A BOMA. — LE LONG DU FLEUVE
A Borna devait avoir lieu la séparation. M. le gouverneur général Fuchs eut l'extrême gracieuseté de nous recevoir chez lui et de nous offrir un lunch délicieux où les fruits d'Afrique, les mangues, les cœurs de bœuf, — ce fruit exquis du corrosolier — les oranges de Borna, figuraient sur une table royalement servie, au milieu des
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fleurs les plus charmantes. Avant la réception, nous nous étions répandus dans Borna, voulant nous rendre compte une fois encore du fonctionnement de tous les services administratifs, interrogeant par ici, écoutant par là, amassant la plus grande somme de renseignements possible. Nous avons visité les installations de la Croix-Rouge africaine, le tribunal, où nous avons relevé dans, les valves appendues contre la porte la suggestive publication — une publication " tin de siècle ^ certainement — des bans de mariage de :
Gudkila, soldat de la force publique, né à Kwashi- Uniidi, âgé de 22 ans environ, fils de Kinumbi et de Monkiikii, et la nommée Ottoké, ménagère, née à Baleka, âgée de 20 ans environ, fille de Kiosobi et de Tunga.
Nous avons aussi voulu faire un pèlerinage au cimetière, là où reposent tant de nos camarades, partis à la fleur de l'âge pour l'au-delà, tombés noblement pour un idéal qu'ils n'avaient pu qu'entrevoir au vieux pays et que la terre d'Afrique devait leur montrer, sans qu'ils pussent, hélas ! l'atteindre, idéal que la théorie positiviste de nos utilitaires traite de chimère, mais qui fera toujours la force des armées, la moelle des nations. Paix soit à leurs cendres !
Au lunch de M. Fuchs, le général Daelman traduisit éloquemment ces pensées qui nous assiégeaient tous et se fit l'interprète de nos sentiments de reconnaissance pour la réception qui nous avait été réservée au Congo.
« C'est, dit-il, sous l'empire d'une profonde émotion » que j'ai mis le pied sur la terre d'Afrique.
» Il m'a été une grande consolation d'avoir pu visiter « le lieu de repos de mes fils. Si quelque chose peut adoucir » encore mes cuisants regrets, c'est la vue de l'œuvre » grandiose à laquelle ils ont participé.
" Au moment de me séparer de vous, Monsieur le gou- ^ verneur général, qui personnifiez ici l'État indépendant T du Congo, permettez-moi de vous remercier, ainsi que V tout votre personnel, de l'accueil qui m'a été fait non y> seulement en ma qualité de représentant de Sa Majesté, r. mais encore à moi-même. Veuillez, je vous pi'ie, être
Al'Ui-S LE LUNCU L)E M. LE I.OUVERNEUR FUCHS.
« mon interprète auprès de tous vos sous-ordres et leur V exprimer mes meilleurs sentiments, et laissez-moi, avant S' de prendre congé, vous embrasser, r^
C'est au milieu de l'émotion générale que le général Daelman et M. le gouverneur Fuchs se donnèrent l'accolade du départ.
Réflexions.
Vingt-et-un ans se sont écoulés depuis que Stanley, descendant le Congo, abordait à Banana. L'Afrique centrale était restée jusqu'alors impénétrable à l'activité européenne, le continent africain avait gardé jalousement son âme, son sol était demeuré en grande partie inviolé. Aujourd'hui, il y a là, au coeur du sol africain, un État organisé de toutes pièces, politiquement, administrativement, judiciairement, un Etat qui a sa place dans le concert des puissances coloniales. Du Nil à l'Océan Atlantique, de rOubanghi-Mbomu à l'extrême limite du Katanga, des postes sont établis partout, faisant rayonner peu à peu l'influence du blanc jusqu'à la périphérie, sorte de gigantesque système artériel allant par les 38.ooo kilomètres de rives du royal fleuve et de ses affluents répandre la civilisation par la notion des besoins dans toute l'étendue de l'immense domaine.
