CHAPITRE VIII
JEAN, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à Svatopluk de Moravie (Zuvatapu de Maravnâ).
La lettre s'ouvre par des témoignages d'affection et de bienveillance pour Svatopluk qui n'ont qu'un médiocre intérêt; puis le Pape entre en matière.
(( D'après ce que nous a appris le prêtre Jean, votre envoyé, vous doutez dans la droiture de votre foi. Nous invitons votre dilection à tenir pour vrai, à croire ce que l'Église romaine a appris du Prince des apôtres, ce qu'elle observe, ce qu'elle a observé et ce qu'elle observera jusqu'à la consommation des siècles. Et... si quelqu'un, soit votre évêque, soit quelque prêtre, veut annoncer ou prêcher autre chose, enflammé du zèle de Dieu, rejetez d'un seul esprit, d'une seule volonté la fausse doctrine : tenez ferme et gardez la tradition du siège apostolique. Nous avons appris que Méthode, votre archevêque^ qui a été ordonné par notre prédécesseur Adrien et envoyé près de vous, enseigne autre chose que ce qu'il a déclaré croire de bouche et par écrit devant le siège apostolique. Nous sommes fort étonné de cela. Nous l'avons donc invité à venir sans délai comparaître devant nous, afin que nous apprenions de sa bouche s'il se conduit et croit ou non ainsi qu'il l'a promis.
» Donné le 18 des calendes de juillet de la 12^ indiction. »
Dès qu'il eut reçu la lettre du Pape, Méthode se mit en route pour Home. Svatopluk le fit accompagner
par un de ses officiers, appelé Semissin (1). Il l'avait chargé, dans une lettre que nous n'avons plus, d'exprimer au Pape son attachement et celui du peuple morave pour le Saint-Siège, et de suivre les phases du procès qui allait s'instruire.
Méthode, en sa qualité de métropolitain, était directement soumis à la juridiction pontificale (2). Le Pape composa le tribunal destiné à juger l'accusé d'un certain nombre d'évêques dont les noms ne nous sont pas parvenus (3). Parmi eux figurait peut-être Theotmar, évoque de Salzbourg, qui se trouvait à Rome à cette époque (4).
Ce tribunal avait à examiner les deux accusations portées contre Méthode, la première concernant le dogme, la seconde concernant la langue liturgique. Méthode se justifia également sur l'un et l'autre pohit.
D'après l'hypothèse que nous avons admise, comme étant la plus vraisemblable, on lui reprochait de ne point croire que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, attendu qu'il ne chantait point le ftlioque dans le Credo; mais la réponse était facile. Si Méthode omettait le ftlioque^ il ne faisait que se conformer à l'exemple de l'Église romaine qui, elle-même, n'avait pas introduit ces deux mots dans le Symbole, parce
(1) Lettre de Jean Vlll à Svalopliik, juin 880 (Ginz. , Cod., p. (30).
(2) Cf. Mansi, ni, 624. — Ep. Gregor. Magn., ep. 8.
(3) Ginz. , Cod., p. 6i.
(4) Auctuar. Garstiensc, ad aim. 880 : « Dictmarus, archiepiscopus Salisburgensis, Romani venit et sanctum Vincentium adduxit in patriam. » — Ap. Raczki, p. 329.