‹ Cyrille et MéthodeChapitre 99 sur 142 · CHAPITRE VTII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VTII

au peuple qui n'entend pas le latin, ainsi que cela se fait dans quelques églises. »

De même qu'un jugement résume les points essentiels de la plaidoirie qui a triomphé, de même ce passage de la lettre adressée à Svatopluk résume les arguments théologiques qu'avait dû employer Méthode pour sa défense.

Une décision aussi formelle devait apaiser tous les scrupules du prince morave ; mais Svatopluk, comme nous l'avons dit, ne comprenait tmllement la portée do l'œuvre de Méthode, pour lequel il avait assez peu de sympathie. Il ne se souciait point de la liturgie slave et témoignait une préférence marquée pour la langue latine. Il avait même voulu que le Pape l'autorisât à entendre la messe en latin (1).

Une fois convaincu de l'innocence de Méthode, le Souverain Pontife s'empressa de déclarer solennellement qu'il le confirmait dans ses fonctions de métropolitain. Voici en quels termes Jean VIII annonça cette décision à Svatopluk :

(1) Ce fait est plus grave qu'il n'en a l'aii-. En adoptant la langue latine comme langue religieuse de sa cour, Svatopluk créait un abîme entre l'aristocratie et le peuple morave. L'aristocratie s'habitua peu à peu à regarder l'emploi d'une langue étrangère comme une marque de supériorité. Plus tard, au latin elle substituera l'allemand, et prépai'era ainsi Tanéantisscment de la Moravie et de la Bohème en tant qu'Élats slaves Quelque chose d'analogue s'est produit plus lard en Pologne. La noblesse, toute latine, s'y est séparée du peuple ruthène et uniate : elle a mis sa religion latine au-dessus de celle «pi'elle appelait dédaigneusement une foi de paysan, chlopsh'n irJara. i-llle a ainsi préparé, sans s'en douter, les empiétements de l'oilhodoxie russe et les malheurs de la Pologne.

144 CYRILLE ET ÎSIÉTIIODE.

« Ayant trouvé Méthode orthodoxe , dévoué dans toutes les doctrines et fonctions ecclésiastiques , nous vous l'avons renvoyé pour régir de nouveau l'église de Dieu qui lui a été confiée : nous vous ordonnons de le recevoir de bon cœur, comme votre propre pasteur, avec l'honneur et le respect qui lui sont dus. En vertu de notre pouvoir apostoUque , nous lui avons confirmé le privilège de son archevêché , l'y maintenant à perpétuité avec la grâce de Dieu. »

Tout ceci prouve bien que les ennemis de Méthode avaient espéré sa disgrâce et comptaient ne plus le revoir en Moravie. Le Pape continue :

(( Le peuple de Dieu lui a été confié et il rendra compte des âmes

)) Nous ordonnons que les prêtres, diacres et clercs de tous ordres, Slaves ou (l/mie autre nation (i), qui se trouvent dans les limites de ton empire soient soumis et obéissants en tout à notre frère, votre archevêque, et ne fassent rien sans l'avoir consulté. Que si quelques esprits rebelles ou désobéissants entreprennent de faire quelque scandale ou quelque schisme , et ne se corrigent pas après un premier et un second avertissement, nous ordonnons, en vertu de notre autorité, qu'ils soient chassés de vos églises et de votre pays comme semeurs de zizanie , suivant les instructions (2) que nous lui avons confiées, et que nous vous adressons (3). »

(4) C'est-à-dire Allemands.

(2) Ces instruclions n'ont pas été conservées. (■.{) Cette leUre est ainsi datée : Data mensi junii 880), indicliune XllL

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