ESTHER
P. S. « Ne me cherche plus aux
Tuileries ; je disparais pour toujours. Ah ! je souffre cruellement. »
Quand il eut fini la lecture de cette lettre, Léon resta un instant comme ahuri, puis, il eut un violent accès de colère et brisa d'un coup de poing la table sur laquelle il s'était accoudé pour lire la lettre d'Esther.
A la colère succéda une crise nerveuse et il fondit en larmes, — où la retrouverait-il ? Si au moins elle lui avait dit où elle demeurait... il irait souffleter le mari, il le tuerait, mais rien ! elle l'avait toujours empêché de l'accompagner plus loin que la grille du jardin.
Pourtant, pendant toute une semaine, il retourna aux Tuileries à
toute heure, tantôt le matin, tantôt dans la journée; il espérait quelle oublierait sa promesse et qu'instinctivement elle reviendrait ainsi au nid d'amour...
— Pauvre petite ! pensait Léon, c'est vrai, pourtant, je l'ai détournée de sa famille, de son ménage, elle est plus raisonnable que moi. Allons, n'y pensons plus !
Le temps guérit la blessure. Au bout de deux mois, Léon oublia son aventure et Esther ne lui apparut plus que comme une amoureuse aimée dans un rêve.
Au printemps suivant, Léon traversant le parc Monceau, s'arrêta tout-à-coup stupéfait.
C'était bien elle, comme l'année précédente, elle était assise auprès
d'un arbre et à ses côtés, un jeune homme élégant, très empressé, lui prenait les mains et s'abritait sous son ombrelle ; elle lui répondait avec des petites mines honteuses, confuses, elle était rouge et ses yeux se baissaient en écoutant l'adorateur qui minaudait.
Léon se cacha dans le détour d'une allée et les guetta férocement... Ils regardèrent autour d'eux avec crainte, puis, le jeune homme courbant la tête déposa un long baiser sur les mains d'Esther.
Léon partit en ricanant et en haussant les épaules.