‹ D'Entrecasteaux, 1737-1793Chapitre 20 sur 45 · juillet 1788. {Ibid · texte numérisé non relu

juillet 1788. {Ibid

b'2 d'entrecasteaux.

prêtes à se porter où l'intérêt commun et les opérations militaires l'exigeraient. Une guerre offensive de notre part peut seule obliger les ennemis à diviser leurs forces. Si nos soldats étaient disséminés du côté de Pondichéry, nous en serions réduits à nous tenir sur la défensive, ce qui serait peu politique et humiliant, car nous ne pourrons jamais mettre cette place sur un pied respectable en face des forces énormes des Anglais. Tout paraît annoncer d'ailleurs que l'intention du gouvernement est d'évacuer Pondichéry et il me semble, en effet, que, dans la situation actuelle des affaires, ce serait le parti le plus convenable. La division des forces, à la distance où se trouve l'Isle de France de Pondichéry, laisse peu d'espérance de pouvoir défendre ces deux points. S'il m'était permis de donner mon avis en pareille matière, je n'hésiterais pas à dire que ces forces doivent être réunies à l'Isle de France pour ôter aux Anglais tout espoir de se rendre maîtres de cette colonie et pour menacer en même temps toutes leurs possessions, parce qu'ils ignoreraient toujours où nous voulons porter nos efforts. »

Pour bien affirmer que son opinion n'est pas le fait d'un calcul intéressé, d'Entrecasteaux fait observer que le commandant des forces à Pondichéry étant officier général, c'est-à-dire propriétaire d'un grade supérieur au sien, devrait en cas d'évacuation de cette ville, prendre le commandement des Mascareignes. Certain désormais que la France n'entreprendra pas l'expédition projetée sur les côtes de Gochinchine, il ajoute : « Un officier de la marine ne peut faire une longue résidence dans ces places sans perdre de vue son métier. C'est à ce titre et à celui d'une santé épuisée par une campagne de trois ans, très active et très fatigante, dont je désirerais que le détail fût mis sous vos yeux parce que j'ose me flatter que vous le trouveriez digne de quelques marques de satisfaction, que j'ai cru pouvoir vous assurer que ce sera sans peine que je verrai

arriver le successeur que le changement de système dans le projet de guerre pour l'Inde semble devoir me faire attendre â. » D'Entrecasteaux a d'autres motifs d'ordre privé pour désirer rentrer en France, il les indique dans une lettre autographe où nous lisons ce passage : « Les malheurs de ma famille ont eu une trop cruelle célébrité, pour n'être pas parvenus jusqu'à vous, Monseigneur. C'est, je crois, vous en dire assez, et mon cœur me reproche d'avoir laissé si longtemps des parents, à qui je suis tendrement attaché, plongés dans un abîme de douleur que j'aurais dû partager avec eux. Depuis l'instant où j'ai quitté l'Europe, ils n'ont cessé de me témoigner leurs regrets de la manière la plus touchante : ils se consolaient cependant dans l'espérance que je reviendrais auprès d'eux après une campagne de trois ans... Ma nouvelle destination a mis le comble à leur chagrin... Je me regarderais comme indigne de l'estime des gens honnêtes si, dans l'affreuse situation où se trouve ma famille, j'avais désiré une place qui m'éloignât d'elle si longtemps... J'ai cru devoir attendre quelque circonstance qui autorisât de ma part une demande aussi prompte : l'ordre du Roi qui m'a été adressé pour remettre le commandement à M. le comte de Conway s'il revenait à l'Isle de France m'en a fourni une occasion, dont j'eusse été inexcusable de ne point profiter2... »

Loin d'intriguer pour être maintenu à son poste, d'Entrecasteaux ne songe donc qu'à céder la place à tel officier général qu'il plaira au gouvernement de désigner. Aussi quelle n'est pas sa surprise à la nouvelle que des rivaux cherchent à le discréditer ou à lui faire subir le joug d'une autorité contestable! Des délateurs vulgaires, il n'a cure. Mais les perfides manœuvres de certains personnages le révoltent. Nous n'en voulons pour exemple que ce pas-

1. Cette allusion aux services personnels que rendit d'Entrecastcaux est la seule que nous ayons relevée dans sa correspondance. "2. Voir Archives coloniales, lettre du 8 novembre 1788.

sage d'un pli confidentiel adressé au ministre de la Ma-

nne

« Je suis infiniment affligé d'avoir à vous entretenir, à la fin de mon administration , de misères qui ne sont que dégoûtantes, mais dont je ne puis me dispenser de parler.

« Ma réponse au commandant des troupes françaises de l'Inde vous fera connaître ce qui m'a paru peu convenable dans la lettre de ce général ; mais je crois nécessaire d'entrer avec vous dans de plus grands détails et de ne pas vous laisser ignorer mes conjectures sur l'envoi officiel qu'il me fait d'un ordre qui ne devait avoir son exécution qu'au cas que l'expédition de la Cochinchine eût manqué et dans la supposition du retour de cet officier à l'Isle de France. Cet ordre nous a été adressé à l'un et à l'autre dans une lettre secrète... Le plus profond silence au dehors avait été observé de sa part et de la mienne ; mais au moment où ce général commence l'évacuation de Pondichéry, où il invite les administrateurs de l'Isle de France à en accélérer la consommation, avant même d'avoir reçu les ordres définitifs, à l'époque enfin, qui, sans doute, ne doit pas tarder à le ramener dans cette colonie pour en prendre le commandement à moins de changement que j'ignore mais dont il peut être informé par la voie anglaise, il m'adresse cet ordre, sous le prétexte de se faire reconnaître pour commandant général des troupes, quand il touche au moment de revenir, en qualité de gouverneur, commander le militaire et le civil ; et il reprend très sévèrement les chefs de corps pour ne lui avoir pas adressé des états de situation, qu'il aurait pu exiger depuis dixhuit mois comme actuellement par l'envoi de ce môme ordre, mais que les chefs ne lui devaient pas jusqu'à ce que cet ordre leur fût communiqué.

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