J'entends dire : et la révolte des soldats Batétélas ? — C'est là un incident grave assurément, mais la crise de croissance des colonies comprend dans son étiologie ces sortes de déceptions. 11 faut d'ailleurs se garder de l'oublier, si des résultats superbes ont été obtenus au Congo, que de choses il reste à faire et quel vaste champ d'activité demeure ouvert à l'initiative de nos concitoyens ! Aujourd'hui on n'a fait que semer encore, et les parties qui restent à ensemencer sont vastes comme les savanes de l'Amérique du Sud, mais combien plus peuplées, combien incomparablement plus fertiles !
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Ce n'est pas un plaidoyer pour le Congo que je veux faire ici, alors que tant de documents ont été livrés aux ardeurs de la polémique. Je m'en réfère aux budgets de l'Etat indépendant, leurs chiffres éclairent la question avec une précision et une lumière — les chiffres ont leur brutalité, une éloquence à l'emporte-pièce qui leur est propre — que les phrases les plus séductrices ne peuvent remplacer aux yeux des esprits sérieux. J'exprime simplement une conviction sincère, celle d'un Congolais de plume d'ancienne date, qui s'est occupé de cette question si palpitante d'intérêt pour notre pays comme vous, comme tout le monde, mais qui a eu la bonne fortune de voir, sinon tout le Congo, tout au moins le Bas- Congo, c'est-à-dire l'antichambre sur laquelle s'ouvre le vrai Congo et qui a enregistré tout ce qu'on lui a dit sur les lieux mêmes, après l'avoir vérifié aussi minutieusement qu'il l'a pu. Voilà tout. Or, dussé-je passer aux yeux de mes lecteurs pour une âme sensible, j'avoue que j'ai été profondément ému après avoir mesuré ainsi le pas immense qui a été fait, l'effort gigantesque qui a été accompli, et je suis fier, très fier, de constater que cette situation, si pleine d'espérances les plus optimistes, ce sont des Belges, des camarades, des frères qui l'on créée ; je leur crie de toutes les forces de mon âme : bravo ! Quelque Prudhomme me fera observer doctoralement que mon lyrisme n'a pas même le don d'être neuf, que j'énonce des vérités devenues banales à force de courir les rues. N'importe, il y a des choses que, dans un pays comme le nôtre, où le patriotisme est plutôt latent, il est bon de redire sans cesse et dont il ne faut jamais se lasser si l'on veut « aboutir r,.
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Quoi qu'il en soit, voici, en guise de conclusion, quelques chiffres tout de même. Ce sont les seuls — l'on me rendra cette justice — que j'aie produits. Ils synthétisent admirablement notre situation au Congo. Je les emprunte textuellement à une publication qui est hostile à l'expansion coloniale des Belges en Afrique.
«Le Congo a maintenant i5o stations ramifiées jusqu'aux extrêmes confins de l'Etat. On y a créé des routes, des services postaux, une flottille de vapeurs sur le hautfleuve venant souder le transport au chemin de fer de Léopoldville à Matadi, et là aux lignes de navigations océaniques, et vice versa.
51 Les importations du Congo ont été, en 1897, de 22 millions — dont 16 de la Belgique.
îîLes exportations au Congo ont été, également en 1897, de plus de i5 millions — dont i3 pour la Belgique.
«Dans ces dernières sont compris 281,000 kilogr. d'ivoire et 1,557,861 kilogr. de caoutchouc.
« Le commerce spécial du Congo a progressé, en 1897, de 35 p. c. sur 1896, et de 140 p. c. sur 1893.
