OBSERVATION I
{Pousson et Oraïson)
Il s'agit d’un jeune homme de dix-huit ans, étudiant en médecine, très bien constitué, ne présentant aucun antécédent personnel ou héréditaire, n'ayant jamais eu de blennorragie.
En mars 1904, il vient consulter M, Pousson parce que, trois mois auparavant, sans cause apparente, il a commencé à avoir de la fréquence, la nuit surtout, en même temps que ses mictions devenaient douloureuses et que les dernières gouttes d'urine se teintaienten rouge.
Au moment où il se présente, il urine cinq à six fois la nuit, toutes les deux heures le jour; les besoins sont impérieux et les mictions douleureuses.
Les urines, très limpides au début, sont franchement sanguinolentes à la fin.
L'examen des organes génitaux externes est négatif. La prostate très légèrement sensible, parait un peu plus ferme que normalement, mais n'offre aucune bosselure, aucune induration. Vésicules séminales saines; rien du côté des reins.
A l'exploration du canal, on ne trouve qu'un léger spasme de la portion membraneuse, mais toute la traversée de l’urètre prostatique est sensible.
M. Pousson pense à la tuberculose vésicale malgré le résultat négatif de l'examen bactériologique des urines et prescrit le traitement général et les instiations d’huile goménolée, |
L'état du malade semble un peu amélioré lorsque, en octobre de la même année, il est pris, tout à coup, d'hématurie profuse. Il rend, pendant deux jours. des urines fortement téintées en rouge, mais fluides, sans caillots ; puis elles S’épaississent, contiennent des caillots, et de la rétention survient, nécessitant un sondage, très facile d’ailleurs, qui ramène 800 grammes d'urine noire. Le malade est obligé d'être sondé pendant deux jours, puis la miction se rétablit spontanément, bien que les urines contiennent encore beaucoup de sang, en dépit des lavages à l'antipyrine et d'un traitement interne hémostatique.
Trois jours après, subitement, l'hémorragie cesse, et les urines redeviennent absolument limpides.
La santé générale reste très bonne, au point que M. Pousson conçoit quelques doutes sur l'exactitude de son premier diagnostic.
Quelques jours après l'examen cystoscopique montre, sur le côté droit de la vessie, en arrière du trigone, une série de fines végétations papillaires reposant sur une muqueuse fortement hypérémiée.
Sur ces entrefaites, le malade quitte Bordeaux pour aller habiter Paris.
Deux ou trois mois après, ayant été pris d’une nouvelle
hématurie abondante survenue comme la prernière, sans cause provocatrice et cessant brusquement au bout de trois où quatre jours, il va consulter à l'hôpital Necker.
Le diagnostic de néoplasme vésical est porté, la cystoscopie ayant révélé les mêmes lésions que j'avais déjà constatées. Cependant, par précaution, on pratique des examens réitérés de l’urine au point de vue bactériologique et on fait des inoculations aux cobayes.
Les examens bactériologiques restes négatifs, de même que les inoculations, sauf une qui est douteuse.
Une opération est proposée au malade qui la refuse.
On institue alors un traitement général et un traitement local à l'huile goménolée. Pas grand résultat, si ce n'est une diminution des douleurs, les urines sont, de temps en temps troubles et purulentes.
De retour à Bordeaux en Novembre 1966, il va revoir M. Pousson.
Il n’a pas eu d'hématurie depuis plus d’un an, mais il est amaigri, pâle.
Il se plaint de besoins survenant toutes les deux heures au moins, mais qu'il ne peut pas toujours satisfaire : il à des accès passagers de rétention. Les urines sont louches et laissent déposer une mince couche de pus mélangé de sang.
Toujours rien du côté des voies urinaires supérieures, ni du côté des organes génitaux.
Au cystoscope, vessie injectée dans tout son hémisphère inférieur et présentant des végétations papilliformes du côté droit.
L'analyse des urines ne démontre toujours pas l’existence de bacilles.
Dans ces conditions, M. Pousson maintient son diagnostic de tumeur de la vessie, tout en faisant des réserves.
I propose de nouveau une intervention qui est différée en raison de la situation militaire du malade qui exige qu'avant sa réforme définitive, il soit soumis à une observation médicale dans un hôpital militaire.
Pendant son séjour dans cet établissement, la situation s'aggrave : le malade maigrit beaucoup, à de la fièvre tous les soirs. En même temps les troubles vésicaux s'accentuent et les urines deviennent nettement et constamment purulentes.
En raison des nouveaux symptômes, le diagnostic s'étant modifié en faveur de la tuberculose, M. Pousson propose en février 1907 unecystostomie suspubienneque le malade accepte. |
Opération. — La vessie ouverte, on trouve toute la muqueuse rouge, linjectée, tomenteuse. surtout dans son hémisphère inférieur; il existe du côté droit, audessus du trigone et du bas-fond, une série de petites végétations papilliformes, qui sont disséquées aux cISeaUX.
Curettage sérieux des autres parties de la vessie, cautérisation au thermocautère et mise à demeure des tubes de Guyon-Périer.
Suites opératoires. — Pendant huit jours, tout marcha régulièrement, Au huitième jour, les tubes sont enlevés et remplacés par une sonde à demeure dans le canal.
Au dixième jour, le malade est pris de fièvre, la plaie rougit, S'œdématie, et une certaine quantité de pus
s'écoule par l'orifice des tubes en même temps que l’urine bien drainée jusque là.
Malgré tous les soins nécessaires, la plaie hypogastrique se désunit au bout de quelques jours.
La cicatrisation s’est faite très lentement par granulatiôn, mais il persiste au bout de trois mois une fistule vésicale. |
Le malade semble, d'ailleurs, n'avoir retiré aucun bénéfice de l'intervention chirurgicale : seules la fréquence et les douleurs de la miction ont diminué, mais les urines sont constamment purulentes.
A différentes reprises sont survenues des douleurs dans les reins, particulièrement dans le rein droit, qui font craindre une propagation à ces organes.
Rentré chez lui, le malade continue à décliner peu à peu jusqu'au jour récent où la mort vint le délivrer de ses souffrances.
L'examen histologique des végétations enlevées a montré qu'elles étaient constituées par du tissu embryonnaire parcouru par de nombreux capillaires et présentant, en plein tissu embryonnaire, une grande quantité de follicules tuberculeux typiques, non encore arrivés à la période de caséification.
L'ensemble de la végétation est recouvert d’un épithélium intact, ininterrompu.
Il s'agit donc bien d’une végétation de la période du début.