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CARTE DES ENVIKONS IlALCEn.
quartier, de chasseurs d'Afrique qui, en large ceinture rouges, mettent le sabre au clair pour porter une botte de paille, la grande route de Constantine, — celle que nous suivons, — le traverse dans toute sa longueur. Couché sur le rivage, entre la plage et le Sahel c'est Mustapha inférieur, qualification qui semble une épigramme.
Au-dessus, vers l'Ouest, s'étage, sur le penchant de la colline la côte verdoyante de Mustapha supérieur. Ce second Mustapha, le
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JMustapha élégant, est comme un quartier de Cannes ou de Nice transporté sur la rive africaine avec ses routes fleuries et que des lianes transiorment quelquefois en tunnels de verdure ; avec ses jardins tenus comme des parcsanglais, ses caroubiers, ses lauriersroses, ses térébinthes, ses pins-parasols, ses plantes exotiques; avec ses maisons de tous les styles ; avec ses hôtels somptueux, noyés dans les grands arbres. Mais ce que ne possèdent ni les boulevards de Cannes ni les chemins de Nice, c'est ce palais du gouverneur, ce sont ces blanches villas mauresques qui, à demi, cachent dans les feuilles leurs t(;rrasses étincelantes, leurs colonnes, leurs fenêtres grillées et leurs petites coupoles ; ce sont ces spahis indigènes qui, si souvent, lancés au grand galop, font, dans tout ce vert, passer la note éclatante de leurs burnous écarlates ; c'est ce capiteux parfum de poésie africaine qui s'exhale ici de toutes choses... Et là-bas, panorama radieux entrevu à travers les branches, les maisons d'Alger descendent en cascade de neige jusque au port où, aperçus de cette hauteur, les plus puissants navires ressemblent à des barques ; la baie s'arrondit mollement et déroule son azur entre des collines d'émeraude ; fondus, à l'horizon, dans des vapeurs bleuâtres, l'Atlas et les monts de la Kabylie estompent leur profil sur un grand ciel sans nuages, dans les profondeurs transparentes d'une atmosphère de cristal.
Dans les douceurs d'un air où flotte le parfum des orangers, par des chemins creux que les caroubiers ombragent de leurs frondaisons touffues, à travers les massifs où blanchissent toujours les maisons indigènes, remontons encore au couchant.
A droite, entre Alger et la route que nous suivons, sourcille l'ancien bordj de Sultan-Kalassi. En i54i le pacha Hassan l'éleva à la place où Charles-Quint avait campé, lors de sa retraite, et c'est en souvenir de ce fait qu'il s'appela et qu'il s'appelle encore le fort de l'Empereur... En i83o, lors du bombardement d'Alger, cette citadelle fut la fortification qui résista peut-être le plus vaillamincnl ;i nnlr(! attaque. La conquête devait, pensait-on, en être des [dus laborieuses, lorsque, le 3 Juillet, les mai'ins qui montaient l'escadre virent, surla crête de sa colline, passer des soldais
turcs qui, en désordre, se repliaient vers la Kasbah . C étaient les artilleurs, — \estobJis, — et les quinze cents janissaires qui, sous les ordres du Ahasiiadji, — du ministre des finances, militaire à ses heures, — avaient été chargés de sa défense. Nos boidets y étaient tombés en si grand nombre que la place n'était, parait-il, ]dus tenable. Le général y avait pourtant laissé queltiues canonniers.
— Restez, leur avait-il dit, et quand s'approcheront les bataillons infidèles, mettez le feu aux poudres.
— Mleah^ — Ijien ! avaient répondu les soldats.
Quelques heures après, au moment où nos vaisseaux allaient reprendre notre canonnade un volcan faisait éruption ; une clarté aveuglante, colossale remplissait le ciel ; une montagne de feu s'élevait; une explosion formidable faisait trembler la terre et la mer... C'était le dernier rugissement du lion algérien, la dernière convulsion de son agonie. Le fort l'Empereur n'était plus qu'un monceau de ruines. Les tobjis avaient trouvé une mort héroïque dans l'ordre que leur chef leur avait si simplement donné, que si simplement ils avaient reçu... Nous avons reconstruit ce bordj depuis notre conquête.
Encore quelques pas. Des gamins arabes nous regardent venir, toujours graves, toujours surpris, et nous sommes à El-Biar, — aux Puits.
Lin instant de repos sous la tonnelle épaisse de ce cabaret rustique, véritable belvédère d'où le regar<l ravi plane sur Saint-Eugène, sur la Bou-Zareah, sur Alger, sur le cap Matifou, sur la grande mer dont les flots brasillent au soleil et repartons, vers le Sud, cette fois.
LIne colonne s'élève sur la grande route que nous avions quittée à Mustapha et que nous traversons ici ; c'est la colonne Voirol, souvenir de l'un de nos vieux généraux d'Afrique, du chef des soldats qui, déposant le fusil pour la pioche, ouvrirent ce chemin à ceux qui allaient les suivre, aux colons ([ui allaient venir.
A un kilomètre de là c'est Bir-Mourad-Raïs, — le puits de Mourad le capitaine, — aujourd'hui Bir-Mandreis et, après trois nou-
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veaux kilomètres, nous alteignons Bir-Kadeni, — le puits de la Négresse.