Nombre de Belges se trouvant au Congo 1,060
r. caféiers en culture. 4,000,000
» cacaoyers, id. 12 5, 000
» plantes de tabac, id. 76,000
Hectares cultivés par l'État. 10,000 w concédés à des particuliers. 32, 000, 000
Vapeurs sur le Haut-Congo. 41
Tonnage global des dits vapeurs. 1,060
Ces chiflres se passent de tous commentaires quand on songe que l'État indépendant existe depuis i885 seulement. Ils constituent dans tous les cas — qui oserait le nier ? — un puissant encouragement. Je dirai plus : pour
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ma part, je crains qu'on ne veuille marcher trop vite; j'ai peur que, dans l'exploitation de l'Afrique et de ses richesses naturelles, on n'ait en vue, au détriment de l'avenir, que les résultats immédiatement tangibles. L'exploitation d'une colonie, si riche soit-elle, doit être méthodique et réglée ; sinon on risque, comme le disait le fabuliste La Fontaine avec ce bon sens qui est la sagesse des nations, de " tuer la poule aux œufs d'or «. C'est une maxime que feraient bien de méditer tous ceux qui ont obtenu de l'Etat une concession. Pour qu'elle donne des fruits durant de longues années, il faut la traiter en père de famille économe. Couper la liane à caoutchouc, c'est une opération aussi fructueuse qu'imprévoyante ; en planter est aussi sage que fructueux.
Avant de quitter ce sujet, et ne fût-ce que pour exercer mon droit de critique, il est quelques points sur lesquels je veux attirer l'attention, parce qu'ils intéressent, à mon humble avis, à un très haut degré l'avenir du Congo ; j'entends parler des femmes libérées et de la situation morale des agents de l'Etat.
On sait que les noirs, adultes et enfants, qui tombent entre les mains du Gouvernement soit à la suite de guerres entre tribus où il doit intervenir, soit à la suite d'expéditions faites pour réprimer une révolte ou assurer l'exécution des règlements et des décrets, soit à la suite de toute autre circonstance, sont dits « libérés ». Les adultes sont incorporés comme soldats de la force publique ou engagés comme travailleurs; les enfants sont confiés aux missions de Boma ou des Bangalas. Les Pères de Scheut qui les dirigent donnent à ces enfants l'éducation religieuse, un sous-officier leur enseigne le métier des armes. Quand ils
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arrivent à l'âge requis, on les fait entrer dans les rangs de la force publique s'ils remplissent les conditions physiques déterminées. Les petites filles, elles, sont envoyées à Moanda, où les Sœurs de Charité — ces femmes, dont la vie est tout entière d'abnégation et de sacrifice — les élèvent pour en faire des épouses destinées aux soldats et aux travailleurs des stations. Mais les libérées nubiles sont laissées aux stations. Ceux qui se rendent compte de la situation qui est ainsi faite à ces femmes comprendront les inconvénients que pareille coutume peut entraîner, tant au point de vue du prestige des blancs que des principes de justice et de morale auxquels, quoi qu'on en dise, le noir n'est pas étranger. Ne vaudrait-il pas mieux confier ces femmes libérées aux missions, qui en feraient des ménagères pour les travailleurs ou les soldats, tout comme on agit pour les petites filles quand elles sont nubiles ? J'indique seulement l'idée, car je sais qu'il y a des situations délicates à réglementer, et que la critique à distance est facile.
Les noirs de l'Afrique centrale sont dans l'enfance intellectuelle et morale. Des siècles d'oppression, les razzias arabes, le commerce infâme du bois d'ébène, ont déprimé leur entendement ; ils sont vautrés dans les superstitions les plus abjectes, le fétichisme le plus barbare, parfois les pratiques les plus horribles. Il faudra de longues, de très longues années pour les tirer de cet engourdissement cérébral. L'œuvre de rénovation sera lente. Mais dans cette rénovation le travail est appelé à jouer un rôle prépondérant. L'État et les missionnaires l'ont compris dès la première heure, ils exigent le travail.
