C.— DÉGÉNÉRESCENCES ET NÉCROSES CELLULAIRES
La morphologie des cellules atteintes de dégénérescence semblerait devoir être très variée car elle est sous la dépendance des altérations qu’elles subissent et l’on pourrait croire qu’à l’action d’agents pathogènes très différents et très particularisés correspondent nécessairement des modifications cellulaires non moins singularisées et pathognomoniques de la cause efficiente. Il eût été si commode pour le diagnostic histologique de trouver des lésions cellulaires caractéristiques d’inflammations déterminées que l’on s’est efforcé quelque temps de trouver des types pathologiques spécifiques « cellule tuberculeuse », « cellule des corps étrangers », « cellule lépreuse », etc... On a du y renoncer. Gela lient à ce que si les actions nocives qui peuvent léser une cellule sont innombrables, les processus de dégénérescence sont peu nombreux ; une cellule peut souffrir des offenses les plus diverses, mais elle ne peut manifester sa soufi’rance ou périr que de peu de manières.
2«) Étude cytologique élémentaire.
Nous étudierons le sort des éléments conjonctivovasculaires au cours des états inflammatoires en suivant l’ordre que nous avons adopté plus haut à l’occasion de la description de leurs caractères à l’état normal. Pour chaque élément considéré nous nous reporterons au tableau synoptique donné p. 86 et nous envisagerons quels sont les aspects qu’il revêt lorsqu’il s’hyperlrophie ou s atrophie, lorsqu’il régresse ou se métamorphose, lorsqu’il est atteint de dégénérescence ou frappé de mort.
A — Eléments autochtones de la peau.
I. Cellules conjonctives indifférenciées. — Nous avons dit précédemment (|u’au stade de repos, exception faite pour les éléments migrateurs accumulés à la périphérie des foyers inflammatoires, elles devaient être considérées comme non intéressées par le processus phlegmasique. Nous n’avons donc à étudier ici que les manifestations de leur activité et les résultats de leurs altérations.
a) Atrophie. — Nous devons cependant dire un mot de ce que l’on appelle parfois l’atrophie des cellules conjonctives indifférenciées. Cytologiquement elle n’existe guère. En effet, si une cellule conjonctive indifférenciée se trouve placée dans des conditions défavorables à son développement, elle s’arrête dans son évolution, rétrocède même en diminuant de taille, puis, ayant ainsi restreint ses dimensions et ses besoins, ou bien elle s’accommode de cette vie précaire, ou bien elle ne peut encore s’y adapter. Dans le premier cas, tout ce que l’on peut en dire, c’est qu’elle est retournée à un état de vie ralentie et il est impossible de distinguer s’il s’agit d’atrophie (terme qui implique un état pathologique) ou d’un simple stade de repos ; les caractères cytologiques sont en effet identiques dans ces deux cas (1). Dans la seconde alternative, elle ne peut subsister dans son intégrité ; elle s’altère alors et présente des phénomènes de dégénérescence et de nécrose. La désignation de la variété de la dégénérescence subie est alors plus précise que le terme vague et incomplet d’atrophie.
Mais si au lieu d’envisager une cellule en particulier on
1 . Si l’on tenait à établir une distinction entre la cellule indifférenciée atrophiée et la cellule quiescente, on pourrait invoquer que la cellule atrophiée n'est plus susceptible d’évoluer, faculté que conserve la cellule quiescente; cette distinction serait d’ailleurs toute théorique.
Du reste Dominici admet « avec Grawitz que les cellules fi.xes les plus « atrophiées sont des cellules dormantes que les irritations les plus « diverses peuvent tirer de leur léthargie ». Dominici. Polij. et Macr.,
constate dans une lésion cutanée donnée, une cicatrice patexemple, que la plupart des cellules conjonctives observées sont de dimensions inférieures à la moyenne normale on pourra dire alors que ces cellules sont atrophiées puisqu’il est manifeste que l’exiguité de leurs dimensions est en rapport avec les conditions pathologiques.
|iJ) Hypertrophie. — Lorsque une cellule conjonctive inditiërenciée entre en activité soit pour se multiplier, soit pour acquérir une différenciation fonctionnelle, elle commence presque toujours par s’hypertrophier. Cette hypertrophie porte le plus souvent à la fois sur le protoplasme et sur le noyau, mais surtout sur le protoplasme.
