Ils reçoivent alors le nom de cônes fibreux de la peau
inhérentes à chaque région, se comportent comme des freins et sont les moyens d’union de la peau avec les parties sous-jacentes.
Véritables ligaments, ils s’insèrent sur la partie la plus résistante de la peau, sur sa charpente même, c’est-à-dire sur la lame fibreuse dermique. Conformément à la loi générale ces trousseau.v fîbroélastiques sont en môme temps des paquets vasculo-nerveux et si le derme est le hile de la peau, ces ligaments en sont les pédicules vasculaires.
Les pédicules vasculaires entraînant avec eux des trousseaux conjonctifs et des fibres élastiques traversent l’hypoderme et arrivent au niveau de la charpente dermique. Les trousseaux conjonctifs et les fibres élastiques s’intriquent à ceux de cette assise et les renforcent. Les vaisseaux se divisent en de nombreuses branches pour former le plexus sous-dermique que nous avons déjà décrit.
Du derme partent des cloisons conjonctives qui, se ramifiant, forment la charpente du pannicule adipeux, puis de plus en plus réduites épanouissent leurs faisceaux dans les lames celluleuses du tissu connectif lâche sous-jacent. Ils s’y enchevêtrent en un réseau délicat en continuité d’autre part avec les faisceaux conjonctifs les plus superficiels des aponévroses. Suivant ces cloisons cheminent des vaisseaux et des nerfs.
Les vaisseaux sont surtout nombreux au niveau du pannicule adipeux. Ils forment un riche réseau capillaire à mailles serrées dans lesquelles se logent les vésicules adipeuses. Ils sont plus rares au contraire dans les lames conjonctives à type séreux et les plus minces d’entre elles sont môme avasculaires. Enfin, chaque glande, chaque follicule pileux, chaque corpuscule nerveux reçoit une vascularisation propre.
'l'ous ces organes sont engainées par du tissu conjonctif plus ou moins chargé de graisse. 11 ne faudrait pas cependant considère!' les cellules adipeuses uniquement comme un matériel d’emballage. Elles ne jouent que par surcroît ce rôle de remplissage. En réalité les cellules conjonctives qui se sont ditlérenciées en cellules adipeuses sont des glandes closes unicellulaires capables d’élaborer ou d’emmagasiner de la graisse ; capables
CYTOLOGIE DES INFLAMMATIONS ClJTANftRS
aussi (le la résorber. La richesse de leur vascularisation est en rapport avec leur activité glandulaire.
Les cellules conjonctives qui entrent dans la coiistitulioii du tissu connectif lâche se conforment en plaques enduthéliforines, en grandes cellules fî.xes anastomotiques, en fibroblastes, etc. — Ces cellules sont libres, unies en syncytiums ou fusionnées en plasinodes. Elles revêtent les faisceaux conjonctifs qu elles ont élaboré ou se disposent dans leurs intervalles (1).
D. — Relations entre les étages sus et sous-dermiques.
Aucune limite nette n’existe, avons-nous vu plus haut, entre le derme et la couche réticulaire. Aucune limilc précise ne se retrouve non plus entre le derme et l’hypoderme. Le plexus sousdermique est autant dermique qu’hypodermique, les cônes fibreux et les pédicules vasculaires qui se rendent au derme, les cloisons fibreuses et les ramifications vasculaires qui en partent contribuent à établir une continuité de tissure entre le derme et l’hypoderme.
Le derme, en continuité avec le corps réticulaire et l’hypoderme, les réunit donc autant qu’il les sépare; mais des relations plus intimes encore se font entre ces deux couches à travers le derme lui-même. Il est en efi'et percé de nombreux orifices. Ces trouées sont déterminées par le passage des vaisseaux sanguins et lymphatiques, des nerfs, des follicules pileux et des conduits excréteurs des glandes sudoripares. Ils entraînent avec eux des gaines de tissu conjonctif hVehe (périthélium d’Eberth des vaisseaux sanguins) et il en résulte des coulées d’un tissu conjonctif qui, relativement au derme, riche en cellules et pauvre en collagène, est de type identique ou très voisin de celui qui constitue le corps réticulaire et l’hypo-
1. Pour éviter les redites, nous ne donnons pas ici la description des éléments constitutifs des couches conjonctivovasculaires de la peau. L’étude cytologique de ces éléments, à l'état normal, forme la matière de la première partie du chapitre VT.
derme. Aussi, par ces communications, la propagation de processus inflammatoires est possible de l’un <i l’autre étage cutané à travers la cloison dermique.