Pour établir l'ordre et la paix dans ces immenses terri-
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toires, hier encore livrés à la rapacité arabe, aux dissensions des indigènes, la force était nécessaire. L'homme civilisé ne peut réussir à s'imposer à des populations qui, durant des siècles, n'ont connu que le régime de la violence et le considèrent encore actuellement commeVuUima mtio, qu'en se montrant constamment fort. Dès qu'il découvre la faiblesse du blanc, le nègre cherche à se défaire d'un maître qui l'empêche de voler, de tuer, de manger son semblable. De là cette nécessité, pour une longue période encore, de conserver au Congo un appareil militaire imposant. Sans une force armée respectable, ni le travail des missionnaires, ni l'expansion du commerce ne pourront se faire. Par contre, dès que l'ordre est assuré, le travail doit s'installer, doit même être imposé. La tâche imposée mais rétribuée est d'ailleurs un bienfait pour la population nègre, elle lui apportera le confort de la vie matérielle auquel tout être organisé est sensible. C'est, en même temps, une dette que le noir est tenu de payer en échange de la sécurité que le blanc lui procure. Peut-être cette manière de voir heurtera-t-elle les scrupules de quelques dilettanti en colonisation, je le regrette mais je crois très sincèrement qu'elle est conforme aux lois de l'équité. D'autre part, je la considère comme la seule pratique. Les missionnaires s'en rendent bien compte, puisqu'en même temps qu'ils inculquent les notions de la religion chrétienne aux enfants noirs recueillis par eux ou qui leur sont confiés, ils en font des travailleurs, des artisans. Des colonies de travailleurs chrétiens feront plus pour la civilisation que tous les néophytes que l'on retourne à leurs tribus après les avoir catéchisés, ou que les enfants nègres que l'on soustrait à leur milieu pour les initier à la vie de nos villes. européennes. A peine rentrés dans leurs tribus ou en Afrique, les uns et les autres retournent atavique-
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ment à leur état de barbarie. Voyez d'ailleurs ce qu'est devenue la race nègre, sans l'obligation du travail, aux États-Unis, à Haïti, à Saint-Domingue, à Libéria.
La rétribution du travail incitera le nègre à donner satisfaction à de nouveaux besoins ; et dès qu'il le pourra, il voudra s'habiller, se loger, se nourrir comme le blanc. La civilisation par les besoins, telle paraît donc être la formule vraie de la régénération de l'Afrique; c'est, dans tous les cas, un moyen puissant de réaliser rapidement les résultats économiques qu'on est en droit d'attendre d'une terre riche et peuplée.
Mais si le blanc doit être constamment fort, s'il a le droit d'exiger le travail de l'indigène en échange d'une juste rétribution et de la protection qu'il lui foui-nit, il a aussi des devoirs à remplir. Le chef d'un poste, d'une station, d'un commandement doit, au noir comme à ses subordonnés blancs, l'exemple de l'observation des lois morales. La force matérielle est indispensable au début, elle sera longtemps nécessaire, mais elle ne peut produire d'effets durables que si celui qui en est investi, qui s'en sert à l'occasion, a pour lui le prestige de la force morale.
C'est dans cet ordre d'idées que tous ceux qui partagent cette opinion, ont sincèrement souscrit aux décrets qui ont interdit en Afrique l'entrée de l'absinthe au Congo, de ce poison qui a exercé tant de ravages, tant de défaillances sur la terre africaine, qui a terrassé tant de forts. C'est dans cette même pensée qu'ils applaudissent à la création de l'œuvre de la bibliothèque congolaise, laquelle permettra de donner des livres — ces amis sûrs et réconfortants — aux agents des stations et les aidera à combattre les dangers déprimants de l'isolement — ce détestable conseiller.
