‹ D'Anvers à Léopoldville par le chemin des écoliersChapitre 29 sur 71 · LE CHEMIN DES CARAVANES. — VERS LA M POZO · texte numérisé non relu

LE CHEMIN DES CARAVANES. — VERS LA M POZO

J'ai voulu, l'après-midi, faire un bout de ce chemin des caravanes qui part de Matadi pour s'en aller, par monts et vaux, à travers la brousse, sur des quartiers de roc, entre les hautes herbes larges comme des joncs, vers Léopoldville et le Stanley-Pool. J'ai poussé jusqu'à la rivière M'Pozo, j'en suis revenu exténué. Le sentier grimpe le long de pentes interminables dures à escalader ;

il passe sur des planches mal équilibrées des ruisseaux fangeux qui puent la fièvre ; il se glisse le long de dalles de schiste, polies comme de la glace, où il faut se retenir à quelque broussaille poussée dans les interstices pour ne pas tomber. A chaque instant le voyageur pose le pied sur quelque roche branlante, il faut sauter et si l'on a audessus de sa tête un soleil de plomb — ce jour-là, il faisait précisément une chaleur moite, accablante — on comprend les fatigues énormes qu'ont endurées les intrépides camarades qui ont dû marcher ainsi durant des jours, durant des semaines — et on les admire profondément ! C'est par ce sentier de chèvres que les " petits Belges ^ ont traîné pièce par pièce les éléments des steamers qui flottent sur le Haut-Congo; c'est là que s'est effectué ce travail que Savorgnan de Brazza — un connaisseur en choses africaines, un manieur d'hommes aussi — appelait : « un travail de Titans accompli avec des moyens de PygméeS". C'est là que beaucoup sont morts à la tâche ; c'est là, dans la brousse, que leurs pauvres ossements reposent. Quelques-uns n'ont succombé qu'en arrivant à Matadi. Ils ont été enterrés dans le cimetière côte à côte avec ces autres héros, ceux du chemin de fer — héros de marque, tel l'ingénieur Glaesener, un pionnier de la première heure, l'heure d'angoisses et de souffrances qui marqua la construction de la section Matadi àlaM'Pozo, — héros obscurs, humbles travailleurs, ouvriers inconnus, mais tous, quels qu'ils soient, ayant noblement mérité de la civilisation.

J'oublie de vous dire que, durant notre excursion vers la M'Pozo, nous avons rencontré une caravane venant du Haut-Congo. Rien de plus pittoresque que de voir ces nègres marchant à la file indienne, portant sur la tête la charge disposée dans une sorte de nacelle en osier, se succédant ainsi les uns aux autres en longue théorie dont la tête atteignait Matadi alors que la queue dégrin-

D ANVERS A LEOPOLD VILLE

golait encore des pentes conduisant vers la M'Pozo. Parmi les charges transportées, il y avait de superbes défenses d'éléphants. J'ai essayé d'en acheter une, mais le capita ou chef de la caravane ayant fort peu civilement décliné mes offres, je n'ai pas cru pouvoir insister.

En rentrant à Matadi, nous avons trouvé la caravane au repos. Les porteurs paraissaient éreintés. Si l'indus-

Page 1