Gilchrist. Johns Hopkins Medical hospital reports
CYTOr^OülE DKS INFLAMMATIONS OUTANÈKS
Le protoplasme végétatif s’hypertrophie aux dépens des différenciations protoplasmiques. Dans ces cas il y a hypertrophie souvent considérable du corps protoplasmique qui peut doubler ou tripler de volume. Eu même temps il devient nettement basophile. Son noyau s’accroît également, devient plus riche en chromatine. Mais les caractères dilférentiels s’atténuent ; les filaments d union sont moins nombreux, plus grêles et plus courts, souvent peu apparents. La suractivité cellulaire s’exerce au détriment de la diüerenciation fonctionnelle.
Une telle hyperthrophie avec atténuation des caractères différentiels et suractivité des fonctions végétatives de la cellule est le premier stade de la régression cellulaire. Celle-ci peut parfois être complète dans des cas, assez rares, où l'on a décrit le retour à l’état plasmodial indifférencié de certaines portions de l’épiderme. Un tel état plasmodial s’observe d’ailleurs normalement au niveau du bulbe de certains poils.
La régression des cellules épidermiques, complète ou incomplète est habituellement suivie de régénération cellulaire.
Peut-elle, parfois, être le point de départ d’une métamorphose cellulaire ? Leredde (1) et d autres auteurs ont décrit, par exemple dans le lupus, la formation de cellules géantes du type tuberculeux aux dépens de cellules épithéliales. Dans les nombreux eas de tuberculose eutanée que nous avons étudiés, nous n’avons pas observé de telle transformation.
Par contre notre maître M. Sabouraud, avec sa bienveillance aceoutumée, nous a montré dans des coupes de sa colleetion, intéressant une papule typique de lichen plan d’Erasmus Wilson, des cellules géantes qui, ù son avis, provenaient probablement de l’épiderme. Nous avons examiné avec soin ces très intéressantes [>réparations et nous avons acquis la conviction qu’il s’agit bien là d’une métamorphose des cellules épidermi-
1. Leri'dde. Lupus du larynx ; examen histologique. Cellules géantes fournies par dégénérescence des alvéoles glandulaires. HuUctitis de In Société analonnriue, 1S02, p. 273.
ques en cellules géantes comparables à celles qui proviennent habituellement des cellules conjonctives.
En effet il existe en certains points de cette papule de lichen un clivage de l’épiderme (|ui sépare les cellules de la couche basale des autres cellules du corps muqueux de Malpighi. Les cellules épidermiijues de la couche basale ainsi isolées du reste de l’épiderme ne présentent plus de connexions avec lui, mais restent au contraire en relations intimes avec les cellules de la couche réticulaire, Topographicjuement elles s incorporent donc à celui-ci et, ayant par ailleurs régressé (chose aisée puisque les cellules de la couche basale sont les moins différenciés des cellules épidermiques), elles peuvent se comporter à l’égard des irritations de la même manière ipie les cellules conjonctives indifférenciées de la couche réticulaire.
Or dans ce lichen, les cellules conjonctives indifférenciées subissenten certains points la dystrophie, qui aboutit aux aspects morphologiques connus sous les noms de cellules épithélioïdes et de cellules géantes.
Les cellules épidermiipies, disjointes du reste de l’épiderme se trouvent placées dans les mêmes conditions que les cellules conjonctives indifférenciées de la couche réticulaire, subissent les mêmes irritations et se comportent de même manière. Leur protoplasme s’hypertrophie, devient homogène et grenu, leur noyau se subdivise et les noyaux qui résultent de sa multiplication, allongés et pauvres en chromatine, tendent à se ranger à la périphérie de l’élément. Une cellule géante se trouve ainsi constituée, identique à celles qui proviennent des cellules conjonctives.
Dans ce cas on peut donc dire que des cellules épidermiques se sont métamorphosées en cellules conjonctives. Il est exceptionnel d’observer des faits aussi probants. Rappelons toutefois que d’après Rettercr un tel fait ne serait pas une anomalie, mais la règle.
En effet, d’après cet auteur, les cellules malpighiennes « se « multiplient non seulement pour former les cellules de rempla- « cernent des cellules qui se desquament [(h)ohifion ascfindan/e),
lOC)
« mais encore, pour produire des générations cellulaires qui se « transtorment en tissu conjonctif et constitueront les nouvelles « couches du derme {évolution (lescendante). Le tégument tout « entier est le produit des assises malpighiennes (I) ».
