‹ D'Alger à TangerChapitre 20 sur 37 · NEMOURS · texte numérisé non relu

NEMOURS

rendre son épée au duc d'Aumale, alors gouverneur de l'Algérie. Il mit pied à terre devant lui et il lui tendit les rênes de sa jument noire.

— Prends-la, lui dit-il en pleurant, je ne la monterai plus dans les batailles...

Il (hîmanda d'être conduit à Saint-Jean-d'Acre. Emu jusqu'aux larmes le prince-général lui accorda cette faveur, mais les politiciens refusèrent de ratifier sa promesse et, — comme Napoléon fut envoyé à Sainte-Hélène, — l'émir fut successivement em|)risonné au i^irl-LamalgiU!, à Pau et à Amboise... Ce n'est (ju'en i85'>, (|u'iiu lui rcridil la iib(;rté.

212 D'ALGER A TANGKR.

Une barque nous emporte vers l'est, le long de falaises à pic, rongées par les vagues, creusées de cavités où nichent des pigeons et des aigles... Nous doublons le cap Noë, et, après quatre heures d'un délicieux voyage nous débarquons à Honeïn, dans le ravin de Tadjera. Là venaient autrefois les marins des républiques italiennes, là débarquaient les produits destinés à Tlemcen. Il n'y reste que des murs en pisé, que les ruines d'une kasbah, que l'axe d'un minaret; il n'y vit plus que quelques Espagnols logés en Troglodytes... Mais qu'elle est courte cette journée de soleil et d'azur! Qu'elle est charmante cette partie de mer sur une côte ignorée et sauvage !

Plus loin, ceints de récifs et de brisants, les îlots volcaniques de Rachgoun portent, à deux kilomètres au large de l'embouchure de la Tafna, un phare, un hameau français, un village de gourbis et de grottes.

En face, sur la terre ferme, est la petite ville de Rachgoun, port futur de Tlemcen.

Nous sommes encore à Nemours. En rade, un paquebot transatlantique — un navire que le mauvais temps n'a pas mis dans la nécessité d'aller demander un refuge aux Zafarines, — se balance sur les eaux verdàtres, sur les grandes houles qui, paresseuses, se soulèvent, unies et lourdes comme des vagues d'huile. Une felouque nous conduit à son bord.

jVutour de nous le golfe étend ses grands bras de rocailles. A l'est, c'est le promontoire de Tount dont le sommet porte les ruines de Djama-Ghrazaouat; à l'ouest, c'est un cap aux falaises brunes, ce sont les Deux-Frères, gigantesques menhirs que la nature a plantés dans les flots...

L'hélice tourne.. Le cap Milonia passe à bâbord; habitée par les Beni-Mengouth et par les Athia, la baie de l'Ûued-Kiss s'enfonce dans les terres et marque la limite de nos possessions...

L'Algérie a disparu; nous sommes dans les eaux marocaines.

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