‹ Cytologie des inflammations cutanéesChapitre 10 sur 46 · Ranvier, ioc, cil · texte numérisé non relu

Ranvier, ioc, cil

dermique et qui est plus intradermique que sus-dermique (1).

A cet appareil vasculaire sanguin et lymphatique si remarquable s'adjoint un appareil nerveux non moins perfectionné. La « couche papillaire est extraordinairement riche en expansions nerveuses et la vieille distinction on papilles tactiles et papilles vasculaires doit être complètement abandonnée parce que toute papille contient à la fois des nerfs et des vaisseaux (2) ».

D’après Ruffini on rencontre dans les couches papillaire et sous-papillaire les expansions nerveuses suivantes : corpuscules de Meissner, corpuscules de Dogiel, touffes papillaires, expansions en anses entortillées, pelotons libres, réseaux périvasculaires, corpuscules de Golgi-Mazzoni, terminaisons arboriformes ou arbuscules de Dogiel. — Ne devant pas étudier les modiGcations de ces expansions au cours des états inGammatoires de la peau, nous nous contentons de mentionner ici les formations nerveuses de la couche réticulaire et nous renvoyons pour tous les détails les concernant au travail de RufGni, qui est parmi les ouvrages récents, l’exposé le plus complet que nous connaissions.

La couche réticulaire contient encore des Gbres musculaires lisses et en certaines régions des Gbres musculaires striées, des follicules pilosébacés et des conduits sudorifères ; mais tous ces appareils ne font que traverser la couche réticulaire, à l’exception des glandes sébacées qui peuvent y être contenues tout entières.

2° Epiderme. — Au-dessous de la couche réticulaire se trouve une assise épithéliale stratiGée, l’épiderme. Sa structure est simple, car elle n’est faite (jue d’une seule variété cellulaire, les cellules épithéliales.

Les cellules épidermiques qui sont au contact de la couche réticulaire sont abondamment nourries par les sucs plasmatiques

1. Nous ne reviendrons pas sur la discussion des origines des vaisseaux lymphatiques qui ne présente plus qu’un intérêt historique. 11 est universellement admis aujourd’hui que ces vaisseaux constituent un réseau fermé.

2. Ruffini. Sur les expansions nerveuses de la peau, Ilevnc générale cV histologie, t. I, fasc. 3, p. 458.

issus des vaisseaux sanguins des papilles. Aussi elles s’accroissent, puis se divisent.

Les cellules qui résultent de ces divisions se superposent. Celles qui restent contre la couche réticulaire se disposent à sa surface en un revêtement régulier, celles qui en sont éloignées se tassent les unes contre les autres et deviennent polyédriques par pression réciproque. Dès lors les conditions de nutrition ne sont plus les mêmes pour ces diverses cellules. Celles qui demeurent au voisinage des vaisseaux, restent bien nourries et capables de s’accroître et de se diviser. Celles qui se trouvent il distance ne reçoivent plus qu’une ration d’entretien. Les premières forment une véritable couche germinative, elles se reproduisent et donnent naissance l’i de nouvelles générations de cellules. Les autres, ne peuvent plus qu’évoluer pour leur propre compte.

Les nouvelles générations cellulaires prennent ainsi naissance toujours il proximité de la couche nutritive conjonctivovasculaire. Elles s’intei'posent entre cette couche et les cellules qui s’en étaient éloignées; par leur volume même elles les repoussent encore plus loin. Ces dernières reçoivent d’autant moins de matériaux qu’elles sont refoulées plus loin et finalement elles s’atrophient et meurent. Les éléments morts, relégués au plan le plus superficiel de la peau, se trouvent alors exposés il toutes les actions du milieu extérieur. Ils se désagrègent et tombent, usés mécaniquement.

La rénovation de l’épiderme se fait donc de la profondeur vers la surface, du réseau sanguin nourricier vers le milieu extérieur destructeur. La transformation des cellules épidermiques en lamelles cornées se fait dans le même sens car elle est subordonnée aux apports nutritifs. Cette transformation comprend deux stades l’un évolutif actif, l’autre en quelque sorte dégénératif passif. La phase active correspond à la maturation de l’élément qui prépare l’élaboration de la graisse épidermique et de la kératine, la phase passive est caractérisée par la momificationde l’élément devenu corné et par sa desquamation mécanique.