Dans certaines alieclions (varicelle; zona, etc...) des cellules épidermiques peuvent se transformer en cellules géantes en ce sens qu’elles deviennent des masses protoplasmiques pourvues de plusieurs noyaux. Mais, dans ces cas, les cellules épidermiques ne perdent pas de ce fait leur caractère épithélial et ne s incorporent nullement aux' éléments conjonctifs. Il ne s’agit donc pas de métamorphoses mais de dystrophies d’un type particulier.
e) Dystrophies ; œdème
Nous avons étudié jusqu’à présent les modifications que présentent les cellules du corps muqueux de Malpighi lorsqu’elles sont atteintes dans leur fonctionnement seul, leur vitalité n’étant pas compromise. Déjà cependant les modifications des cellules épithéliales au cours du lichen ne tiennent pas uniquement à une modification de leur fonctionnement, leur vitalité elle-même est plus ou moins atteinte, secondairement toutefois à leur métamorphose en cellules conjonctives.
La vitalité des cellules épithéliales est encore plus manifestement intéressée au cours des processus suivants, de gravité croissante et qui peuvent se combiner : œdème, dégénérescence érythrophile, nécrose.
Uœdème peut être intra ou extracellulaire. Il est le plus souvent à la fois intra et extracellulaire.
Le degré le plus léger de V œdème intracidlulaire esi la distension par le liijuidc d œdème de l’endoplasme qui apparaît comme une vacuole. Tout l’endoplasme peut prendre cet aspect vacuolaire, le noyau semblant isolé de toutes parts et libre dans une vacuole, ou bien, la sérosité d’œdème ne se collecte que dans une
1. Retterer cité par Branca. — Branca. Précis d'histologie. Paris,
CYTOLOGIE DES INFLAMMA l lONS CUTANÉES
pai'tie de l’endoplasme formant une vésicule qui refoule le noyau. Celui-ci se déforme en croissant et se moule sur la vésicule.
D’autres fois le liquide d’œdéme imbibe l’endoplasme aux deux pôles opposés du noyau qui tend à s aplatir entre les deux vésicules qui le compriment tandis que son axe transversal tend à l’emporter sur son axe longitudinal.
'l’outes ces formes de l’œdème intracellulaire sont légères et il moins d’étre étendues ii la majorité des cellules malpighiennes examinées on ne saurait leur attribuer une grande importance.
A un degré plus avancé le noyau complètement aplati et déformé est refoulé contre l’exoplasme dense de la périphérie de la cellule malpighienne et toute celle-ci ne forme plus qu’une large vésicule.
Cette lésion est, celle que Leloir a décrite sous le nom (^altération cavitaire. L’imbibition œdémateuse se fait dans l’endoplasme qui se gonfle et se liquéfie. L’exoplasme se distend et s’amincit et forme la paroi delà vésicule unicellulaire. Toutes ces vésicules unicellulaires adossées par leur exoplasme refoulé se pressent les unes contre les autres et simulent un tissu végétal.
Ultérieurement, par suite de la distension croissante des vésicules unicellulaires, les cloisons résultant des membranes exoplasmiques adossées peuvent se rompre et les cavités unicellulaires s’ouvrent les unes dans les autres et constituent une vésicule commune de dimensions plus ou moins considérables.
La dégénérescence réticulaire de Unna nous semble identique à l’altération cavitaire de Leloir (1).
D’autres fois l’exoplasme dense participe lui aussi de l’imbibition œdémateuse. Le corps cellulaire est uniformément augmenté de volume. L’endoplasme forme une zône claire très nette entourant le noyau, mais du côté du protoplasme périphé-
t. Ln certains endroits Unna dit que sa dégénérescence réticulaire diffère de l’altération cavitaire de Leloir, mais en d’autres il ajoute que la distinction est malaisée. Nous n’avons pas compris en quoi l’une différait de l’autre.
CYTOLOGIE DES INFLAMMATIONS CUTANÉF.S
rique il sc fond peu h peu avec celui-ci dont la structure filamenteuse parait moins serrée et moins dense, et dont la coloration se fait faiblement. L’œdème imbibe dans ce cas uniformément toutes les parties de la cellule, endoplasine et exoplasme.
La cellule, dilTusément œdématiée ne tend pas cà devenir vésiculeuse comme dans le cas précédent, aussi, le plussouvent, le noyau occupe sa place primitive au centre de la cellule, sans subir de déformation. Il se trouve néanmoins dans des conditions anormales, la nutrition de la cellule étant entravée. Aussi il est fréquent d'observer dans ces conditions de la pyenose ou des altérations nucléaires diverses.
Dans le premier type qui correspond dans son degré léger à ce que les anciens auteurs appelaient la vésiculation du noyau par hydropisie du nucléole et dans son degré le plus accentuéà • l’altération cavitaire de Leloir on peut dire qu’il s’agit d’un œdème intracellulaire collecté ; il est caractérisé par une vésicule intracellulaire refoulant le noyau limitée par l’exoplasme distendu ettransformé en une membrane dense.