L’hypertrophie du protoplasme s’accompagne d’une modification de sa structure et de ses affinités tinctoriales. C’était un hyaloplasme homogène et transparent, retenant mal les réactifs colorants; il devient un spongioplasme chromophile, c’est-à-dire qu’il prend une structure réticulée ou alvéolaire et qu’il fixe énergiquement les substances tinctoriales particulièrement les colorants basiques. La basophilie est d’autant plus accentuée que le protoplasme est plus jeune et plus actif. En vieillissant, raffinité acidophile tend à se substituer à raffmité basophile, mais tant que l'élément possède toute sa vitalité il reste toujours au moins partiellement basophile. La substance basophile est diffuse ou se dispose en stries, en traînées. Elle correspond sans doute à l’ergastoplasme de Garnier (1).
1 . Dans un cas que nous avons publié avec notre maître M. Menetrier, le chromoplasme basophile correspondait indubitablement à l’ergastoplasme de Garnier. Il s’agissait du foie d’un nouveau-né hérédosypbilitique. Les filaments ergastoplasmiques reconnaissables à leur disposition rayonnée, autour du canalicule biliaire comme centre, se teignaient nettement de bleu, sur les coupes de fragments fixés à l’iodochlorure, après coloration à l’éosine orange et au bleu de toluidine (Menetrier et Rubens Duval. Lésions histologiques du foie dans un cas d’bérédosypbilis du nouveau-né. Archiv. de méd. exp.)
Tandis que dans les cellules épithéliales des glandes en activité l’erpstoplasme tend à se disposer en filaments, comme l’a décrit Garnier, il serait répandu à l’état diffus dans les cellules conjonctives Hubens Duval
CYTOLOGIE OES INFLAMMATIONS CUÎ*ANl^Ëg
-. L’hypertrophie du noyau est hahituellc mais non constante. Il peut y avoir hypertrophie vraie, volumétricpie : le noyau augmente de volume, sa chromatine se renforce, prend plus vivement le& réactifs colorants et se dispose en un réticulum plus épais ; le nucléole est plus apparent. L’hypertrophie peut être simplement relative, la chromatine se renfoi’ce sans que le noyau augineiite de volume ; il peut même arriver que, malgré l’augmentation de la chromatine, il diminue de volume en se contractant; Cette contraction du noyau est aussi en rapport avec ce que Üomin'ici appelle très justement la maturation de l’élément. Elle a lieu lorsque célui-ci passé de Tétât larvaire (grand noyau clair pauvre en chromatine) à l’état mûr (noyau contracté riche en chromatine). . '
’ Le hoyau tend aussi à accroître ses rapports avec le protoplasme. Aussi, lorsqu’il a acquis son volume définitif, il augmente encore sa surface en perdant sa forme arrondie ou ovalaire pour se lober. A cet efîet, ainsi que l’a montré Dominici, la chromatine se dispose à la face profonde de la membrane nucléaire en bandes arciformes ou annulaires qui en se contractant la dépriment et creusent un silldn plus ou moins profond. La surface du noyau s’accroît d’autantplus que celui-ci devient plus irrégulier, découpé et lobé. Par suite de cette multiplication des surfaces de contact enti-e le noyau et le protoplasme les échanges intracellulaires sont activés.
Ainsi accru en surface et bourgeonnant, le noyau de certaines cellules conjonctives inditlérencices peut parfois simuler celui des mégacaryocytes de la moelle osseuse rouge, mais jamais il n’acquiert d’aussi grandes dimensions, car il ne tarde pas à se morceler en noyaux distincts qui donnent lieu soit à la constitution d’un plasmode si le protoplasme reste indivis, soit à la formation de cellules filles si celui-ci se découpe en autant de fragments qu’il y a de noyau.x.
L’hypertrophie cellulaire aboutit donc aisément à la multiiilication cellulaire. Celle-ci [icut se faire par division directe, comme dans le cas précédent ou par karyokinèse. Ces dernières sont surtout aboinlantes dans les inllammations aiguës. On en voit
à tous les stades : segmentation du filament chromatique, plaque équatoriale, ampliiasfer, etc.
y) Mélamorphoses. — Los jeunes cellules conjonctives indifférenciées ne tardent pas à être sollicitées par des incitations fonctionnelles diverses. Elles se métamorphosent alors en le type cellulaire déterminé par ces incitations.
