‹ Cytologie des inflammations cutanéesChapitre 29 sur 46 · II. — Cytologie pathologique · texte numérisé non relu

II. — Cytologie pathologique

1®) Considérations générales.

A l’état normal, si l’on fait abstraction des phénomènes cellulaires actifs occasionnés parle travail incessant mais peu évident, de déconstruction et de reconstruction cutanées, les cellules des couches conjonctivovasculaires de la peau sont dans un état dé repos relatif qui résulte de l’équilibi'e qui existe entre les incitations fonctionnelles auxquelles elles sont soumises et l’exercice normal de leurs fonctions.

CVTOI.OGIK DES INE[. ANIMATIONS CUTANÉES

UiS

Au cours des inflîunniHtions cutünées, cet cc|uililjre est rompu par suite des iri’itations provoquées par les agents pathogènes. Les cellules sont irritées, c’est-à dire que leur repos est troublé par les conditions d’existence anormales dans lesquelles elles se trouvent placées. Les « cellules dormantes » de Grawitz se réveillent et entrent en activité ; celle-ci de latente devient patente. Cette activdté tend, soit à annihiler la cause perturbatrice, soit à adapter la cellule, par métamorphose, à sa nouvelle situation biologique.

Les cellules irritées peuvent parvenir à ce résultat, soit par la mise enjeu de leurs aptitudes fonctionnelles — suractivité fonctionnelle de cellules de type normal — soit par l’acquisition de propriétés nouvelles — apparition de diflerenciations nouvelles.

Elles peuvent ne pas y réussir ; elles dégénèrent alors et meurent.

Il en résulte que les cellules que l’on rencontre au niveau des couches conjonctivovasculaires de la peau enflammée sont :

1°) Des cellules, pleines de vitalité, de même sorte que celles qui existent dans la peau normale.

2") Des cellules, également pleines de vitalité, mais différenciées suivant des modalités insolites au niveau de la peau.

3“) Des cellules dégénérées ou nécrosées, qui ne sont que des formes morbides des cellules des deux groupes précédents.

Avant d’aborder l’étude cytologique de ces cellules au cours des états inflammatoires nous allons exposer quelques remarques d’ordre général relatives ii ces trois groupes de cellules.

A. - CELLULES DE MÊME SORTE QUE CELLES QU/ EXISTENT DANS LA PEAU NORMALE

a) Cellules conjonctives indifférenciées . — a) Stade de re/jos. — Nous connaissons déjà les cellules conjonctives indifférenciées, au stade de repos, de par l’étude de cytologie normale qui a été faite plus haut. Pour peu que l’inflammation soit assez vive nous ne trouvons guère de cellules au repos, car, partout où il y a inflammation, elles entrent en activité. Aussi, au

cours d'un état inflammatoire, nous considérerons celles des cellules conjonctiv'es, cjui se présentent sous 1 aspect cjuicscent, comme des cellules qui n’ont pas été touchées par le processus phlegmasique.

Cependant, <i la périphérie des foyers inflammatoires, ou répandus dans les foyers mêmes, on trouve un grand nombre de lymphocytes. Certains d’entre eux présentent un protoplasme assez basophile pour que l’on puisse leur reconnaître une certaine activité, un début de réaction. Mais il en est d’autres, et ce sont parfois les plus nombreux, qui n’ont autour de leur noyau qu’une mince bordure byaloplasmique. Leur accumulation en grand nombre, au niveau ou à la périphérie deszônes enflammées, montre bien cependant que, malgré leurs caractères de cellules au repos, ils font partie intégrante de la réaction de l’organisme. Quelle est donc leur signification ? Leur situation même en bordure, à la limite des tissus sains et des zônes enflammées, montre que ce sont des éléments de réserve accumules pour la défense (O éventuelle des territoires non envahis et prêts à

1 . Cette défense de [organisme n’est pas une cause finale pour laquelle luttent les cellules intéressées par le processus inflammatoire. Chaque cellule agit pour son propre compte et sa réaction est déterminée strictement par les quelques incitations auxquelles elle est soumise ; elle n’exécute pas un acte intelligent voulu et raisonné, subordonné aux nécessités de la défense générale de l’organisme.

