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ROLE PROTECTEUR DE LA PEAU A L’ÉTAT NORMAL

La peau, à l’état normal, représente essentiellement l’appareil de protection de l’organisme (I). Dans la phylogénèse, de même que dans l’ontogénèse, elle s’est différenciée en tant que revêtement protecteur.

Chez l'homme adulte, où nous l’envisageons plus particulièrement, son plan de structure reste subordonné aux conditions de l’exercice de ses fonctions. L’exposé des fonctions du revêtement cutané nous permettra donc de comprendre sa texture anatomique.

Par suite de sa situation, le revêtement cutané est interposé entre le monde extérieur et le milieu intérieur de l’organisme. Les actions extérieures tendent continuellement à altérer le milieu intérieur ; or la vie n’est possible que grâce à la fixité relative de sa composition. Le rôle du tégument est donc nécessairement de mettre le corps qu’il recouvre à l’abri des influences extérieures.

La peau protège l’organisme à divers titres. Par sa sensibilité (sensibilité â la douleur, sensibilité thermique, sensibilité tactile, etc.), elle le renseigne sur les dangers à éviter. Par son imperméabilité (obstacle à l’évaporation), par sa sécrétion sudorale, ses phénomènes vasomoteurs, elle lui permet de mainte-

1. Le rôle ])rotecteur de la peau est très étendu ; nous aurons surtout en vue ici la protection contre les agents susceptibles de déterminer des inflammations.

niv constante sa température malgré les variations thermiques extérieures ou le développement exagéré de chaleur produite par l’organisme lui-même (exercice musculaire). Mais ce sont là, de môme que son rôle émonctorial (élimination de diverses substances toxiques ou médicamenteuses par la peau) des fonctioQS complémentaires et en quelque sorte secondaires. Le rôle primordial et fondamental de la peau est de soustraire Torganisme aux actions perturbatrices que tend continuellement a exercer sur lui le milieu extérieur : c'est un rôle d’arrêt, un rôle de défense.

Les actions que le milieu extérieur est susceptible d'exercer sont des plus variées. Elles sont ;

Chimiques. — Substances irritantes et caustiques.

Physiques. — Actions mécaniques, lumière, chaleur, électricité, radiations diverses.

Biologiques. — Parasites divers, germes pathogènes (et leurs toxines), venins, etc...

Aux actions chimiques, le tégument échappe, car il est enduit d’un vernis gras, difficile à mouiller et presque inattaquable par les réactifs chimiques.

Aux actions calorifiques et électriques il oppose les propriétés physiques négatives de ce môme vernis qui, mauvais conducteur de la chaleur et de l’électricité, est un excellent isolant.

Contre les actions lumineuses il réagit par l’élaboration de pigment.

Aux actions mécaniques, il résiste passivement par ce vernis souple, lisse et gras, sur lequel glissent les corps contondants, par une trame fibro-élastique résistante, qui se laisse étendre sans se déchirer puis revient sur elle-même, par un coussinet adipeux qui amortit les chocs. Le coussinet adipeux est doublé lui-même d’un tissu cellulaire lâche qui, permettant le glissement du tégument sur les plans sous-jacents, diminue d’autant plus l’intensité des violences extérieures qu’il en étale davantage la surface d’application.

A toutes ces actions, d’ordre physique ou chimique, la résistance est passive.

CYTOLOGIE riES INFLAMMATIONS CUTANEES

Aux actions biologiques, une résistance uniquement passive, serait inefficace. Aux actions exercées par des organismes vivants peuvent, seules, être opposées, des réactions cellulaires actives. Aussi, pour importante que soit la protection mécanique contre les germes pathogènes (desquamation incessante des couches superficielles et cohésion des couches sous-jacentes de l'épiderme) et chimique (acidité des sécrétions cutanées, huiles essentielles gênant la pullulation des microbes), elle ne peut cependant empêcher la pénétration de quelques germes. Ceux-ci sont alors détruits par l’activité de cellules cutanées douées d’une vitalité considérable et capables d’attaquer à leur tour les corps etrangers inertes ou vivants. Peu évidentes dans l’état de fonctionnement normal de la peau, dont les défenses mécaniques passives sont alors presque suffisantes, ces réactions cellulaires actives (d’ailleurs de nature inflammatoire si minimes soient-elles) sont au contraire développées au plus haut point au cours des inflammations cutanées. C’est à leur étude qu’est consacré notre travail.

Nous venons d’énumérer les moyens de défense que la peau utilise pour annuler chacune des actions nocives qui s’exercent contre elle. Il faut examiner comment elle les groupe pour résister à l’ensemble des influences perturbatrices.

La peau est formée de couches stratifiées constituant autant de barrières différentes qui, solidaires les unes des autres, se protègent et se renforcent ii la fois.

La plus externe de ces couches, celle qui est en rapport immédiat avec le monde extérieur, ne fait déjà plus partie de 1 organisme vivant ; c’est une couche de cellules mortes, la couche cornée de l’épiderme. Dans sa défense de l’organisme, la peau commence donc par se protéger elle-même, opposant aux premier contacts avec le monde extérieur des cellules destinées à disparallre.

La couche cornée se compose de deux assises. La plus superficielle, stratum disjunctum, est formée de cellules qui descpiament isolément ou par petits groupes, entrainant dans leur chute les germes, pathogènes ou non, et les [)Dussières qui

CYTOLOGIE DES INFLAMM \TIONS CUTANÉES

avaient pu se déposer à leur surface. Entre les cellules du stratum disjunctum se répand la graisse épidermique et les produits de sécrétion des glandes sébacées et sudoripares.

L’autre couche, couche cornée proprement dite (stratum corneum) est formée de cellules mortes, elles aussi, mais étroitement unies entre elles et imbriquées les unes sur les autres. Ses cellules se disposent en une assisse parfaitement régulière, dont la surface lisse ne présente aucune aspérité. Aussi, la peau, dépourvue de saillie en relief et enduite de graisse, échappe, dans une certaine mesure, aux prises ou aux chocs qui glissent sur elle plus aisément qu’ils n’y trouvent un point d’application.

Les cellules cornées sont, comme l’a montré Ranvier (2), dos lamelles aplaties formées d’une enveloppe de kératine renfermant une substance grasse.

Les propriétés de la kératine sont : « insolubilité dans l’eau froide ou bouillante, dans les acides dilués et les carbonates alcalins ; résistance aux sucs digestifs et aux germes de la putréfaction » (1). La kératine n’est donc attaquée ni par la plupart des agents chimiques ni par les ferments.

Ceux-ci ne peuvent d'ailleurs que difficilement mouiller l’épiderme toujours imbibé de graisse.

La kératine est en outre un mauvais conducteur de la chaleur et de l’électricité et il en est de même de la graisse qu’elle renferme. Celle ci est « comparable à la cire des abeilles » (Ranvier).

« De la présence et du mode de distribution de la cire épidermique dans le stratum corneum, il résulte que le corps entier est recouvert d’un vernis protecteur dont la solidité et la souplesse sont incomparables. Nous sommes protégés par une couche subéreuse dont les cellules sont remplies de cire. Le stratum corneum, autant que le permet sa faible épaisseur, nous défend par sa structure subéreuse contre les injures mécaniques et par sa cire contre les actions chimiques « (Ranvier).

1. Ra.nvier (Acadé7nie des Sciences 20 mars 1899, et Arc/iives d'anatomie microscopique, 1899, fasc. X).

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