Mais quelles soient nettement ditférenciées ou non elles accomplissent souvent déjà les fonctions de clasmatose et de inacrophag'ie.
a) Clasmatose. — La clasmatose dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises est l'etfritement du protoplasme en petites particules qui se dissolvent dans le milieu ambiant et sont sans doute des ferments cellulaires. Leur parenté, sinon leur identité avec les plaquettes du sang, indique qu’elles doivent jouer un rôle important dans la coagulation des plasmas et dans la précipitation de la fibrine. La clasmatose est l’attribut le plus évident des cellules appelées pour cette raison clasmatocytes, mais les cellules conjonctives libres identiques ou assimilables aux mononucléaires du sang et de la lymphe, ces mononucléaires eux-mêmes, les plasmodes indifférenciés sont souvent le siège d’une clasmatose marquée. Certaines cellules hautement évoluées, lesplasmazellen, se fragmentent parfois aussi en débris protoplasmiques épars ; notamment, dans la réaction inflammatoire que déterminent autour d’eux les épithéliomas cutanés il n’est pas rare de voir des plasmomes entiers se résoudre en poussière protoplasmique par suite d’une clasmatose particulièrement active (1).
h) Macrophagie. — La macrophagie est exercée principale^, ment par les cellules vacuolaires de Renaut et par les grands mononucléaires du sang et de la lymphe (qui sont sans doute
1 . On pourrait objecter cpi’il s’agit dans ees cas d’une dégénérescence des plasinazellen . .le ferai remarquer que les débris protoplasmiques sont basopliiles et non acidopbiles et que les plasrnazellen dont le protoplasme bourgeonne et se fragmente ont elles aussi un protoplasme basophile. Leur noyau présente une structure chromatinienne nette. Il n'y a
Cytoi.ogie des inelammations ci;tani-:es
les macfopliages île Metchiiikoll') mais elle l’est aussi pae une foule lie eellules indülerciiciées (lymphocytes, moyens mononucléaires, plasmodes dillus) ou diüércnciées (clasmatocytes, cellules endothéliales, lihrohlastes). Cette multiplicité tli' l’origine des macro[ihag'cs (1)rcnd compte de k l'extraordinaire diversité « de formes (juc peuvent revêtir ces éléments, alors qu’ils rem- « plissent des fonctions identiques dans les mêmes conditions (i biologiques » (Dominici) (2).
« Parmi les macrophages... les uns sont arrondis, d'autres (( sont ovalaires ou anguleux, certains enfin sont armés de pro- « longements protoplasmiques. Mais nous allons trouver tontes « les transitions entre des éléments de forme arrondie et des « éléments de conformation extrêmement irrégulière.
« La configuration des macrophages de forme ronde n'est pas « géométriquement régulière. Leur corps est parfois onduleux « en bordure et de plus certains d’entre eux se hérissent de « courts pseudopodes décrits par M. Metchnikolf. Ces pseudo- « podes, disposés en couronne sont courts, tentaculiformes, ren- « fiés à leur e.xtrémité libre.
« Du corps cellulaire de ces macrophages se détachent des « boules protoplasmiques rondes et par bourgeonnement et par (f effritement de la substance vivante (3)... Les macrophages << fusiformes ou anguleux sont, au point de vue morphologique,
ni la pycno.se nucléaire, ni la transformation du protoplasme en sphérules acidopliiles qui caractérisent la dégénérescence des plasmazellen .
1. Nous employons maintenant ce terme dans son acception générale fonctionnelle.
2. Polynucléaires et Macrophages, /oc. cil., p. 29. La description des macrophages que nous empruntons à notre maître M. Dominici a été faite d’après des inllammations expérimentales de l’épiploon du lapin ; mais il s’agit d’un phénomène si général qu’elle s’applique aux macrophages que l’on observe dans les inllammations cutanées chez l’homme. Nous éliminerons toutefois de cette description les quelques détails particuliers à l’épiploon du lapin.
