‹ Cyrille et MéthodeChapitre 98 sur 142 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

qu'aucun concile général n'avait encore décidé la question. Il est vrai que, conformément aux décisions du synode de Tolède (589), des conciles de Fréjus, de Francfort, d'Aix-la-Chapelle (791, 794), les Églises d'Allemagne avaient adopté le /iZiogwe ; mais un métropolitain, qui ne relevait que du Saint-Siège, n'était point tenu de régler sa conduite sur celle des évêques allemands. Ainsi l'omission incriminée ne pouvait absolument rien contre Méthode : sa foi était bien celle de l'Elglise romaine ; son enseignement^, ses actes permettaient de la juger (1). Le Pape, ainsi que l'atteste sa lettre à Svatopluk du mois de juin 880, reconnut que « Méthode croyait et chantait le symbole conformément à la foi de l'Église romaine, aux décisions des synodes et des saints Pères (2). »

Restait la question de la langue liturgique. Le Pape devait être d'autant plus sévère sur ce point qu'il avait déjà, quelques années auparavant, interdit à Méthode, par l'intermédiaire de l'évêque Paul, l'usage de la liturgie slave. On lui avait fait croire que la langue slave était trop rude et trop inculte pour convenir à la majesté des offices divins (3). On lui avait sans doute aussi représenté le tort que l'innovation de Méthode pouvait faire à l'unité du dogme ; enfin on avait dû insister sur le peu de déférence qu'il avait montré pour les ordres du souverain Pontife. Nous n'avons pas la

(1) Je suis sur ces deux points Raczki el (iin/.el.

(*2) Ginz , Co(! , p. GO.

(3) Cf. ï'it. S. Clem^ m : AaoÛTyi; BouX-^aowv -^Xwcsyi^

défense de Méthode, mais les bonnes raisons ne durent pas lui manquer^, puisqu'il sortit vainqueur de cette seconde épreuve comme de la première. Le Pape approuva la traduction des Écritures faite par Constantin et en admit l'usage dans la liturgie, ainsi que le prouve le passage suivant de sa lettre à Svatopluk : « Nous approuvons complètement les lettres slaves inventées jadis par Constantin le philosophe. Nous approuvons qu'on chante en langue slave les louanges de Dieu. Nous ordonnons qu'on raconte dans la même langue les bienfaits et les actes du Christ Notre-Seigneur ; car l'autorité des Écritures nous apprend à louer le Seigneur non pas seulement en trois langues, mais en toutes, puisqu'elles disent : « Laudate Dominumomnes génies; collaudate eum omnespopuli. » Et les apôtres, remplis del'Esprit-Saint^ontdit dans toutes les langues les grandeurs de Dieu; et Paul, cette trompette céleste, dit aussi : « Omnis lingua confdeatur quia Dominus noster Jesus-Christus in gloria est Deipatris. » En effet, cela ne fait aucun tort à la foi ou à la doctrine de chanter la messe en langue slave, ou de lire le saint Évangile ou les leçons divines du Nouveau ou de l'Ancien Testament bien traduites et bien interprétées, ou de chanter les autres offices (dans la même langue) ; car celui qui a fait les trois langues principales, à savoir : l'hébreu, le grec et le latin, a créé aussi toutes les autres pour sa louange et sa gloire. Nous ordonnons donc que dans toutes les églises de votre pays l'Évangile^ par respect pour la langue latine, soit lu d'abord dans cette langue, puis ensuite traduit en slave

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