Habituellement la réaction propre de chaque cellule est conforme <à l’intérêt général et c’est môme là une condition nécessaire à la conservation de l’organisme continuellement exposé aux atteintes des agents extérieurs. Mais il n’en est pas forcément toujours ainsi. Les exceptions à la règle montrent bien que les actions cellulaires n’ont aucune finalité d’ordre supérieur mais qu’elles sont de simples réactions que manifestent des éléments vivants à l’égard des diverses irritations qui les atteignent.

« Ce sont là des processus aveugles, inintelligents, qui précisément parce qu’ils n’ont rien de providentiel peuvent aller directement contre le but qu’ils poursuivent ; un globule blanc se saisit d’un microbe et l’emporte au loin, mais il arrive que c’est le microbe qui tue le globule et voilà, loin du foyer d’infection primitif un deuxième foyer d’infection

CVTOI.OQIE DES INFLAMMATIONS CUTANÉES

enti’ci' eu réaction. D’autres apparaissent nombreux dans la lumière des vaisseaux, s’infiltrent à travers leurs parois qu’ils finissent par entourer de manebons plus ou moins épais. Ils représentent essentiellement des éléments de renfort apportés parles vaisseaux, aptes à évoluer suivant les incitations auxij^uelles ils vont être soumis.

Le lymphocyte est enell’et la cellule conjonctive indifférenciée susceptible de remplir par adaptation fonctionnelle les rôles les plus divers. iNous étudierons bientôt ses multiples transformations.

h) Sfaae d'actiinté. — La mise en activité des cellules conjonctives indifîérenciécs est beaucoup plus importante au cours des états inflammatoires qu’à l’état normal. Les cellules actives sont

créé B (Sabouraud. La défense de la peau contre les microbes. Ann. de dermatologie et de sijphiligraphie, .“le série, tome X).

Nomlireux sont les exemples analogues. C’est ainsi que l’hypertropbie et la prolifération des cellides endotliéliales d'une artéiâole peuv’ent en déterminant son oblitération entraver l’apport de leucocytes utiles à la défense du territoire enflammé, supprimer la circulation sanguine et occasionner la nécrose de toute une zone où les germes pathogènes pourront se développer sans entraves.

Chaque action cellulaire est donc autonome et indépendante ; elle n’est que l’expression de sa réaction propre à une irritation en quelque sorte personnelle. Mais dans la règle, toutes ces actions individuelles, loin de se contrarier, se renforcent mutuellement, tant se sont harmonieusement établis, au cours de l’évolution de l’organisme, les rapports que ses éléments constituants affectent entre eux.

Lors donc que nous disons, que des lymphocytes accumulés à la périphérie de foyers inflammatoires constituent une réserve pour la défense de l’organisme, nous ne voulons point dire qu’ils y sont venus en quelque sorte intentionnellement, dans un but déterminé, ou poussés par une cause finale mystérieuse, nous constatons simplement qu'ils y ont été attirés par les produits, qui exercent sur eux un chimiotactisme positif, cl qu’ils y )'estent, conservant latente, mais prête à se manifester, leur aptitude à remplir les diverses fonctions nécessitées par les nouvelles irritations, ([u’ils peuvent recevoir, et que par là, le jeu de leurs fonctions étant habituellement en harmonie avec les besoins de l’organisme, ils se trouvent, en fait, constituer une réserve pour la défense de celui-ci.

CYTOLOGIE DES INFLAMMATIONS CUTANÉES 1 i I

aussi beaucoup plus nombreuses parce c|u elles se multiplient par division directe et par karyokinèses. Les karyokinèses sont surtout abondantes dans les inflammations aigufis qui déterminent une vive réaction de la part de 1 org’anisme. Les mitoses se font suivant le type normal et l’on n’en voit pas de multipolaires ou d’atypiques comme dans les processus néoplasiques.

Tous les caractères de l’activité cellulaire se trouvent accentués. L’hypertrophie du protoplasme et du noyau est manifeste ; le protoplasme est nettementbasopbile. Le noyau, dont la chromatine est renforcée tend à se lober et sa surface se creuse de profondes incisurcs. Le nucléole, augmenté de volume, est facile à mettre en évidence.