2. Ce sont là des phénomènes de clasmatose. Celle ci est en effet souvent associée à la macrophagie.
« des cellules iafernicdiaires aux précédentes et aux macrd- « pliages munis d’expansions protoplasmiques
« Le corps cellulaire s’allonge à une extrémité (macrophages « en raquette). Le corps cellulaire s’allonge aux deux extrémi- « tés (macrophages à prolongements bipolaires). Dans ce cas la (' portion centrale reste arrondie ou s’effile (macrophages fusi- « formes). Mais une cellule peut présenter deux prolongements « sans que ceux-ci soient bipolaires (macrophages cornus).
« Enfin du corps cellulaire peuvent s’élancer [ilus de deux « bras (macrophages multipolaires). Quel que soit le nombre « de leurs prolongements, les macrophages ont tantôt un corps « globuleux, tantôt un corps aplati.
« Quant à ces bras, ils revêtent les formes les plus dissem- « blables. Ils sont tantôt courts, tantôt longs.
« Courts ils sont larges ou minces, cylindriques ou aplatis, « Longs, ils s’étendent parfois à des distances considérables à « 100 jj. de leur point d’attache. Ils sont filiformes et grêles ou « larges et massifs.
« Quelles que soient leurs dimensions, les bras deg macropha- « ges sont constitués les uns régulièrement, les autres irrégu- « lièrement. Dans le premier cas, ils s’amincissent généralement « du point d’implantation au point de terminaison.
« Dans le second cas ils sont alternativement renflés et « rétrécis.
« Les portions renflées sont arrondies ou étalées, aplaties et « anguleuses.
« Des bras accessoires sont parfois branchés sur les bras prin- « cipaux et les uns et les autres se bifurquent souvent à leur « extrémité
« Tous les intermédiaires existent entre des macrophages « arrondis de taille géante (40-o0 u.) et des macrophages minus- « cules », qui ne sont autres que des lymphocytes c’est-à-dire des petits mononucléaires dont la taille n’excède pas celle d’une hématie (7 a).
Dans ces macrophages ainsi diversement conformés se creusent des vacuoles qui s’agrandissent tandis que le spongioplasme
devient de plus en plus acidophile. Ces vacuoles sont disséminées ifrégulièremenl dans tout le corps cellulaire ou Incn clics se disposent de préférence à la périphérie de rélémeiit au niveau de ses bords ou dans l’épaisseur de ses prolongements ramifiés. Quelquefois deux ou plusieurs cellules voisines fusionnent partiellement; par l’intermédiaire des anastomoses qu elles échangent elles emprisonnent un corps étranger ou un leucocyte qui est alors phagocyté dans une sorte de vacuole extracellulaire commune aux cellules fusionnées en syncytium. D’autres fois la vacuole digestive peut être unique et acquérir jusqu’à trois et quatre fois les dimensions primitives de la cellule où elle s’est développée. C’est ainsi que l’on peut voir un petit lymphocyte renfermer dans une vacuole démesurée les débris cellulaires les plus variés. Il n’est plus pour ainsi dire que cette vacuole môme tout son protoplasme ayant été utilisé à sa formation sauf un léger épaississement où se voit le noyau déformé et aplati en calotte, moulé sur le contenu de la vacuole.
« Les macrophages renferment tantôt des hématies et des
polynucléaires à l’état de débris
- « Ces enclaves sont orangé ou orangé rouge (1). 11 s’agit là « soit de fragments d’hématies, soit de granulations et acidophi- « les proprement dites. Si les corps en question sont irréguliers, « anguleux, de taille inégale, nous admettrons la première (• hypothèse. Si la taille en est petite, régulière, nous les con- K. sidérerons comme les granulations de quelque polynucléaire « éosinophile dont le noyau se sera résorbé.
« Parfois, dans les vacuolès des macrophages apparaissent « des masses ayant le volume, la configuration arrondie des « globules rouges. Mais elles sont d’un rose vif et non pas de « couleur orangé rouge. Ce sont les fragments du corps de poly- « nucléaires ordinaires, dont les granulations ont fondu et dont « le noyau s’est effacé »
Les reliquats des noyaux fragmentés « sont réduits à l’état de
1. Après coloration par l'éosine orange et le bleu de toluidinc.
« grains bleus, bleu violet, virant ultérieurement au bleu vert, « puis au vert pur ».
