LE SULTAN
maître d(;s luouclics, — des noirs l'ont tournoyer des écliarpes et,
pour éloigner de lui tout insecte volant, se donnent autant de mal
que s'il s'agissait de mettre en lïiite des vautours et des aigles.
— \ictoire au sultan! (lloire à notre seigneur! braillent les
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mecJwuari^ — les gardes du corps, — qui le suivent en cafetan cramoisi, un bâton à la main.
Puis, à cheval, voici les ministres et les grands-ofticiers de la couronne : le vizir Sharnit; le pacha de la garde; le moulej-taba, garde des sceaux; le moulej-f'aï, grand-échanson; le monley-ettessej-ad, trésorier suprême; le moulej-fez, maître de la pioche, armé de la serpette avec laquelle, en campagne, on coupe les buissons là oîi doit être dressée la tente impériale; le mouleychabii\, maître des éperons; le moiilej-zerbia, le moule} -frach et le moule) -stroiimhia, maîtres des tentures, des matelas et des tapis; le mouley-nodo^ maître des ablutions; le mouley-md^ maître de l'eau; le moulej-otaï. maître du thé; le moulej-ksam^ maître d'hôtel; le moulej -rouan . chef des palefreniers; le moule} moulxltala qui, pour ne pas le souiller de son contact indigne, tient avec un mouchoir le fusil souverain; le mouley-ski/i, qui porte le sabre; le mouley-belja^ maître des babouches, et vingt autres. Puis ce sont, en turban blanc, en veste coquelicot, des généraux aux cimeterres courbes ; puis, fanfare de couleurs éclatant au soleil, c'est, à cheval, une nuée d'officiers au costume rouge, orangé, vert, bleu, jaune, indigo, violet, abricot, pêche, amarante, jonquille... Toutes les teintes du prisme, tous les fruits et toutes les fleurs!
Doré comme un carrosse de sacre, un coupé ferme la marche, conduit par deux Nègres à pied. Il en serait de même s'il plaisait au sultan d'y monter. Nul, pas même son cocher, ne peut jamais être au-dessus de lui! Une ambassade anglaise lui offrit un jour cet équipage. Qu'en faire? Faute de routes, les voitures sont inconnues au Maroc; à peine quelques caravanes attellent-elles à des caisses grossières, montées sur des roues pleines, des bœufs que charge un joug énorme. Et, inutile, le cadeau de Victoria ijueeii ne sort jamais du mechouai', mais les jours de cérémonie il accompagne le t7;fi'/'!'/' jusqu'à la porto du palais; il fait partie de son cortège.
L'empereur passe, les soldats se replient et lui forment escorte. Laissons-le s'éloigner. Il serait dangereux de le suivre vers les lieux saints. Dans quelques heures il rentrera chez, lui et il y
reprendra sa vie de chaque jour. De quoi est remplie cette existence ténébreuse ?
Mouley-IIassan se lève à trois heures (i). Il prie, puis il va au hammam^ accompagné par une escouade de femmes qui, — munies de serviettes frangées d'or, de parfums quintessenciés et d'aiguières d'argent, — procèdent à sa toilette quotidienne. Le costume qu'il portait la veille est donné à un courtisan; comme chaque matin, il en revêt un neuf. Le bain est long; il en sort au moment où le soleil, son frère, sort lui-même de l'orient; il prie de nouveau et, excellent cavalier, il va monter quelques-uns des chevaux qu'il nourrit par centaines; il va prendre part aux exercices de ses troupes; il va tirer le canon avec ses artilleurs. Voici l'heure d'une nouvelle prière, l'heure du déjeuner, l'heure de la sieste... 11 n'est encore que midi. A quoi tuer le temps? Et le prince désœuvré passe une heure à mettre d'accord ses pendules sans nombre, puis il se livre à l'alchimie.
Il y a longtemps déjà, il envoya à Paris un certain Berbère qui devait y étudier les travaux de notre hôtel des Monnaies. Ce savant rapporta au Maroc quelques notions scientifiques et surtout une admiration l'ort impie pour noire capitale. Il préférait nos boulevards aux rues de Fez-Bali et les quadrilles du Moulin-llouge aux danses des aimées. C'était un musulman indigne, un Marocain gâté. Il avait osé se permettre ces comparaisons sacrilèges! Et, les fers aux pieds, on le jeta au cachot... Un homme c[ui a vu fabricjuer des pièces de vingt l'rancs doit, cependant, savoir faire de l'or. Et, de temps à autre, le sultan se le fait amener, cherche avec lui la pierre philosophale et, la séance finie, le renvoie en prison.
D'autres fois, il va muser, pendant quelques heures, dans les salles où, dès leur départ, sont relégués les dons des plénipotentiaires, les boîtes à musique, les portraits de souverains, — œuvres du diable, — retournés contre la muraille, les décorations dédaignées, jouets dont on semble ignorer l'usage, les
I Ij Voyage cfl'ecluc et écrit pendant les derniers mois du règne de MouleylI:isSHii.
DALGER A TANGER.
petites mécaniques dont on se méfie comme de bombes anarchistes depuis qu'un appareil à glace, apporté par des Allemands, éclata au visage des ministres attentii's auxquels on en apprenait la manœuvre.
Vers cinq heures du soir, Mouley-Hassan prie encore, s'occupe un instant des affaires de l'État et va au harem écouter de la musique, jouer aux échecs ou préparer, avec la lella-libira, — la grande dame, la sultane favorite, — le couscous qu'il tripote avec l'habileté d'un cordon bleu.
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