La clasmatose est exagérée, les cellules conjonctives libres, les plasmodes indifférenciés eux mêmes bourgeonnent activement sur toute leur périphérie et les prolongements protoplasmiques ainsi formés, nombreux et de dimensions inégales, se détachent du corps cellulaire et essaiment tout è Tentour. C'est là un iibénomène d’intensité et d’importance variable suivant les processus inflammatoires. Au cours de recherches entreprises avec notre collègue et ami Laedcrich sur la blastomycose expérimentale, nous eu avons obtenu un exemple remarquable que nous avons fait figurer et qui concerne la réaction du tissu cellulaire hypodermique d'un lapin inoculé de blastomycose par la voie intraveineuse (planche III, fig. I).

Les phénomènes de macrophagie sont non moins manifestes. Les cellules se creusent de vacuoles, englobent des débris cellulaires et des corps étrangers de toute sorte et exercent activement à leur éeard leurs actions digestives.

Les cellules conjonctives indilférenciées manifestent encore leur activité par la rapidité de leurs évolutions successives. Examinons, par exemple, le tissu cellulaire hypodermique enflammé expérimentalement d’uu lapin ou d’un cobaye. Les vaisseaux, qui se trouvent compris dans la lame de tissu conjonctif lâche étalée, contiennent à leur intérieur de nombreux mononucléaires, lymphocytes et moyens mononucléaires. Ceux-ci, sortis des vaisseaux, s’en éloignent tandis qu’ils augmentent de

volume. Leur protoplasme, fortementchromophile se développe, atteint, puis dépasse la taille des moyens mononucléaires ; leur noyau d’arrondi devient ovalaire, puis présente des incisures et parfois môme un aspect légèrement lobé.

De telles cellules sont devenues de véritables cellules conjonctives libres. Celles-ci se disposent bout à bout en prenant une forme cpiadrangulaire et s’agencent en longues traînées comprenant une ou plusieurs files de cellules ou se groupent côte à côte en de larges surfaces de cellules juxtaposées. Souvent même elles se superposent sur plusieurs plans formant ainsi de véritables amas, analogues en tous points, aux tacbcs laiteuses de l’épiploon telles que les conçoit Dominici.

Ces cellules s’unissent alors par leurs angles pour former de v'astes syncyliums ou fusionnent plus largement par leurs bords et confluent en lames plasmodiales étendues. [A la périphérie des syncytiums et des plasmodes ainsi formés ou de ceux préexistants qui sont entrés en activité apparaissent des bourgeons protoplasmiques pourvus d’un noyau. Ces bourgeons s'étirent, se détachent de la masse protoplasmique commune et constituent de nouvelles cellules conjonctives libres qui vont, après s’être multipliées par divisions successives, constituer en d’autres points des formations analogues. Dans leur migration elles continuent d’essaimer les fragments protoplasmiques provenant de leur clasmatose ou bien elles englobent éventuellement les débris cellulaires qui excitent leur faculté phagocytaire.

Toutes ces mutations des cellules conjonctives inditférenciées sont les états préparatoires de modifications d'ordre plus élevé qui se manifesteront lorsque la nécessité se fera sentir de l’étahlisscment de nouvelles voies de circulation ou de 1 édification d'une barrière de faisceaux conjonctifs. Ce sont en effet les états prémonitoires des néoforma lions vasculaires ou fibreuses. Ce sont les matrices où sc formeront les cellules plus hautement différenciées pour l’accomplissement d’une lèche précise.

Les phénomènes que nous venons de décrire ici à propos de l’inflammation sont très comparables à ceux qui se passent chez le fœtus ou le nouveau né au cours de la formation et de 1 am-

pliücatioii de leurs tissus. 11 s’agit bien en effet de l’édification de nouveaux tissus qui renforcent ou suppléent ceux qui ont été altérés ou détruits par les agents pathogènes.