Les transformations des débris cellulaires peuvent être poussées encore plus loin. Les bématies cessent d êtie reconnaissables et ne se teignent plus en orange par Péosine ol’ange bleu de toluidine. Leur substance a été complètement digérée et le fer qu elle contenait a été mis en liberté. Il apparaît alors sous forme de pigment ocre. Ce pigment ocre tpiane des massés arrondies ou granuleuses dont la nuance varie dû jaune clair au jaune brun, ou brun rougeâtre couleur de rouille (1). Lest. là leur couleur propre et non celle ejue leur communiquent l'es réactifs colorants à l’égard desquels elles se montrent réfractaires. La présence de fer dans le pigment ocre peut être mise en évidence par divers procédés histo-chimiqiies. Sous l’influence du sulfhydrate d’ammoniaque il devient noir; si l’on fait agir successivement l’acide chlorhydrique et le ferrocyanure de potassium il se transforme en bleu de Prusse.
Les transformations du pigment ferrugineux au cours de la digestion intracellulaire peuvent être poussées encore plus loin. L’ocre le pigment devient noirâtre ou franchement noir. II né donne plus alors les réactions du fer et on ne peut reconfiaitre son origine que si l’on trouve près des macrophages contenant du pigment noir d’autres macrophages bourrés de pigment ocre ou d’hématies phagocytées.
Les autres débris cellulaires, les leucocytes polynucléaires ou mononucléaires nécrosés, peuvent aussi à la suite de la digestion intracellulaire fournir un pigment brunâtre ou noirâtre qui ne se distingue du précédent qu’en ce qu’il ne donne jamais les réactions du fer. Au cours de certaines afl'ections qui guérissent en laissant quelque temps dos taehes pigmentées, le pigment que l’on trouve dans les tissus cicatriciels relève sou-
1. Sur les coupes de matériel ll.xé i\ Tiodochlorure de mercure iodé, il faut éviter de prendre pour du pigment les précipités de sublimé qui se forment parfois. Ces précipités sont solubles dans la teinture d'iode qui ne modifie pas les pigments ferrugineux ou mélaniques.
.vent de cette origine. 11 en est ainsi notamment dans certains lichens.
Outre les hématies et tes leucocytes qui représentent les inclusions cellulaires les plus fréquentes des macrophages (en dehors des corps étrangers et des parasites — dont nous n’avons pas à nous occuper ici) on peut encore trouver éventuellement dans des macrophages des débris de faisceaux collagènes ou de fibres élastiques qu’ils résorbent. 11 s’agit alors, le plus souvent, de fibroblastes qui abandonnent leur fonction fibroblastique pour exercer plus activement leurs propriétés phagocytaires récupérées.
La clasmatose et la macrophagie sont donc les deux fonctions principales auxquelles s’adaptent les cellules conjonctives indifférenciées et même, éventuellement, certaines des cellules conjonctives difïérenciées. Les cellules conjonctives indifférenciées peuvent encore s’adapter è d’autres fonctions.
Elles se différencient alors et deviennent des fibroblastes (1), des cellules adipeuses ou des cellules endothéliales.
Nous avons déjà étudié ces cellules qui font partie de la structure de la peau normale, page 153, et nous verrons dans un paragraphe suivant ce qu’elles deviennent au cours des états inflammatoires ; nous n’y insisterons donc pas ici.
Mais ce ne sont pas là les seules différenciations évolutives que peuvent présenter les cellules conjonctives indifférenciées, stimulées par les irritations phlegmasiques. En effet, ainsi que nous l’avons indiqué plus haut des formes cellulaires étrangères à celles qui se forment normalement au niveau de la peau peuvent s’y constituer. Ce sont très fréquemment des plas-
i. Au cours des processus chroni([ues elles se métamorphosent surtout en fibroblastes. Ceux-ci faliriquent du collagène en quantité exagérée et il en résulte une sclérose du territoire cutané où s’opère cette transformation. bien que ce processus de sclérose soit aussi bien le fait des cellules conjonctives immigrées et fixées dans la peau enllammee que le fait des fibroblastes préexistants, nous 1 étudierons lorsque nous envisagerons comment se comportent ces derniers éléments au cours des processus phlegmasiques.
mazellen et des polyiuicléaires éosinophiles, peut-être des polynucléaires neutrophiles, souvent des cellules germinatives de Flemming, rarement des myélocytes granuleux.