Dans le second type l’œdème intracellulaire est difjuü. Tout le corps cellulaire est gonflé et transformé en une masse succulente ; l’endoplasme incomplètement liquéfié se continue avec l’exoplasme lui-même infiltré.
Dans Vœdhne intercelliilaire le liquide, accumulé dans les espaces intercellulaires, écarte les cellules les unes des autres, les comprime, les étire. Les filaments d'union sont distendus, les corps cellulaires irrégulièrement déformés, aplatis ou devenus anguleux et étoilés. Les cellules restent relativement passives, ne s’hypertropbient ni ne s'imbibent point ; bien au contraire, comprimées par le liquide intercellulaire elles tendent plutét !i diminuer de volume. Les filaments d’union peuvent se rompre et l’œdème intercellulaire peut être 1 origine de la formation d'une vésicule intraépiderinique (1).
I. On dit qu’il y a acrt«///o///.sc tAuspitz) lorsque les cellules malpighiennes flottent librement dans le liquide d’œdème par suite de la rupture de leurs filaments unitil's.
L'épiclei-me ainsi modifié par cet œdème interstitiel prend l’aspect d’un tissu spongieux aussi Unna appelle-t-il cet état, élo.t spongoïde ou spongiose.
En réalité la description de l’altération cavitaire de Leloir est un peu scliématique, la spongiose de Unna est assez rarement pure et le [)lus souvent ro’dème intracellulaire se combine à l’œdème intercellulaire.
En voici plusieurs types. Dans un cas léger, les cellules épidermiques sont notabldmont écartées les unes des autres, leurs filaments d’union apparaissent plus nets et présentent leur renflement, le nodule de Ranvier. L’endoplasme de ces cellules montre une petite vésicule régulière située à l’un des pôles du noyau et toutes tes cellules épidermiques présentent une vésicule de dimension semblable et semblablement située.
Dans un autre cas déjè plus intense, l’écartement des cellules épidermiques est considérable, les filaments d’union très distendus ne montrent plus de renflement nodulaire; la vésicule d’œdème de l’espace périnucléaire est accrue et le noyau refoulé est déformé en calotte.
Plus intense encore l’œdème rompt nombre de filaments d’union, les cellules uniformément œdémateuses souvent dégé nérées, peu colorables, à noyau pycnotique sont plus ou moins dissociées. Quelques-unes devenues globuleuses flottent dans la sérosité delà vésicule ainsi formée.
Le processus d’œdème peut être purou compliqué d’altérations dégénératives diverses des cellules épidermiques.
Inversement il se produit parfois, notamment dans les œdèmes chroniques de l’épiderme, une réaction compensatrice des cellules malpighiennes. Celles-ci luttent contre l’œdème intracellulaire en épaississant leur exoplasme, de sorte qu’au bout de quelque temps elles n’en présentent plus trace ; elles s’opposent d’autre part à la dislocation que tend à l’éaliser l’œdème intercellulaire en renforçant leurs filaments d’union qui apparaissent plus nombreux et plus volumineux. Le bord calleux de certains ulcères de jambe fournit de beaux exemples de cet
œdème interstitiel chronique avec hypertrophie compensatrice de l’appareil filamenteux.
/) Dégénéuescences
Les dégénérescences varient suivant les auteurs. Nous commencerons par la dégénérescence érythrophile.
a) Dégénérescence érylltrophile. — Sous le nom de dégénérescence érythrophile des cellules épidermiques nous appelons une dégénérescence de ces cellules analogue à celle, si bien décrite sous ce nom parDominici, que présentent les plasmazellen. Elle consiste en une fragmentation du protoplasme qui se résout en une poussière ou en grains plus ou moins volumineux se teignant avec prédilection parles colorants rouges acides. C’est dire que nous ne comprenons sous le nom de dégénérescence érythrophile ni l’acidophilie marquée due au vieillissement simple du protoplasme, ni l’affinité pour les colorants rouges acides qui est normale pour les cellules kératinisées ou en voie de kératinisation.
La dégénérescence érythrophile, ainsi comprise, ne se rencontre guère que dans les inflammations qui retentissent spécialement et avec beaucoup d’intensité sur la cellule épidermique. Or ces infections sont rares, caria plupart des inflammations cutanées intére.ssent avant tout le tissu conjonctif et ne produisent que accessoirement et secondairement des modifications épithéliales (tuberculose, syphilis, infections sireptococciqees, staphylococciques, etc ) et même, parmi celles qui occupent
principalement l’épiderme (pityriasis, lichen, psoriasis, etc.), b eaucoup ne le lèsent que d’une manière assez superficielle et sans compromettre sa vitalité.
