‹ D'Aranda, ou Les grandes passions, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 5 sur 58 · ACTE I, SCÈNE I. Il · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. Il

avec le même cérémonial, le maire, à cause de l'état du futur, s'étant transporté à domicile... et depuis...

MARIA

Depuis?...

HORTENSE

Je ne l'ai jamais revu !...

MARIA fit HORTENSE.

Comment?

HORTENSE

Le soir même de mon mariage, une lettre de Bagnères m'apprit que ma mère était au plus mal. Je courus en poste près de ma pauvre malade dont ma tendresse et mes soins prolongèrent l'existence pendant plus de deux mois... mais je ne pus la sauver, et quand je revins à Paris dans le désespoir... mon mari était parti !

MARIA

En vérité!

HORTENSE

Parti pour l'Espagne , où l'appelait une expédition liasardeuse. Pendant deux mois des lettres affectueuses et fréquentes adoucirent son absence et me firent désirer son retour j mais depuis six mois, il ne m'a pas écrit une seule ligue; il vit, le minisire m'en a donné l'assurance , et l'on m'annonce tous les jours son arrivée, mais il n'arrive pas ; et moi je languis ici avec ma vieille tante, seule, mariée à un homme qui me dédaigne et que je ne connais pas... je me trompe, je le connais, je le vois d'ici , un traîueur de sabre qui fume, bois , jure... ah! mes pauvres rêves que sont-ils devenus?

MARIA

Ne pas connaître son mari !

Henriette, g aiment.

De sorte que nous voilà trois dames... dont une demoiselle...

HORTENSE

Henriette, Henriette, une telle remarque...

Henriette, pliant son ouvrage.

Est toute naturelle... puisqu'on dit tout! quant à

jnoi, mes amies, si j'avais parlé la première, mon récit n'eût rien offert de bien piquant; mais venant après les vôtres, il avait son prix... (Elle se lève.) Je me suis mariée en plein jour, à Paris, devant un maire qui m'a embrassée, avec un homme de mon âge : mon père à droite, ma mère à gauche, et une foule de petits cousins. Nous avons déjeuné ensemble, nous avons dîné ensemble... et le soir... le soir, mon mari n'est pas parti pour l'Espagne... (Elle reporte le guéridon.) Au bout d'un an, j'avais une fille, au bout de deux an» , On garçon. Mon mari veut que nous en ayons douze... (Ifortcnse et Maria se lèvent.) II n'avait pas de fortune, mais il a du talent, il est avocat; il plaide tous les jours, et si vous saviez l'estime et la réputation dont il jouit déjà!...

maria. Est-il beau ?

Dame!... un homme n'est jamais laid, et un mari qu'on aime est toujours beau, enfin... je ne trouve rien de charmant comme lui... il ne trouve rien d'aimable comme moi; nous nous le disons toute la journée , et nous la trouvons trop courte... et pendant que vous parliez toutes deux, je me disais : Quel bonheur !jc vais revoir Gabriel dans une demi-heure!

IIORTENSE.

Et tu le trouves heureuse?

HENRIETTE

Si je me trouve heureuse!... mais je ne comprends pas qu'on puisse l'être davantage! je n'ai rien à désirer. Hier ressemblait à aujourd'hui qui ressemblera à demain.

IIORTENSE.

C'est bien monotone.

Henriette, remontant .

Heureusement!

IIORTENSE.

Air : Vaudeville du Carlin de la Marquise. La même chose tous les jours !

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