c) PlasmazeUen (1). — Les plasmazcllen décrites pour la première fois par Unna sont des cellules dont la taille est hahitucllcment celle d’un moyen mononucléaire ou un peu supérieure. Leur corps cellulaire peut être ovalaire, ellipsoïde, mais il est plus souvent quadrangulaire, trapézoïde ou en forme de pyramide à hase quadrangulaire. 11 est formé d’un chromoplasme dense, compact, très fortement colorable et qui parait homogène. Le noyau occupe dans le protoplasme une situation excentrique, situé au niveau de la petite extrémité de l'ellipsoïde ou dans un angle du tétraèdre. Le noyau est sphérique. Les grains de chromatine sont au nombre de cinq ou six. Ce sont des petites masses figurées en forme de coin et prenant intensément les réactifs colorants. Ils sont appliqués à la surface interne de la membrane nucléaire, par leur base, tandis que leur sommet converge vers le centre. Par suite de cette disposition le noyau prend un aspect de rosace. Le centre lui-même est occupé par un petit corps arrondi qui, par les colorations habituelles se teinte comme la chromatine et parait être de même nature. Mais si l’on fait une coloration à l’éosine orange et au bleu de méthylène, après avoir mordançé, au préalable, pendant quelques secondes avec une solution d’alun de fer à 1 0/0, on constate qu’il se teinte de rouge vif tandis que les grains de chromatine se teignent en bleu intense. C’est un nucléole ; il est parfois fort petit et assez difficile à mettre en évidence.
Le chromoplasme cellulaire est primitivement entièrement basophile et se teinte uniformément de bleu par éosine orange bleu de toluidine. Mais ainsi que l’a décrit Dominici, quand la
I. Certains auteurs consitlèreiit que des plasmazcllen peuvent se rencontrer dans la peau normale. Le fait est |)ossil)le, mais il doit, d'après notre expérience personnelle, être e.xceptionnel. Toutes les fois que nous avons rencontré des plasmazcllen dans la peau, il existait toujours un état inflammatoire plus ou moins marqué de celle-ci.
CYTor.ooiE ni-s inflammations cutanées
IRC)
plasmazelle avance eu Age, la substance basophile disparait sur le bord du noyau qui regarde le centre de l'élément, laissant voir le chromoplasme acidopbile fondamental. 11 se forme aiusi un petit croissant d’abord violacé, puis rouge violacé, enfin rouge plus ou moins franc qui s’agrandit plus ou moins en gagnant le centre de la plasmazelle. Son bord concave sertit le noyau ; son bord convexe se continue par des teintes dégradées avec le reste du protoplasme teinté de bleu (l).
Unna et llodara ont considéré les plasmazellen comme résultant d’une transformation des cellules conjonctives fixes. Marsbalko au contraire les fait dériver de cellules lymphatiques. Depuis que Dominici a montré l’identité des cellules conjonctives jeunes indifférenciées et des cellules lymphatiques une telle discussion n’a pas lieu d’être reprise. En réalité les plasmazellen proviennent de révolution de jeunes cellules indifférenciées de la taille du lymphocyte ou du moyen mononucléaire. Elles peuvent provenir aussi de la multiplication des plasmazellen car elles sont susceptibles de se reproduire par karyokinèse.
A côté de ces plasmazellen uninuclées qui sont les plus nombi“euses on en rencontre de beaucoup plus xolumineuses qui contiennent deux, trois et même cinq noyaux. Peut-être ces formes multinucléces des plasmazellen sont-elles des stades préparatoires de la multiplication par voie directe?
TjCS plasmazellen sont rarement isolées ; le plus souvent elles se groiqient en amas plus ou moins considérables, les plasmomes de Unna.
Les plasmazellen existent à l’état normal en divers organes (miujueuse intestinale). Elles paraissent être surtout sous la dc[»endance de processus inflammatoires, particulièrement des processus inflammatoires subaigus et chroni(|ucs qu’elles accom- |)agricnt d’une manière presi|ue constante.
I . Les [)lasmaz(;lten sont souvent atteintes d’une dégénérescence spéciale de leur protoidasine, la dégénérescence érytlirophile de üoininici. Nous la décrirons aii paragraphe de la dégénérescence érythropile granuleuse des cellules conjonctives.
