Esmein, Histoire du Droit français, page
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sièges épiscopaux et cette époque vit des évêques soldats plus occupés à guerroyer et à user des plaisirs de ce monde qu’à s'intéresser au salut de leurs ouailles.
Charles Martel dut à son attitude envers l'Eglise de laisser une fâcheuse réputation dans l’histoire. « Saint Bomiface, archevêque de Mayence, l’apôtre de la Germanie, déclarera à Carloman et à Pépin que leur père était certainement damné. Quelques années après sa mort, son tombeau fut ouvert à Saint-Denis, on le trouva vide de son corps et on ne vit à sa place qu’un gros serpent, d’autres disent un dragon noir, qui ne pouvait être que le diable. Les moines de Saint-Denis le racontaient à tout venant. Plus d’un siècle après que le héros de Poitiers eut quitté ce monde en 858, le clergé assurait encore à Louis le Germanique, petitfils du grand capitaine que son arrière-grand-père était en enfer pour avoir donné aux laïcs les biens de l’Eglisel, »
L'historien Gaillard rapporte que Carloman renonça à l’Austrasie et se retira dans un couvent à Rome pour racheter l’âme de son père et Pépin voulut être enterré à la porte de l’église Saint-Denis, lé visage contre terre comme un pénitent « pour expier, dit l’abbé Surger, les usurpations de Charles Martel, son père, sur les ecclésiastiques. »
Les guerres si nombreuses aux vine et 1xe siècles furent une autre cause de ces spoliations.
Pour combattre les Sarrazins, les Aquitains, les Alamans les Bavaroïis ou les Saxons, il fallut de nombreux hommes d'armes. L'Eglise, à cause de ses grands-domaines, avait la charge de leur entretien, et ceux-ci, en rémunération de leurs services, occupèrent souvent des biens. ecclésiastiques dont ensuite il n’était plus possible de les faire sortir.
1. Les Origines de La France rune par Frantz Funck Bruntano, p. 286 et 287. À
Charlemagne mit dans une certaine mesure terme à ces dépossessions tout en contenant dans de justes limites le domaine de l'Eglise au moyen de quelques précautions prises dans ses capitulaires.
Ses faibles successeurs manquèrent d'autorité pour continuer cette tâche et les biens ecclésiastiques s’accrurent de nouveau tant par les dons généreux des Rois que par ceux des Seigneurs.
Un désir immodéré d’accroître leurs possessions s’empara des religieux. Ils pensèrent alors davantage aux biens temporels et moins au salut des âmes. Ils recherchèrent les donations et usèrent de mille moyens pour obtenir des dons et, une fois obtenus, pour empêcher toutes réclamations ultérieures. Ils imaginèrent de faire prêter aux donateurs et à leurs héritiers de terribles serments pour qu'ils ne puissent revenir sur ieurs paroles.
M. Edme de la Poix de Fréminville dans son ouvrage La Pratique Universelle des Terriers, paru en 1759, page 126 du tome II, en rapporte un exemple qui paraît présenter les plus grandes chances d’authenticité RH l’auteur indique sa source.
L'an dix-sept du règne de Louis IV, dit d’Outremer, les religieux du Bourbonnaïs firent prêter à Aimard, fils d’Aimond, seigneur du Bourbonnais en 953, le serment de ne jamais revenir sur la donation faite par son père «à peine d’encourir la colère de Dieu, d’être foudroyé comme anathème, d’être damné comme Judas, qui a trahi J.-C., de recevoir le même châtiment que Coré, Dathan et Abéron, que la terre ensevelit tous vifs, d’être mis au nombre de ceux qui disent à Dieu : Seigneur, retirez-vous de nous, que pendant tout le temps de sa vie le réfractaire soit accablé de malédictions, soit à la ville soit à la campagne, que ces
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reliques soient maudites, que le fruit de son ventre soit maudit et le fruit de sa terre; qu’il soit maudit en entrant, qu'il soit maudit en sortant, que le Seigneur l’afflige de faim, de disette, dans tous les ouvrages de ses mains, jusqu’à ce qu'il soit abattu, et perdu à cause de sa témérité de s’élever contre Dieu en envahissant les choses qui lui sont dédiées, que le Seigneur le frappe de pauvreté, de fièvre maligne et de froid, de chaud, d’air corrompu, qu’il tombe devant ses ennemis et que son cadavre devienne la proie des oiseaux du ciel et des animaux de la terre, que Dieu le frappe d’un ulcère malin, de la galle, qu’il soit couvert de lèpre depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tete, qu’il passe toute sa vie à se défendre de la calomnie, et qu’il soit opprimé par la violence, et. qu’il ne trouve personne qui puisse l’en délivrer, et que tous ses adhérens, et qui se trouveront de son parti soient aussi condamnés et damnés avec lui, et que toutes ces malédictions prononcées et contenues dans la Sainte Ecriture, tombent sur leurs tetes et qu'ils soient effacés de la mémoire des vivans, ainsi soit il, ainsi soit il ainsi soit fait jusqu’à ce qu’ils se soient amendés de leurs fautes, etc.
Cette charte est signée Aimond et Aldesinde sa femme qui l’ont ainsi voulu, et prié qu’ainsi fut : signé Ambert, Hugues, Gérard, Archambaud, ses fils qui y ont consenti : signé Gilbert, Domnon, Elpherit, Robert, Retali, Odon, Tibaut, Gilon, Robert.
Fait et passé publiquement au Chateau de Bourbon au mois de janvier, regnant Louis, l’an 17 de son règne.
L'auteur de la Pratique des Terriers ajoute que ce titre a été copié et collationné sur l'inventaire des titres du prieuré de Souvigny, intitulé trésor de Souvigny, fait par les soins de messire Nicolas de Megrigny, prieur de Souvigny en
1650, écrit en velin, représenté par M. l'abbé Pecquet, actuellement prieur dudit prieuré.
En l’an 1000 , la croyance unanime en la fin du monde, annoncée par des prédictions erronées accrut l’importance et le nombre de ces donations.
L’excès de ces libéralités, l’avidité des moines, devenus oublieux des vrais principes de l’Église, devaient fatalement amener une réaction.