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UNE FEMME ET SA SUIVANTE

AUTOUR nE FEZ. 327

rôle terrible joue clans leur vie ou plutôt dans leur mort le sore, le poison préparé par les sorcières noires et dans lequel, entre autres ingrédients, entrent, pulvérisés, des morceaux d'ossements pris dans la tète d'une morte...

Une nouvelle promenade à travers Fez-Djedid ; le repas de midi sous la tente; une sieste rêveuse; la rédaction de notes jetées sur le papier, au hasard de nos souvenirs... Et la journée s'avance. A quoi en employer les dernières heures ? A revoir Fez-Bali, sa foule et ses bazars.

Quatre petites filles promènent dans la rue un œuf placé sur un mouchoir dont chacune d'elles tient un coin. Elles s'arrêtent, elles cliantent devant toutes les boutiques et les marcliands arrosent d'un peu d'eau l'emblème qu'elles portent ainsi. Que signifiet-il ? Qu'une femme est en mal d'enfant, que ses amies ont sacrifié un coq noir sans obtenir sa délivrance, qu'ellea besoin des prières de tous, non pour elle-même, — ■ on n'importunerait pas des hommes pour si peu, — mais pour l'être qu'elle va mettre au monde. Ce sera peut-être un musulman! Et, dans leur cantique nasillard, les fillettes invoquent Lella-Meriem, — madame Marie, — la sainte mère de Sidna-Aïssa, — du Jésus des chrétiens !

Elles passent et, tandis que, descendu de notre mule, avec une curiosité quelque peu imprudente, nous feuilletons, à l'étalage poudreux d'un libraire, les pages (uiluininées d'un vieux Koran de parchemin, un homme souriant s'arrête devant nous.

Il a un turban à fleurs jaunes elles rayures transparentes de sa djellaba laissent entrc^voir les broderies d'un cafetan rose. C'est un Maure cossu, encore quekjue commerçant notable.

— Tu ne me reconnais pas ? nous dit-il en français. Je te reconnais, moi, malgré ton /niï/i.

Et la lumière se fait dans notre mémoire. C'est Abdallali-ben- Ahmed, c'est uu marchand (|ue nous avons, dans des boutitpies^ rencontré à Oran, puis à Tlemccn où l'appelaient ses affaires. Et il veut nous traiter en vieille connaissance, nous faire les honneurs de son pays, nous montrer ce (|u'il y a do |)lus beau, d'après lui : son jardin hors des murs. Il est tro|) tard.

DALCER A TANGER.

— C'est vrai, mais demain, à midi, je t'attends et tu partageras mon couscous.

Quelques blessés de marque sont, avec le sidtan, revenus de la guerre et, de temps en temps, il en passe à travers la ville. Ceux-ci sont jetés sur la paille dont on a rembourré le bât d'une jjéte et, comme des sacs de

blé, ils s'en vont, les pieds d'un côté, la tète de l'autre ; ceux-là sont cahotés par deux mules qui se suivent et que réunissent des traverses sur lesquelles est tendu un tapis, ce qui forme une espèce de civière; les principaux, enfin, sont encaissés dans des cercueils que portent les soldats. Il passe aussi des prisonniers qui, lamentables, traînent leurs entraves, mais en bien petit nombre. On en a pourtant fait beaucoup. Où sont les autres? Là-bas, dans les déserts ou ils ont succombé aux privations, aux mauvais traitements et au poids de leurs chaînes.

A quelque distance hors des murs, les bandes victorieuses campent avec la melialla^ — les équipages, — du cliérif; avec leurs canons, leurs tentes, leurs chameaux; avec des fantassins affligés du carcan qui remplace notre salle de police ; avec les danseuses au visage peint (|ui, cliovauchant leurs ânes, les ont suivies en campagne.

L'armées marocaine se compose de />ol/iaiis, de soldats réguliers et de contingents... Les hokhmis forment une garde de quinze mille IN'ègres; au nombre de quarante mille, les réguliers

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