LA LEGISLATION ROYALE AU MOYEN AGE
Les biens d'église sous les rois francs. — Les spoliations des Carolingiens. — Les donations de l’An Mille. —- Les serments.
L'Eglise avait reçu des empereurs romains chrétiens de nombreux et importants privilèges. Constantin notamment lui permit d'acquérir sans limite toutes sortes de biens tant par actes entre vifs que par dispositions testamentaires alors que jusqu’à son règne elle n’avait jamais pu acquérir de biens propres. Allant plus loin, il lui fit don des biens appartenant aux temples païens, constituant ainsi le premier élément de la fortune ecclésiastique.
Dans la suite, les rois barbares ne songèrent pas à restreindre le régime de liberté dont jouissaient les communautés et l’église. Aussi les couvents continuèrent-ils à se développer en nombre et en importance.
Devenus chrétiens, nos rois firent plus et se montrèrent très généreux envers l'Eglise à laquelle ils donnèrent de grands domaines. Les particuliers suivirent l’exemple et se dépouillèrent à leur tour pour faire œuvre pie. Animés d’un zèle religieux ardent, les ecclésiastiques se retiraient du monde, fondaient des monastères dans des lieux éloignés et leur piété faisait de leurs retraites des pèlerinages recherchés.
Personne ne songeait alors à contester aux églises et aux couvents le droit absolu d’acquérir ou de recevoir des libéralités même testamentaires. Les dons étant nombreux, les biens ecclésiastiques s’accrurent démesurément.
L’avènement des rois de la seconde race allait toutefois entraver pour un temps un nouvel accroissement de ces possessions.
Charles Martel fut le premier à porter atteinte à l’intégrité des biens de l'Eglise et son successeur Pépin le Bref suivit son exemple. Non pas que les premiers carolingiens fussent athées, païens, ou aient eu des motifs personnels d’hostilité à l’égard des gens d'église.
Des besoins impérieux seuls déterminèrent leurs agissements. À cette époque les prêtres ou moines, évêques ou curés possédaient, croit-on, le tiers des terres cultivées. Or les maires du Palais, Charles Martel et Pépin le Bref, avaient besoin de consolider leur puissance pour s’assurer
le pouvoir royal en obtenant l'adhésion des chefs francs et leur sympathie sinon leur complicité.
Ils se les attachèrent par l'intérêt. C'était un principe absolu à l’époque que le roi pouvait disposer en cas de besoin du patrimoine ecclésiastique! Plus puissant que le roi mérovingien, Charles n'allait pas se gêner. Les biens d'église constituèrent un cadeau facile avec lequel, lui et son successeur, récompensèrent les services de leur clientèle.
Evêchés et abbayes furent mis au pillage. L’évêque de Vienne, dit-on, pour ne pas assister au spectacle de son église dépouillée se réfugia dans l’ombre d’un monastère. Non content de distribuer libéralement les biens de l'Eglise entre ses leudes, Charles Martel les installait encore sur les