‹ D'Anvers à Léopoldville par le chemin des écoliersChapitre 50 sur 71 · LE MARCHE · texte numérisé non relu

LE MARCHE

en exploitation. Les Portugais ont parfaitement compris qu'ils pouvaient retirer de grands profits d'une contrée qui est admirablement traitée par la nature, où le sol est fertile, où ne manquent pas les richesses minérales, mais ils n'ont pas le sens expéditif des affaires comme les Allemands, les Anglais, les Hollandais, les Belges. La routine administrative apporte partout ses lenteurs et ses entraves et les capitaux nécessaires font défaut. L'argent

D ANVERS A LEOPOLDYILLE.

étranger ne demande pas mieux que de s'employer dans le pays ; des concessions sont demandées par des Anglais, par des Hollandais ; mais l'administration de la colonie voit cette intrusion de l'influence étrangère d'un mauvais œil, et l'examen des demandes de concessions

A St-PAUL DE LOANDA. — TYPES INDIGÈNES.

dure pendant des mois, dormant sous la poussière des cartons.

Nous avons déjeuné à YHôtel de France, modeste, très modeste construction, sans étage. La salle à manger, suivie d'une cour à moitié couverte et d'une cuisine, voilà à peu près en quoi consistait l'hôtel, le meilleur de la ville. Pas de plafond ; les chevrons du toit, blanchis à la chaux

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comme les murs, n'étaient pas même équarris, c'étaient de simples rondins de sapin. Malgré cette apparence plus que modeste, le déjeûner ne fut pas trop mauvais. Entre le poisson à l'huile et le beefsteack à l'huile, arrosés d'un verre de vin portugais qui paraît bien dur à ceux qui ont parfois goûté des crus du Médoc, on nous distribue des prospectus. Qu'est-ce cela? — Tout simplement le programme d'un « grando torneio tauromachico » , d'une course de taureaux. Nous y allons, cela va sans dire. Que faire, en effet, à Saint- Paul de Loanda, un dimanche, alors que tous les magasins ont leurs volets hermétiquement clos, que la cité paraît morte, si ce n'est en sortir pour aller voir le peuple se livrer à un de ses amusements favoris? Quelle occasion pour le voyageur de se livrer à des observations de mœurs ! Quelle bonne fortune !

La praça de touros — la place où s'élève le cirque affecté aux courses de taureaux — est à vingt minutes de la ville. Nous suivons le flot populaire, le long d'un chemin assez large, bordé de maigres champs où abonde l'euphorbe. De temps en temps, une voiture attelée de fringantes mules nous devance, amenant à la fête les gens huppés de la colonie. Nous voici arrivés à destination. Autour du cirque — une modeste construction en bois — s'élèvent quelques baobabs ; sur les branches dépouillées de leurs feuilles s'est hissé tout un régiment de nègres ; de ce poste d'observation on domine l'intérieur du cirque.

Nous nous étions entendus pour louer un certain nombre de loges, de « camarotes ». Cela coûta un nombre fabuleux de reis. De nos places, on voyait fort bien l'arène et les spectateurs ; seulement tous les vents de l'Angola s'y étaient donné rendez-vous, c'était presque intenable. Mais le spectacle va commencer ; les musiques — car nous en comptons deux, une blanche et une nègre, et toutes deux

jouent " nègre « ,des morceaux où apparemment il n'y a que des " noires» — font gémir l'air du bruit spasmodique de leurs gros instruments de cuivre. Attention! Voici la troupe qui défile. D'abord, en tête, monté sur une petite jument arabe, un cavalier de taille et de corpulence énormes : c'est le « distincto cavallero -^ José Fernandès Saramago, un illustre " amador ^ de S. Paolo de Loanda. Il salue avec grâce l'assistance de son immense sombrero ; il fait évoluer, piaffer sa monture avec une suprême élégance.

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