DEVANT DAKAR
le ressac le long de la côte gênent considérablement les communications par mer entre S'-Louis et Dakar, les Français ont construit une voie ferrée reliant les deux points. Ce chemin de fer qui passe par Ruflsque — un autre port de la côte — longe celle-ci à quelque distance en traversant la contrée nommée le Cajor, sur la limite du désert. Quand souffle le Khamsin, il règne dans le Cayor une température horrible. M. le consul Arthur nous
racontait qu'il avait fait, par la voie ferrée, ce trajet de Dakar à S^-Louis. Le voyage dure deux jours et donne l'idée d'un supplice, tellement la chaleur est atroce.
UAÏbertmlle a jeté l'ancre entre Gorée et le môle qui protège le port de Dakar contre la barre, môle fait d'énormes blocs de basalte empilés les uns sur les autres. La baie de Dakar se développe maintenant tout entière sous nos yeux ; elle a deux kilomètres de largeur sur un kilomètre de profondeur. Avec Gorée à l'avant-plan, le stationnaire français — La Durance — et la vieille frégate, pimpante et coquette encore sous sa couche de peinture fraîche, servant d'atelier à la Marine, Dakar au fond, le tout éclairé violemment et d'une crudité de ton intense, le tableau ne manque ni de pittoresque ni même de grandeur. Le paysage ne tarde pas à s'animer. Madère a ses plongeurs, Dakar a les siens, mais les Tritons, cette fois, sont en bronze florentin. Ils accourent, les petits moricauds, car ce sont tous enfants de dix à douze ans, dans leurs méchantes pirogues à moitié remplies d'eau. Un d'eux, un bambin de cinq ans au plus, est à genoux dans un morceau de calebasse, grand comme un mouchoir de poche, il se démène dans cette moitié de coquille comme un diablotin dans un bénitier, pagayant avec une adresse merveilleuse et une ardeur qui risque de le brouiller avec les lois de la civilité, si les enfants n'avaient le privilège de n'être jamais indécents, quelque chose qu'ils fassent.
Mais la chasse aux gros sous va commencer. Mossou ! deux sous ! Mossou ! deux sous ! Et la bataille, faite de pirogues qui se heurtent, de plongeons inénarrables, de vagues qui s'entr'ouvrent pour engloutir les téméraires et les rejeter, une seconde après, ruisselants d'eaumais superbes de grâce plastique, — telles des statues antiques —
la bataille bat son plein, bruyante, animée. Mossou, Mossou ! deux sous ! On s'étonne de l'imprudence de ces noirs qui, au risque de se faire harponner par les crocs terribles des requins qui abondent sur les plages africaines, vont ainsi plonger au fond des flots pour une misérable pièce de deux sous ; mais rassurez-vous, c'est un jeune nègre à la