‹ D'Alger à TangerChapitre 25 sur 37 · PLAN DE FEZ · texte numérisé non relu

PLAN DE FEZ

ail caché les femmes et il conduit de la jjorle extérieure à celle de la cour. Une citerne s'ouvre dans ce petit (-loître ; uni; fontaine y coule dans un coin, comme dans toutes les habitations de Fez. Celles de Fe/-Bali tirent leur eau de la rivière ; établies sur un terrain plus élevé, celles de Fe/.-Djedid la reçoivent d'un aqueduc (lui va la clu^rcher dans les montagnes voisines, (^omme à Alger, des (i-aleries superposées enlouieiit ce patio à la hauteur de chaque étage et donnent accès aux chambres; une terrasse sur laquelle on débouche par une espèce de guérite construite en

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haut de l'escalier couronne enfin le bâtiment. Percés de fenêtres ou d'embrasures, des murs à hauteur d'homme ceignent ces plates-formes et permettent de voir celles du voisinage. C'est le domaine des femmes, c'est leur lieu de plaisirs et de rendez-vous; c'est là qu'elles tuent les longues heures de leurs longues journées; là que, roulées sur des tapis, elles s'endorment aux plaintes des guitares; là qu'elles se visitent en enjambant les parapets mitoyens; là que, en été, elles dorment sous des tentes; c'est le perchoir, enfin, sur lequel, à l'air libre, elles passent la moitié de leur vie de perruches captives. Et toutes ces terrasses contiguës forment comme une ville lumineuse au-dessus de la ville sombre où, sur le sol, rampent les hommes...

Des pierres tombent autour de nous. D'où viennent-elles? Et, comme nous levons la tète, une femme encapuchonnée de blanc et une jeune fille en bandeau rouge disparaissent, ainsi que des marionnettes, derrière la muraille d'une terrasse voisine. Notre curiosité a éveillé en elles des soupçons que confirme notre langue... Nous allons être lapidés si nous ne sortons vite.

Pavées de petits galets ronds, en pentes souvent très raides, si étroites qu'on ne peut guère les suivre qu'à la file indienne et que, si deux cavaliers s'y rencontrent, l'un des deux, qui ne peut tourner sur place, doit, pour laisser passer l'autre, reculer jusqu'à un carrefour, les rues ne sont, la plupart du temps, que des couloirs obscurs et tortueux, creusés de trous, de fondrières et de ruisseaux; ce ne sont que des corridors humides, tout bourdonnants de guêpes et de syrphes dorés, de mouches et de moucherons. Elles sont, de distance en distance, interrompues par des murailles qui, percées d'une baie et, de leur base à leur faite, allant d'une maison à l'autre, y mettent des cloisons transversales analogues à celles d'un navire à compartiments étanches.

Quelques-unes sont barrées par une construction tranversale dont la terrasse est crénelée et dont l'étage unique sert de logement à des gardes. Dentelées sur leur tranche, de larges portes en pointe ou en fer à cheval traversent ces bâtisses et, la nuit, de grandes serrures de bois en ferment les vantaux qui, revêtus de

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