CYT0L0GII5 DES INFLAMMATIONS CUTANÉES
La nature de leurs fonctions n'a pas encore été élucidée.
Polyuiicléüircs éosinophiles. — 11 existe normalement dans la peau des polynucléaires éosinophiles qui y ont été importés par les vaisseaux sanguins. Mais ce ne sont pas de ces éosinophiles formés loin de la peau, dans les organes en activité myéloïde, que nous voulons parler ici.
Au cours des inflammations cutanées des polynucléaires éosinophiles peuvent se former localement, dans la peau même par transformation directe des lymphocytes en éosinophiles. Cette origine lymphocytaire tles éosinophiles est un fait dont la démonstration a été fournie récemment par Dominici et qui a déjà provoqué un certain nombre de travaux. Voici comment se forment dans ce cas les éosinophiles. Le protoplasme cl un lymphocyte devient basophile, puis il apparaît en un des points de ce protoplasme des granulations réfringentes qui se teignent en orangé par l’éosine orange. Ce sont les granulations de la nomenclature d’Ehrlich. Peu à peu les granulations apparaissent dans tout le corps cellulaire, le protoplasme devient alors complètement transparent et à peu près invisible. Un éosinophile se .trouve ainsi constitué mais il clitTèrc des éosinophiles en circulation dans le sang en ce qu'il possède un noyau unique arrondi, semblable à celui du lymphocyte dont il dérive au lieu d’être muni du noyau contourné en boudin et lobé qui a fait donner improprement d’ailleurs à la cellule sanguine le nom de polynucléaire.
11 ne reste cependant pas toujours à ce stade car il tmid à allectcr aussi te type polynucléaire ; mais il ne le prend pas tout à fait de la même manière que réosiuophile du sang. Le noyau, en effet, se divise en deux noyaux plus petits, également arrondis et qui restent côte à côte, soit séparés, soit réunis par un connectif extrêmement fin. Par cet aspect binucléé Téosinophile local, d’origine lymphocytaire, se distingue donc de l’éosinophile du sang circulant, d’origine myélocytaire, qui est plus habituellement trilobé.
Les éosinophilcs ainsi formés peuvent se multiplier par karyokinèses. Le fait est cependant assez rare.
On sait que réosinophilie suiiguine apparaît au déclin dos infections, au moment do la convalescence et qu elle est hahitiielle chez les malades atteints d'atlectioiis vermineuses, mais oii ne connaît pas exactement le rôle des éosino[)hiles.
A la périphérie de foyers inflammatoires ou au niveau d'anciens foyers fendanf à la guérison, j’ai assez souvent constaté une éosinophilie locale marquée, ce fait peut être rapproché de réosinophilie sanguine de convalescence. D'autre part, j'ai eu l’occasion d’examiner le tissu de réaction provoqué, au niveau de l’hypoderme par un cysticerque ; dans le nodule inflammatoire provoqué par la présence de ce parasite, la production d’éosinophiles était d’une extraordinaire abondance.
e) Polynucléaires neittrophiles. — Leur origine lymphocytaire a été décrite par Dominici qui l'a observée en étudiant le sang de lapins inoculés avec le vaccin jennérien (1). 11 est donc possible qu’au niveau de la peau certains polynucléaires puissent relever de cette origine, mais nous ne possédons aucun document qui nous permette de l'affirmer.
/) Cellules germinatives de F lemming . — Les cellules germinatives de Flemming existent normalement dans les centres germinatifs des ganglions lymphatiques et de la rate. Elles ne sont pas représentées au niveau de la peau normale, mais de nombreuses inflammations chroniques en déterminent la formation.
Ce sont des cellules arrondies on polygonales munies d’un grand noyau clair et d’un protoplasme très peu développé. Le noyau occupe la presque totalité de la cellule. C’est un grand noyau arrondi ou ovalaire, pauvre en chromatine. Celle-ci se dispose en quelques grêles travées auxquelles sont appendus un ou deux nucléoles. En raison de sa faible teneur en chromatine et de l’abondance du suc nucléaire ce noyau apparaît toujours très pâle. Le protoplasme, très peu développé forme un mince anneau qui sertit le noyau. 11 est formé d’un chromoplasme homogène exclusivement baso[)hilc. Ces éléments sont essentiellement des cellules reproductrices et elles se multiplient activement par