‹ D'après nature (deuxième série). Eau forte de BruninChapitre 10 sur 14 · CHRONIQUE LOCALE · texte numérisé non relu

CHRONIQUE LOCALE

Chronique locale

n passant devant le café du Helder, j'aperçois le capitaine de frégate Remigny, un ami de douze ans ; je l'avais connu à Brest, alors qu'il n'était encore que lieutenant de vaisseau.

Je m'assieds à côté de lui, et je lui demande de ses nouvelles.

— Pas mal ! pas mal, me répond- il

sur le ton sec des marins, tout en me serrant la main affectueusement.

J'arrive des Antilles.

Et d'un coup de pouce maniaque, il remet en place les favoris grisonnants qui pendent le long de ses joues rouge brique.

— La santé est toujours bonne?

— Oui ! excellente campagne faite avec Lapalme, le négrillot pour second ; c'est une de vos connaissances, vous savez bien ce grand beau nègre qui sortait de polytechnique et qu'on blaguait au café Brestois.

Et Remigny se mit à rire aux éclats.

En effet, je me souvenais très bien avoir connu ce Lapalme, d'autant plus que c'était le seul officier de couleur du port de Brest; je

me demandais pourquoi Remigny riait.

— Je l'attends ici précisément, me dit le capitaine de frégate, restez avec moi, vous renouvellerez connaissance; oh! un drôle de bougre, mais bon garçon... Il m'a bien servi pendant la campagne; excellent manœuvrier ; figurez- vous que je le connaissais à peine, c'est un hasard si je l'ai pris pour second, mais je n'en suis pas fâché, au contraire, ni lui non plus...

— Allons, je vois que vous allez me raconter une histoire, fis-je avec curiosité; vous en crevez d'envie?

— Non, rien... rien... Lapalme a été mon second, voilà tout.

Et Remigny se mit à rire de plus fort, puis :

Page 1