsi que l'Esprit-Saint le leur inspirait (2). » Si quelqu'un des docteurs que je vous envoie ou des disciples détournant ses oreilles de la vérité ose vous enseigner autre chose, en blâmant les lettres de votre langue, qu'il soit excommunié, qu'il soit livré au jugement de l'Église, jusqu'à ce qu'il se soit corrigé : car se sont des loups et non des brebis qu'il faut reconnaître à leurs fruits et dont il faut se défier (3). Pour vous , très-chers fils , écoutez les préceptes de Dieu, et ne rejetez pas les préceptes de l'Église , afin que l'on vous trouve de vrais adorateurs de Dieu notre Père céleste et de tous les saints. Amen (4). »
Cette lettre fut écrite après la mort de Cja^il le, arrivée en février 869 , avant le printemps de 870 , où Rastiz fut détrôné par son neveu, ainsi qu'on le verra plus loin.
Méthode , muni de ce précieux document , se rendit chez Kocel qui l'accueillit avec de grands honneurs (5).
Sur ces entrefaites des démêlés se produisirent entre Michel (Boris), roi de Bulgarie, et la cour de Rome. Le Pape n'ayant point accordé à ce prince le métropolitain qu'il lui demandait, il s'était rapproché
{{) Psaume 110, 1.
(2) Act. apost., 2, 4, 11.
(3) Mat , VII, 15,16.
('i) Celte icUio. était connue de Nestor; il en cite des fiagments sous la date de 898.
(5) Vie de Méth.^ vu.
de Constantinople et avait prié l'empereur Basile le Macédonien de lui envoyer un patriarche (1). La Bulgarie, sans entrer dans un schisme qui n'était pas encore consommé , échappait à l'action directe de la cour de Rome. Cet échec devait accroître la sollicitude du Pape pour les intérêts religieux de la Moravie.
Les tentatives de Rastiz pour émanciper rÉghse morave avaient sans doute éveillé l'attention du clergé allemand.
Dès le commencement de l'année 868 un concile germanique s'était réuni à Worms (2), à l'occasion des démêlés de Rome avec Constantinople. Un des actes de ce concile fut de renouveler une disposition du concile tenu à Mayence en 813 (3), en vertu de laquelle un prêtre étranger à un diocèse ne pouvait y remplir aucune fonction ecclésiastique sans l'autorisation de l'évêque diocésain.
En cas de désobéissance, le délinquant devait être interdit jusqu'à ce qu'un concile eût prononcé en dernier ressort. Cette disposition s'appliquait évidemment à Cyrille et à Méthode, qui avaient cru pouvoir, sans autorisation préalable, commencer leurs prédications dans un pays qui n'était pas encore érigé en diocèse indépendant.
Le clergé allemand protestait ainsi, autant qu'il était
(1) VitaHadr.,[^. 437438.
(2) Mansi xv, 879. Canon Lxn : Do opiscopis et de presbyteris vagantibus.
(3) Mansi xiv, 7!. Canon xxn : De clericis vagis , seu de arepha- Ibf etc.