Aussi n’est-ce guère que dans le groupe des ailcctions appelées épithclioses (I) (variole, varicelle, molluscum contagiosum.
t. De bonnes figures de ces épithélioses se trouvent dans : Rorrel, Le problème du cancer. Bulletins de l Insliiut Pasteur, 30 juin 1907.
zona, etc...) que l’on oJ3serve la dégénérescence érylhrophile des cellules épidermiques.
Nous en avons observé trois types différents, il en existe sans doute d’autres.
1er Xype. Variole. — Les lésions de la variole sont généralement rapportées ù l’altération cavitaire de Leloir (I).
Voici ce que nous avons observé (Planche II fig.2). Les cellules dissociées par un afflux de sérosité sont hypertrophiées dans leur protoplasme et leur noyau.
Le protoplasme entre en régression. Il n’élabore plus de filaments unitit's et il n’y a plus de distinction entre l’endoplasmc et l’exoplasme. Tout le corps protoplasmique, uniformisé est devenu fortement basophile ; cet état traduit sa réaction inflammatoire intense. Mais bientôt, le processus variolique continuant d’agir, la cellule entre eiVdégénérescence. En effeb après coloration par l’éosine et orange et le bleu de méthylène, on voit se détacher sur le protoplasme basophile nettement teinté de bleu par le colorant basique, une poussière colorée de rouge qui résulte de l’altération de ce dernier. Le protoplasme dégénère en effet en se décomposant en une matière amorphe et grenue, ou nettement granuleuse, parfois meme se rassemblant en petites sphérules. Cesdébrisprotoplasmiqucs se colorentintensément par l’éosine.
Le noyau s’hypertrophie. Sa chromatine se renforce, son n ucléole augmente de volume et parfois il se lobe.
Les filaments d’union disparaissent proportionnellement à 1 hypertrophie et la régression de la cellule malpighienne. Quelques-uns au contraire sont accrus dans leurs dimensions et on voit ça et la une fibre spirale d llerxheinier de longueur et d’épaisseur insolites.
Cette dégénérescence érylhrophile peut être ditefinement granuleuse.
2® l^i'K. Molluscl'.m coNTAGiosUiM (2) — Lcs cellulcs épilhélia-
1. Darier, J’ralifjue dermatologique, tome I, p. iJl, tig. 8.
2. Le siège anatomique des lésions du molluscum contagiosum diflère suivant les auteurs ; « Pour les uns, comme liebra, C. Fox
CYTOLOGIE UES INELAMMATIÜNS CUTANÉES
les modifiées du molluscumcontagiosum sont tellement éloignées du type normal que certains auteurs, tels (|ue Neisser, ont cru qu’il s agissait de parasites qu’ils rangeaient parmi les grégarines. Ions les autours rejettent aujourd’hui cette interprétation et considèrent que les « cellules paradoxales » du molluscum représentent des cellules é[)idermiques dégénérées. « i'our Kaposi, il s agirait d’une dégénérescence amyloïde, pour Leloir « et Vidai d’une transformation à type colloïde, pour llenaut, « Gaucher et Sergent d’une transformation cornée (Bodin) (1). « üarier (2) en fait un type de dyskératose ; les cor|)uscules seraient des « globes hyalins parfois enveloppés d’une mem- « brane cornée ».
Si l’on se reporte à la figure l de notre planche H on voit que les cellules de la couche basale sont hypertrophiées. Celles de la deuxième rangée le sont encore davantage. Le protoplasme nettement basophile a pris fortement le bleu de méthylène. Le noyau est volumineux, arrondi et riche en chromatine ; les filaments d’union sont peu développés c’est là l’hypertrophie inflammatoire simple des cellules épidermiques. Mais bientôt nous voyons apparaître dans le protoplasme basophile de quelques-unes des ces cellules des granulations conformées en sphérules de dimensions inégales et qui se sont colorées vivement en rouge par l’éosine. Ce sont là des cellules en dégénérescence érythrophile analogues à celles que nous avons décrites à propos de la variole. Mais ces cellules sont peu nombreuses. En effet la
« Startin, Kaposi, Uenaut, Ranvier, 'l'orok, Gaiiclier et Sergent, la « lésion est localisée bien nettement dans les glandes sébacées ; pour « les autres, parmi lesquels je citerai Neisser, Roeck, Klebs, Unna, « Stanziale, .\udry, Ritscb, le molluscum contagiosum n’offre aucun « rapport avec les glandes sébacées et doit être considéi'é comme pre- « liant son origine dans l'épithélium de recouvrement » (Rodin. Article .Molluscum contagiosum. Pralupie (lerimiloloijuiuc, tome III, p 400).
Dans les cas de molluscum contagiosum (|ue nous avons étudiés les lésions siégeaient dans le revêtement épidermique et étaient indépendantes des glandes sébacées.