Ces modifications successives des cellules épidermiques se

font clans le môme temps et de la môme manière pour la peau d’une même région ; aussi sur les fragments cutanés relativement petits cjuc l’on étudie en histologie, toutes les cellules contemporaines se trouvent, sur la coupe de ces fragments, au même stade évolutif et à la même hauteur dans l’épiderme. Il en résulte que celui-ci est constitué par des couches stratifiées, et que chaque stratification correspond à une génération cellulaire arrivée à un stade déterminé de son évolution. Il en résulte encore que si, sur une coupe histologique, on étudie successivement ces couches en allant de la profondeur vers la surface on étudie dans l’espace toutes les modifications qu’ont subi dans le temps les éléments maintenant mortifiés de la surface.

Les couches de l’épiderme sont au nombre de sept d’après Ranvier. Ce sont en allant de la profondeur vers la surface :

Stratum germinativum ; stratum filamentosum ; stratum granulosum ; stratum intermedium ; stratum lucidum ; stratum corneum ; stratum disjonctum.

Nous serons bref au sujet de ces couches de l’épiderme et nous n’en dirons que ce qui est relatif au plan de structure général de l’épiderme, que nous envisageons seul dans ce chapitre. Les caractères cytologiques normaux des cellules épidermiques seront décrits au moment d’aborder l’analyse de leurs modifications pathologiques.

Le stratum germinativum ne comprend qu’une seule assise cellulaire. Celle-ci, abondamment nourrie à cause de la proximité des vaisseaux sanguins est apte à se multiplier, aussi, constitue-t-elle la couche génératrice (1) de l’épiderme d’où son nom de stratum g'erminativum. Rranca (2) fait remarquer

1. « Nous donnons avec Cli. Robin le nom de couche génératrice à a cette rangée de cellules droites qui ne manque jamais, parce qu’elle « est capable, à elle seule, de reconstituer toutes les autres qui lui sont « e.xtérieures ». Renaut, Histologie prahgue, t. 11, fascicule 1, p- 19/.

2. En effet au cours des processus de cicatrisation de la peau (Rranca. La karyokinèse dans la cicatrisation du tégument externe. Société de biologie 1899. Recbercbes sur la cicatrisation épitbéliale, Journal de

que « le processus de rénovation ne se limite pas à cette assise » et préfère l’appeler assise basilaire. En effet elle se caractérise aussi par sa situation. Etant directement en rapport avec la couche réticulaire, elle épouse tous les reliefs de celte couche et apparaît sur la coupe d’un fragment de peau où les papilles sont nombreuses comme une assise sinueuse revêtant celles-ci de leur base du sommet pour redescendre ensuite, de 1 autre côté, tapisser la surface de la portion horizontale du corps réticulaire et remonter le long de la papille voisine. Elle est lorméc de cellules cylindriques à grand axe vertical par rapport à la surface qu’elles recouvrent.

Les cellules de l’assise basilaire contiennent du pigment. Dans la race blanche, elles sont même les seules ù en contenir ; chez le nègre du pigment se rencontre en outre dans les assises sus-jacentes. Nous avons dit précédemment que la situation du pigment dans une couche épidermique à échanges cellulaires actifs était une condition nécessaire à la rapidité des variations quantitatives du pigment.

Le stratum filamentosum que Branca appelle de préférence assise des cellules polyédriques parce qu’il n’est pas le seul à

l'Anatomie et de la Plnjsioloijie 1899). Branca a observé des karyokinèses dans toute l’épaisseur de la couche des cellules polyédriques. Ce fait est très intéressant et peut être provoqué par beaucoup d’irritations épidermiques. Celles-ci n’ont donc pas perdu complètement la faculté de se multiplier. Mais il s’agit là de conditions anormales où la nutrition et l’activité de l’épiderme sont exagérées. Il n'en reste pas moins vrai que, dans les conditions de fonctionnement normal de l’épiderme, la rénovation épithéliale est essentiellement le fait de l’activité proliférative de l’assise génératrice. D’autre part Branca (Article Peau du Traité d'anatomie humaine de Poirier et Charpy, t. fascicule 2, p. 775) signale la présence de deux noyaux dans certaines des cellules malpighiennes. Il ajoute que « un tel état n'est pas l’indice d’une division prochaine, il est le témoin d’une division cellulaire ancienne qui a porté sur le noyau et n’a pas intéressé le corps cellulaire ». C’est dire qu'alors même que des karyokinèses se font dans les assises sus-jacentes au stratum germinativum elles n'arrivent pas toujours à terme, c’est-à-dire à donner naissance à des cellules filles.