Bir-Kadem est, au milieu de ses riches cultures, un village charmant avec sa population bigarrée, avec ses maisons propres
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et avenantes, avec ses vieux grands arbres et sa délicieuse fontaine mauresque, avec, dans son voisinage, le marabout, les figuiers, et les ruines de Tixerain; c'est un de ces villages où, semble-t-il, la vie doit être douce, où le repos doit être heureux.
Revenons à liir-Mandreïs et redescendons vers la n\c.v \):\v la route qui côtoie l'Oued-R'nis encaissé dans un lavin su|)i'rbe, le
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ravin de la femme sauvage... Et, pendant une demi-heure, nous roulons, tantôt entre des champs où la vigne se marie à l'olivier, tantôt entre de grands espaces incultes où ne poussent que des alocs et des lentisques ; ici à travers des jardins qui sont des fouillis de fleurs, de palmiers et de bambous ; là sous des bosquets odorants, sous les ormeaux séculaires qui abritent le délicieux café maure d'Hydra... Et toujours le long de la route, le ravin et ses rocailles, ses cactus et ses roseaux, ses clématites et ses ruines de moulins parées de capillaires et de lierre !
En haut, sur la droite, au sommet d'une longue colline, s'élève, très décoratif, un bâtiment dont les navigateurs qui arrivent du large admirent les galeries et les coupoles blanches. C'est Koui)ba. Ce monument à la physionomie musulmane loge les élèves du grand séminaire d'Alger.
Le chemin degrande communication qui conduit à Aumalc coupe bientôt notre route. Remontons-le de quelques pas...
Sous d'antiques platanes coule, adossée à une falaise de terre tapissée de verdure, une charmante fontaine arabe, station de toutes les bétes de somme et de tous les indigènes qui passent. A côté de sa mousse et de son murmure, un gracieux café maure abrite des flâneries musulmanes sous sa petite galerie jonchée de nattes ; une buvette espagnole y ouvre sa porte joviale aux conducteurs de coriicoli ; une auberge française y abreuve les rouliers ; lieu de gais rendez-vous et de joyeux repas, un jardin de restaurant y prête enfui aux dîneurs la discrétion de ses tonnelles vertes et. bien souvent, à travers les feuilles de leurs volubilis et de leurs ca]Hicines, scintillent la veste d'or d'une ^lauresque, les bijoux d'une israéliste et les galons d'un militaire. Et, dans l'ombre humide et serrée qui tombe des vieux arbres, cet ensemble constitue l'un des tableaux les plus riants et les plus frais d'Alger. En face de ce recoin pittoresque s'ouvre le Jardin d'Essai. Créé pour l'acclimatation et pour la difl'usion en Algérie, en même temps que pour l'exportation en Europe, des plantes exotiques, ce jaidiu était très beau autrefois. Il conserve encore la grande avenue de ces platanes dont les rameaux qui se rejoignent mettent au milieu
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de ses cultures comme la majesté d'une nef gothique; il a toujours son allée de bami)ous géants, ses yuccas énormes, ses fougères arborescentes, ses caoulclious aux feuilles métalliques, ses bana-
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niers aux gros régimes, ses dattiers dont les fruits ne mûrissent pas sous celle latitude mais dont l(!s palmes se développent avec une vigueur étonnante, ses caroubiers en fleurs, ses mimosas aux boutons d'or, ses arbres du voyageur donl, comme un immense
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éventail, les feuilles s'étalent en queue de paon, ses figuiers des pagodes aux racines aériennes flottant comme des scalps monstrueux, mais, délaissé par les promeneurs, négligé par les jardiniers, il n'a plus, ça et là, que l'aspect désolé d'un vaste cimetière sur lequel pèse la tristesse des lieux abandonnés... Malgré cette mélancolie, peut-être à cause de cette mélancolie elle-même, volontiers encore, cependant, on s'oublie dans ses massils opaques où le parfum des plantes se mêle aux senteurs acres de la mer, où l'arôme sucré des fleurs se confond avec les émanations réconfortantes des mousses et des algues rejetées par les flots sur la grève voisine; volontiers on y prête une oreille songeuse à la brise qui, arrivée du large, murmure dans ses arbres, à ces voix mystérieuses de la nature dans lesquelles, — rire alangui des odalisques, tristes ballades des captives, imprécations des Espagnols, chants de triomphe des corsaires, cantilènes des matelots, — l'imagination entend comme un écho lointain des temps évanouis.
Ihi bosquet de palmiers à demi sauvages s'élève entre ce jardin et la mer, et sous leurs cimes ondoyantes, bruissent les boutiques d'une fête européenne, chantent des orphéons aux bannières de velours surchargées de médailles, courent des omnibus pavoises de drapeaux et de verdure.
Non loin de là, entre le chemin de fer et les vagues, achèvent de disparaître, dévorées par le sable, les ruines du marabout de Sidi-Belal. Ce demi-saint était un Nègre et les hommes de sa couleur n'ont pas encore perdu l'habitude, quand revient le printemps, de se réunir en foule près de sa sépulture, pour célébrer Vaïd-el-foul, — la fête des fèves... On y égorge, naturellement, quelque bête enrubannée et fleurie, un mouton ou un bœuf; on s'y asperge de sang; on y joue du tam-tam à tour de bras; on y danse à corps perdu ; on y pousse d'étourdissantes clameurs et on y mange enfin les légumes qui donnent leur nom prosaïque à ces réjouissances grotesques.
Regagnons la route. Tout près du café des platanes, des ânes et des chevaux se pressent, somnolents, dans un terrain aban-