[Ü Cellules conjonctives différenciées. — Au cours d’un état phlcgmasiquc aigu, tandis que les cellules conjonctives indillérenciées se multiplient activement et se répandent dans tous les interstices conjonctifs prêtes à évoluer suivant les nécessités de la défense de l’organisme, les cellules différenciées tendent au contraire à perdre leurs caractères différentiels. 11 y a semble-t-il contradiction entre l’évolution des premières et la régression des secondes. Cette contradiction n’est qu’apparente. En réalité les cellules différenciées étaient antérieurement au processus phlegmasique adaptées à un rôle foiietionnel déterminé par les incitations auxquelles elles étaient soumises. Les incitations nouvelles qu’elles éprouvent ne sont qu’exceptionnellement en harmonie avec leur adaptation antéeédente ; le plus souvent il y a incompatibilité entre l’exerciee des anciennes fonctions et les besoins nouveaux.

Au cours de l’état phlegmasique aigu considéré, les cellules vacuolaires de Ilenaut, déjà différenciées en tant que macrophages, sont presque les seules cellules dont le rôle Fonctionnel primitif se trouve être le meme que celui qu’elles ont à remplir dans les conditions nouvelles où elles sont placées ; aussi, loin de perdre leurs caractères différentiels, elles exagèrent leur vacuolisation. Elles luttent ainsi simultanément pour leur propre défense et pour la défense générale du territoire enflammé. Mais les autres cellules différenciées, les fibroblastes et les cellules adipeuses, par exemple, en sont plus sollicitées dans le sens de leur adaptation primitive qui est de fabriquer du collagène ou de la graisse ; bien plus, ainsi encombrés parleurs produits d’élaboration protoplasmique, elles ne peuvent que malaisément se défendre contre la substance nocive qui les irrite. Il leur faut donc, de toute nécessité ou périr ou se transforiVicr pour [)OUvoir lutter efficacement. .Mais cette transformation est d’autant plus difficile que l’élément est plus hautement évolué ; la condition première de toute adaptation nouvelle est l’abandon des

CYTOLOGIE t)ES INFLAMMATIONS CUTANÉES

de dinércncialion et le retour à l’état inditlerencié (régression cellulaire).

Aussi voit-on les cellules adipeuses résorber leur graisse, se transformer eu plasinodes indivis ou après multiplication de leur noyau se morceller en cellules tilles libres. De meme les fibroblastes s hypertrophient dans la portion iudillei'enciée de leur protoplasme qui devient basophile et nettement apparente. Ils résorbent le collagène qu’ils avaient secrété et s’incorporent au réseau des cellules anastomotiques, ou bien, abandonnant le faisceau conjonctif avec lequel ils étaient en continuité de substance, il desquament et libres de toutes attaches se mêlent à la foule des cellules migratrices.

produits

B. — CELLULES DIFFÉRENCIÉES SUIVANT DES MODALITÉS INEXISTANTES AU NIVEAU DE LA PEAU NORMALE

Ces cellules sont peu nombreuses. En effet une inflammation, quelque ancienne qu'elle soit, constitue un phénomène de date trop récente dans l’évolution de l’organisme humain pour pouvoir déterminer une différenciation cellulaire différente de celles qui se sont longuement établies au cours de l’évolution phylogénique de l’homme. Il ne se produit donc pas de cellules différenciées nouvelles, distinctes parleurs propriétés de toutes les autres cellules de l’organisme. Mais, par suite de phénomènes inflammatoires, certaines cellules, indifférenciées, peuvent se trouver, au niveau de la peau enllammée, dans des conditions insolites et nouvelles pour la peau, mais identiques à celles qu'éprouvent habituellement de semblables cellules indifférenciées situées dans un autre organe, par e.vemple, la moelle osseuse. Elles obéissent à ces incitations fonctionnelles, au niveau de la peau enflammée, comme elles le feraient au niveau de la moelle osseuse normale et peuvent alors, pour continuer notre exemple, prendre le type myélocyte éosinophile, type cellulaire que l'on ne rencontre jamais dans la peau de l’homme adulte sain, maisipii uecoiislitue pas [)our l’organisme de celuici une variété cellulaire nouvelle.

Ces faits sont rares, car la peau, appareil de défense de l’organisme, possède déjà à l’état normal la plupart des cellules aptes aux réactions défensives; ils n’en sont pas moins intéressants car ils montrent combien multiples et variées peuvent être les métamorphoses des cellules conjonctives et combien profonds peuvent être les remaniements de la peau au cours des inflammations.

Page 1