Enfin, j'estime qu'une autre solution pratique de la
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question morale serait d'attirer au Congo, les ménages blancs, les jeunes filles belges qui désirent se marier — il y en a tant ! — et que l'existence en Afrique n'effraye pas. L'Etat pourrait favoriser l'engagement des agents mariés ou qui voudraient se marier, en leur offrant un logement confortable ou d'autres avantages matériels. L'expérience prouve que les agents mariés résistent mieux au climat que les célibataires, ils ont une vie réglée, un intérieur. Je voudrais pouvoir citer ici les noms de quelques agents qui sont venus au Congo avec leur femme, qui s'y sont bien portés, qui y sont encore — mari et femme s'y plaisant très bien — mais je préfère invoquer l'exemple des missionnaires protestants, tous mariés, ayant des enfants, parce que l'argument est essentiellement topique pour la démonstration de ma thèse.
Il est indéniable que l'Etat trouverait à cette politique d'ordre intérieur un intérêt matériel primordial — la santé des agents étant mieux assurée — et que le but de civilisation qu'il poursuit serait plus aisément atteint. Je me borne à esquisser la pensée, espérant qu'elle sera recueillie par quelques nobles âmes, par quelques femmes de notre société belge, sans distinction d'opinions ou de convictions, car il s'agit ici d'une œuvre de philanthropie. Sur ce terrain tous les dévouements se rencontrent.
Mais la sirène de V Albertville de sa voix puissante nous rappelle à bord. Dans le grand salon, sur le pont, dans tous les coins, on se fait des adieux, les uns déchirants — tel ce brave et digne major qui serre sur sa large poitrine son fils, un autre soldat, tout jeune, plein d'espérances, bien doué, audacieux, — les autres plutôt gais — on se reverra dans six mois, dans un an — ; on boit au retour
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dans la mère-patrie. Moment d'émotions diverses que le capitaine du navire abrège en commandant de relever l'amarre. La vapeur gronde dans les tuyaux. U Albertville est entraînée par son hélice et descend lentement le fleuve. Boma avec ses blanches constructions et le fort de Schinkakassa disparaissent peu à peu dans une buée bleuâtre. Voici de nouveau Banana; nous entrons dans la mer. Le navire, qui a mis le cap sur Saint-Paul de Loanda, la capitale de l'Angola, marche maintenant à pleine pression. Nous serons à Saint-Paul demain, de bonne heure. Adieu, Congo !
Saint- Paul de Loanda. — La course aux taureaux
Dimanche, 11 juillet.
Nous sommes arrivés en face de St-Paul de Loanda, vers 7 heures du matin. Le soleil éclaire superbement la ville, bâtie en amphithéâtre sur la montagne, au fond d'une large baie. Avec ses maisons blanches, roses, jaunes — une vraie symphonie de couleurs — ses constructions importantes qui se dressent ci et là altières, au milieu des bouquets de verdure d'où s'élancent hardiment les palmiers élaïs, St-Paul a réellement fort grand air et fait bien augurer de la capitale de l'Angola, une des plus anciennes colonies portugaises, l'Angola où jadis florissait une monarchie nègre qui a compté de nombreuses générations de rois, lu Albei^tville jette l'ancre assez loin du rivage, les eaux de la baie étant trop peu profondes pour le tirant de notre navire ; les canots du bord nous conduisent à terre.
Par un soleil qui, ma foi, tape dur, nous déambulons à travers les rues et les places de la ville. Beaucoup de maisons, dont le style et la recherche de construction témoignent d'une ancienne opulence, tombent aujourd'hui en ruines. St-Paul de Loanda a eu des heures de grande prospérité au temps de l'esclavage ; il ne reste plus que des traces — assez belles, il est vrai — de ce glorieux passé. La ville a l'air d'une douairière mais qui serait outrageusement fardée et dont les rides percent sous le maquillage. Cependant il semble que la colonie cherche à refaire
son histoire : de nombreuses plantations de café ont été établies, des capitaux importants s'y sont engagés, une ville nouvelle paraît vouloir surgir du sol dans le haut de la montagne où des édifices considérables — un arsenal où il y a quelques canons de montagne Krupp, un hôpital bien aménagé — ont été élevés. Un chemin de fer est en construction de Saint-Paul à Ambacca ; une partie déjà est