Souvent d’ailleurs la même iutlamrnation retentit à la fois sur le corps papillaire, sur le derme et sur rhypoderme. Ces trois couches ne réagissent pas suivant des modalités distinctes mais suivant un môme processus, aussi les différeuces qui les particularisaient tendent h s’effacer et les couches couionctivovascu-
laires de la peau se confondent alors en un même tissu.
L’unité des couches conjonctivovasculaires de la peau, opé^ rée par les inflammations, n’est pas un phénomène aberrant et qui doive surprendre, elle est la conséquence de l’unité fondamentale de constitution de ces couches.
E — Unité de structure des couches conjonctivovasculaires de la peau.
Les couches conjonctive vasculaires de la peau présentent la même structure fondamentale parce qu’elles dérivent toutes d’une ébauche embryonnaire commune et parce que, chez l’adulte, elles restent constituées par des éléments qui, malgré la diversité de leurs types morphologiques, conservent les mômes propriétés générales et se ramènent, eux aussi, à 1 unité.
Le corps papillaire, le derme et l’hypoderme procèdent en effet d’une masse plasmodiale embryonnaire commune. Dans celle-ci se différencient ultérieurement des cellules fixes anastomotiques, des fibroblastes, des cellules adipeuses, des cellules endothéliales, etc. Toutes ces cellules sont de môme origine, restent de même nature et sont susceptibles de se transformer les unes dans les autres (Domiuici).
C’est là un fait capital qui domine toute 1 histologie normale et pathologiijue des couches conjonctivovasculaires de la peau.
La démonstration rigoureuse de l’exactitude de cette conception nous entraînerait trop loin et nous ne saurions mieux faire que de renvoyer au Trailé <l'his(olo(jio de Domiuici où 1 unité du système conjonctif sc trouve exposée de manière magistrale.
cytologie des inflammations cuYanées
En définitive le revôterncnt cutané nous apparaît constitué par deux conciles l’iine épithéliale, l’autre conjonclivovasclilaire. Et de fait il est des inflammations purement épithéliales et des inflammations exclusivement conjonctivo vasculaires.
Utie telle conception dualiste de la peau, confirmée par nombre de faits àliatomopathologiques, est exacte, mais un peu simpliste et lie salirait rendre compte de la plupart des inflammations cutanées.
En etfet, si en histologie générale l’épiderme et les couches conjonCtivovasculaires constituent deux formations distinctes, présentant une autonomie relative, si les couches conjonctivovasCulaires se ramènent elles-mêmes à l’unité, il n’dn est pas moins vrai qu’en anatomie microscopique, il existe dans le revêtement Cutané des groupements anatomiques, dont les diverses parties constituantes sont rendues solidaires par leurs relations réciproques, et qui jouissent de ce fait, à l’état normal et dans maintes circonstances pathologiques, d’une individualité propre.
Ce sont les territoires cutanés dont nous allons ébaucher la description.
F. — Teppitoires cutanés.
A un examen superficiel l’épiderme, le corps réticulaire, le derme et 1 hypoderme, qui présentent chacüii une physionomie propre, semblent pouvoir être considérés comme autant de territoires cutanés. En réalité l’épidermC rte constitue, a proprement parler Un territoire cutané, que dans les cas, d’ailleurs exceptionnelSj où l’inflanimation uniquement épithéliale ne retentit pas sur les couches conjonctives. Les Couches épithéliales sont tributaires dans leur nutrition du corps rétictilaire. Les altérations de l’épiderme retentissent habituellement sur la couche réticulaire ; réciproquement les modifications de Cette dernière entraînent corrélativement des changements dans l’épiderme.
