‹ D'Anvers à Léopoldville par le chemin des écoliersChapitre 38 sur 71 · LE LONG DE LA VOIE FEKREE. — PAYSAGE TROPICAL · texte numérisé non relu

LE LONG DE LA VOIE FEKREE. — PAYSAGE TROPICAL

décorées, grand afflux des travailleurs noirs. Ils nous saluent de leurs acclamations. Peste ! Quels poumons ! Et aussi quelle bonne humeur, quels éclats de rire! Ce qui m'intrigue, c'est moins la diversité des costumes — si tant est qu'on puisse appeler cela de ce nom — que la forme toujours si étonnamment variée des couvre-chefs. Aristote eût trouvé là de quoi donner une suite à son immortel chapitre des chapeaux.

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Nous montons toujours, nous arrivons à Zonagongo, à la côte 710, le point le plus élevé de la ligne; nous avons franchi le deuxième plissement des Monts de cristal, nous pénétrons dans l'ancien bassin de la mer congolaise dont nous allons rencontrer les laisses successives.

De Zonagongo nous dévalons rapidement à travers la plaine — qui cette fois se développe, immense, à perte de vue, — vers l'Inkissi. Les formations géologiques se transforment de plus en plus, le faciès cristallin et schisto-cristallin fait insensiblement place aux dépôts franchement sédimentaires où dominent des grès durs calcareux. Le paysage se transforme, perd de sa monotonie, s'anime, gagne en force et en couleur. Nous voici à l'entrée du superbe pont de l'Inkissi, merveilleux ouvrage d'art d'une portée de 100 mètres, et dont le lancement sur la rivière — opération qui s'est faite en une fois — n'a pas été sans dangers ni sans péripéties émouvantes. De là nous allons nous engager presque sur tout le parcours qui reste à faire dans la forêt, la grande forêt avec ses profondeurs troublantes, ses abîmes de verdure au fond desquels grouille tout un monde d'êtres animés, ses géants aux articulations puissantes, aux frondaisons majestueuses, ses sentes pleines de mystère que le pas de l'homme a à peine violées, la forêt avec tous ses charmes, ses parfums enivrants, ses ombres troublantes, auxquelles brusquement, dans une subite apparition, des lumières crues viennent succéder, en un mot, la nature dans l'irrésistible expansion de toutes ses forces, dans sa vie la plus exubérante. Et il en est ainsi tout le long de cette charmante rivière, la Lukaya, dont le cours capricieux tantôt se montre, tantôt se dérobe à nos regards, coquettement enfoui dans la verdure. Par intervalles, un arbre renversé fait l'office de pont pour passer de l'une rive à l'autre.

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C'est bien le paysage que j'entrevoyais dans mon imagination d'enfant, quand je dévorais les récits merveilleux de Gustave Aymard, que je me délectais aux exploits

LA LUKAYA.

chevaleresques de Bas-de-Cuir, le héros de Cooper. Ah ! s'il le voulait, le brave chasseur, comme il me ferait plaisir si, brusquement, il apparaissait pour animer le beau paysage qui défile sous mes yeux, et qu'il y ferait belle

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figure ! Mais Bas-de-Cuir est mort et, comme le dit bêtement un compagnon de route à qui j'avais voulu communiquer mon enthousiasme : « quand on est mort, c'est pour longtemps ». Je retombe du haut de mon rêve dans la plate réalité.

Mais le soleil tape dur, il fait une jolie chaleur dans le wagon : Sg" centigr. à l'ombre ! Le train s'arrête un moment à Kimuenza, où se trouve la mission des Jésuites. Tenez, les voici justement, les braves missionnaires avec les nombreux enfants dont ils ont entrepris l'éducation et les admirables religieuses qui les aident dans cette noble tâche. Mais, si je ne me trompe, c'est bien le Père Liagre qui est là en avant. Nous descendons du train, présentations de part et d'autre, compliments, serrements de mains. Je n'ai pas besoin de demander comment on se porte : la mine est superbe ; les enfants, les sœurs, tout le monde est rayonnant de santé. Mais le train siffle, s'impatiente ; il faut repartir, le train n° 4 nous talonne de près. La voie descend maintenant rapidement, puis, après une grande courbe, court tout droit vers Dolo, vers le Stanlev-Pool. Le pays a pris un instant le caractère de nos Ardennes : de larges croupes arrondies, coupées par des crevasses; à gauche se dresse le plateau de Bemba. Mais cela ne dure que quelques instants, les mamelons s'abaissent, le terrain devient plat ou à peu près.

Cette fois, nous sommes en Campine. Ce qui achève de donner l'illusion, ce sont les sables que nous traversons, les bru3''ères qui s'étendent à droite et à gauche de la voie ferrée. Dans le lointain bleuissent les eaux du lac. Le train accélère de vitesse. — Dolo ! C'est la vraie station terminus, à proximité des factoreries et des établissements des compagnies commerciales, de la S. A. B. — lisez Société anonyme belge du Haut-Congo, de la

N. A. H. V. — la « Nieuwe Afrikaansche Handelsvennootschap « . Dolo n'est distant de Léopoldville que de quelques milles, le train les parcourt en dix minutes.

A Léopoldville, j'ai le plaisir de serrer la main à mon excellent camarade, M. le commissaire-général Costermans. Il est là, sur le quai de la gare, attendant, entouré de ses chefs de service et de tous les agents, l'arrivée du

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