CYTOLOGIE DES INFLAMMATIONS CUTANltES

présenter une structure filamenteuse est composé de cellules devenues polyédriques par pression réciproque qui remplissent tout l’espace compris entre l'assise basilaire sous-jacente et le stratum granulosum sus-jacent.

L’assise basilaire en augmentant ses rapports avec la couche réticulaire est devenue sinueuse, d’autre part la surface de la peau est plane et lisse, ce qui est une des conditions de l’efficacité de son rôle protecteur ainsi que nous l’avons vu au chapitre de physiologie. Or la disposition de l’épiderme en surface plane est un fait presque complètement accompli an niveau du stratum granulosum qui ne présente que des ondulations insignifiantes. Les cellules polyédriques occupent donc tout l’espace compris entre les sinuosités de l'assise basilaire et le plan du stratum granulosum. Llles constituent par conséquent toute l’épaisseur des cônes interpapillaires.

D’autre part, les cellules de l’assise basilaire sont disposées en palissade et leur grand a.\e est vertical. Les cellules du stratum granulosum sont orientées de manière inverse car elles participent à l’aplatissement des couches superficielles de l’épiderme, conséquence des pressions qui s’exercent à leur niveau ; leur grand axe est horizontal et parallèle à la surface cutanée. Les cellules polyédriques opèrent graduellement la transition entre ces deux types opposés.

La nutrition de ces cellules, déjà assez éloignées des vaisseaux sanguins et cela d’autant plus que l’on se rapproche davantage du stratum granulosum, est moins active que celles du stratum germiuativum, aussi ont-elles peu de tendance à se multiplier.

Le stratum filamentosum qui fait suite au stratum germinaticum a reçu cette appellation en raison du développement que prennent à son niveau des formations épidermiques connues sous le nom de filaments d’union. Les filaments d’union existent déjà au niveau de la couchebasilaire où ils relient les cellules de cette couche entre elles et aux cellules voisines du stratum filamentosum. Nous les retrouverons encore dans le stratum granulosum, mais ils en sont nulle part aussi faciles à observer que dans cette portion de l’épiderme.

Examinons donc ici la disposition et la signification de ces filaments. Les vaisseaux ne pénètrent point dans 1 épiderme. La nutrition de celui-ci est assurée par les plasmas qui en ont transsudé. A cet effet les cellules du corps muqueux de Malpighi sont écartées les unes des autres et baignent par toutes leurs farces dans ce milieu liquide où circulent accessoirement des leucocytes migrateurs (1).

Mais une telle disposition, nécessaire à une bonne nutrition de l’épiderme, nuirait à sa cohésion si celle-ci u était obtenue par un système filamenteux fort remarquable qui solidarise toutes les cellules épidermiques entre elles (2). En effet, celles ci sont unies par des filaments, les filaments d’union de Rauvier (3) qui sont jetés comme un pont d’une cellule à l’autre, ménageant ainsi l’espace où circulent les sucs nutritifs. Ces filaments, différenciation du protoplasme de la cellule présentent au milieu de leur trajet intercellulaire un petit nodule arrondi, signalé par Ranvier, qui disparait lorsque l’écartemcnt des cellules devient plus grand (l)arier) (4). On discute encore sur l’interprétation de ce nodule. 11 nous semble qu’il constitue une réserve de substance de ce filament lui permettant de s’étirer lorsque l’écartement des cellules le nécessite, puis de revenir sur lui-même quand la cause d’extension a cessé. Il limiterait donc l’écartement des cellules tout en facilitant des variations dans une certaine mesure.

1 . La migration des leucocytes a été considérée par Ranvier comme en rapport avec la nutrition de l’épiderme. Depuis les travaux de Metchnikoff sur la phagocytose, nousdevons considérer aujourd'liui cette migration comme occasionnée par de minimes infections épidermiques provoquant le chimiotactisme positif de ces leucocytes.

2. Les nécessités de la cohésion sont si grandes que, même au cours de la karyokinèse les filaments d’union persistent (Hranca. Sur les filaments d’union, Société de Biologie, 1899).

:i. Ranvier. Nouvelles recherches sur le mode d’union des cellulesdu corps muqueux de Malpighi, Comptes rendus de II Académie des sciences, 1879, p. 667. Sur la structure des cellules du corps muqueux de ÎMalpighi, Compt. rend. Acad, des sciences, 1882, p. 1374.

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