Les auteurs allemands qui ont bien vu ce fait désignent sous le nom de Oberhaut l’ensemble constitué par l’épiderme et la
couche réticulaire. C’est notre étage sus-dermique ou si l'on veut la couche épidermopapillairc.
C’est bien un territoire cutané. Il a en effet son autonomie et sa pathologie propres.
Le derme sous-jacent, pauvre en cellules, presque e.vclusivement fihreu.v ne participe pas nécessairement au.v inflammations de l’étage sus-dermique. Bien plus, il se comporte souvent comme une barrière de la même manière qu’un tissu de sclérose et limite 1 inflammation développée dans l’étage sus-dermique, contribuant ainsi à la délimitation de ce territoire cutané.
Le derme isole de même l’hypoderme, qui, susceptible d'avoir, de ce fait, sa pathologie propre, constitue également un territoire cutané.
Cependant les inflammations du territoire sus-dermique peuvent se propager à l’hypoderme et réciproquement, soit que les éléments du derme, entrant en réaction inflammatoire, s’incorporent au foyer phlegmasique en extension et rétablissent, devant l’inflammation l’unité de structure des couches conjoncfivovasculaires, soit que, par les gaines cellulaires lâches que nous avons vues entourer les vaisseaux, les nerfs, les follicules pileux et les conduits excréteurs des glandes sudoripares, des fusées inflammatoires se propagent, de l’un à l’autre étage, ii travers la cloison dermique. Les abcès dits en bouton de chemise en sont un exemple bien connu.
Ces deux territoires cutanés, le territoire sus-dermique (Oberhaut des Allemands) et l’hypoderme ne sont pas les seuls. La peau présente encore deux variétés de territoires très importants, les territoires vasculaires et les territoires pilosébacés et un autre de moindre intérêt — en ce qui concerne les inflammations cutanées — le territoire sudoripare.
« C’est surtout à J. Kenaut, de Lyon, que l’on doit la connais- « sauce des territoires vasculaires de la peau ; il en a démontré « l’existence par 1a méthode des injections artificielles incom- « plètes. Le derme s'injeefe au début par taches isolées, arrondies « dans la plupart des régions ; ces taches sont, d après lomsa et « [Jnna, ovalaires et allongées dans le sens des plis de la peau.
CYTOLOGIE DES INEI.AMMATIONS CUTANI^.ES
(( sur d’autres points. Chacune de ces taches est commandée « par une artère aü'érente dont les branches s’épanouissent en « un cône; les « cônes d'irrigation directe » et les territoires « vasculaires qui en représentent la base, ne sont indépendants « que dans une certaine limite ; ils sont reliés entre eux par des « anastomoses dont l'injection se fait moins facilement. Les « espaces anastomotiques dessinent un réseau dont les territoires « vasculaires représentent les mailles. L'e.xistence des territoires « vasculaires explique la forme arrondie de beaucoup d’élé- « menls éruptifs, érythèmes roséoliques, bulles, etc...; d’autre « part, le réseau anastomotique s’accuse en bleu violacé chez « certains sujets, par la stase veineuse que provoque l’influence « du froid (livædo annularis a frig’ore » (Darier) (1).
Le territoire pilosébacé (2) forme une région cutanée tout à fait spéciale. D’une part il a sa vascularisation propre et peut être considéré comme un territoire vasculaire. L’individualisation du territoire vasculaire pilosébacé est manifeste au cours de certains états morbides (syphilides péripilaires, syphilides acnéiformes). D’autre part et surtout, en tant qu’appareil pilosébacé, il a sa pathologie propre qui tient à la facilité avec laquelle se font ses infections. Il devient par suite un centre important d’inflammations cutanées.
« Le follicule, au point de son ouverture à la peau, au point « de ce que l’on appelle l’ostium folliculaire, présente une sorte « d’ébrasement en forme de cupule, très peu profond, hémis- « phérique, de un à deux dixièmes de millimètre de cavité. Cet « espace, fréquemment occupé par de minimes débris cornés « épidermiques, est vraiment, l’expérience le prouve, le défaut « de la cuirasse épidermique humaine. La complication du folci licule pilosébacé dont il constitue l’orifice, la nature du poil « et de son vernis gras, les transformations bio-chimiques du