‹ D'Entrecasteaux, 1737-1793Chapitre 22 sur 45 · août 1789. (Registre de d'Entrecasteaux · texte numérisé non relu

août 1789. (Registre de d'Entrecasteaux

3. M. Dupuy, nommé en janvier 1789, intendant de l'Ile de France en remplacement de M. Motais de Narbonne, entra en fonctions dans le courant du mois de septembre suivant. 11 fut pendant deux mois le collaborateur de d'Entrecasteaux et prit avec ce gouverneur les dispositions nécessaires pour faciliter l'évacuation de Pondicbéry. La tàcbe était d'ailleurs très avancée : cinq navires ayant été affrétés à Port-Louis pour cet objet, et, en outre, trois bâtiments sans mission spéciale ayant été dirigés sur Pondicbéry afin de parer à toute éventualité. Grâce à cette précaution, le commandant des troupes françaises de l'Inde put faire évacuer promptement la place et se rendre à l'Ile de France, le 12 novembre 1789. Six jours plus tard, d'Entrecasteaux et Motais de Narbonne quittaient Port-Louis sur la frégate IWstrée, commandée par M. de Saint-Riveuil, et reprenaient la route de Rrcst. M. de Conway, nommé « gouverneur général des possessions françaises à l'est du cap de Ronne- Espérance » eut sous ses ordres M. de Fresnes, commandant particulier de Pondicbéry. L'ancienne capitale de notre empire indien était reléguée au rang de simple comptoir, el sa garde fut confiée à des indigènes. L<'*

La délicatesse des sentiments et la sensibilité du cœur s'allient souvent à la fierté de l'âme. La correspondance du gouverneur en est une preuve éclatante. Un jour, le 18 janvier 1788, d'Entrecasteaux apprend que le maréchal de Castries a quitté le ministère de la Marine. Il suppose que cette retraite est une disgrâce1 et, dans un élan spontané, il lui adresse ces lignes :

« Le souvenir de vos bonlés est gravé dans mon cœur en caractères ineffaçables. Ce sera toujours avec le môme empressement que je vous prierai d'agréer les témoignages de ma vive et éternelle reconnaissance. Ce n'est plus au ministre du Roi que j'ai l'honneur d'écrire et j'en suis affligé pour le bien de l'État, mais je ne crains pas de vous dire que c'est avec beaucoup plus de satisfaction que je joins aux hommages de respect qui vous sont dus, ceux du plus tendre attachement, que je ne me serais pas permis d'offrir au ministre du Roi, parce qu'ils auraient pu paraître suspects. »

Plus on feuillette le registre que tint d'Entrecasteaux pendant son gouvernement des Mascareignes, plus on entre dans son intimité. Insensiblement on découvre sa pensée, ses sentiments, même ses croyances. Sa conscience s'abandonne à qui veut la sonder, avec cette tranquillité d'âme que donne la satisfaction du devoir accompli.

Notre héros est un catholique convaincu. Son éducation a fortifié en lui les principes qu'il puisait dès l'enfance au sein de sa famille. Toutefois sa religion n'est ni exclusive ni étroite. Pendant sa jeunesse, YEncijclopédie, qui fut l'expression la plus complète de l'esprit novateur, critique et philosophique du xviii6 siècle, exerçait une véritable séduction sur l'opinion

troupes qui tenaient garnison à l'Ile de France subirent une réduction de moitié; en effet, le 10 décembre 1789, le régiment de Walsh fut embarqué et renvoyé dans la métropole. Voir archives coloniales, Ile de France, correspondance générale, 84 C4.

1. D'Entrecasteaux ignorait à ce moment que le maréchal de Castries venait d'être nommé au gouvernement des Flandres.

publique. D'Entrecasteaux ne subit pas cette influence, mais sa curiosité fut éveillée par la variété des problèmes que les encyclopédistes posèrent. Jamais le scepticisme de Diderot n'a troublé sa pensée; par contre, il n'éprouve pas le besoin d'anathématiser ceux qui professent des doctrines autres que la sienne. Respectueux des opinions de chacun, il se contente de réclamer pour lui-même le droit d'agir et de penser comme il l'entend. Tolérant et libéral, il désapprouve ouvertement certaines exigences du clergé qui lui paraissent maladroites ou excessives.

A propos de l'enregistrement d'un édit concernant les rapports entre catholiques et non catholiques et donnant certaines facilités à ces derniers sans autoriser cependant les mariages mixtes que réclame le conseil supérieur de l'île, il s'exprime en ces termes1 :

« Il est incroyable que les ministres de l'Église n'aient pas souscrit à l'adoption de ces mariages ou plutôt qu'ils n'aient pas eux-mêmes demandé, avec les plus vives instances, la promulgation d'une loi, dont l'effet le plus certain, sous le point de vue religieux, est de substituer la bonne foi — la première des vertus — à toutes les profanations et à toutes les apostasies dont se rendent coupables les catholiques qui veulent s'unir à des personnes malheureusement engagées dans les liens de l'erreur.

« Les remontrances du clergé sont principalement fondées sur ce que les avantages accordés aux non catholiques pourront propager les sectes qu'il est de l'intérêt de l'Etat de réprimer; ces mêmes remontrances signalent le danger que des catholiques égarés par un faux zèle puissent oublier que leurs frères errants ne doivent être cornbattus que par les seules armes de V Evangile. Les ministres de l'Église seraient seuls coupables d'un pareil événement, si d'ailleurs l'on n'en était pas infailliblement

1. Voir lettre du 15 juillet 1789. (Registre de d'Entreeasteaux.)

d'entrecasteaux. GO

garanti par les lumières du siècle. Mais comment le clergé qui reconnaît lui-môme, à chaque page, que ce ne sont que les seules armes de l'Évangile qu'il convient d'employer pour ramener ceux qui sont dans l'erreur, comment dis-je ce clergé veut-il les tenir dans l'oppression en les privant, non seulement de tous les avantages dont l'état de citoyen qui leur est accordé les rend susceptibles, mais encore de la liberté de suivre le vœu de la nature en contractant avec des catholiques des liens que le cœur, plus encore que les convenances, aurait formés, et qui seraient le seul moyen peutêtre d'arrêter les progrès de l'erreur, parce que ce mélange détruisant les barrières qui existent entre les deux religions ramènerait infailliblement la moins étendue, dès qu'elle ne serait plus opprimée, à la dominante quand elle cessera d'être oppressive ? Les mesures indiquées par le clergé, pour prévenir la propagation de l'erreur, sont précisément celles qui ont été mises en usage pour s'opposer à l'établissement et aux progrès du christianisme. Ce sont des moyens purement humains que la politique peut employer, mais qui sont proscrits par l'Évangile et qui ne devraient jamais être sollicités par les ministres de la véritable religion. »

A côté de ces considérations d'ordre religieux, des raisons politiques, plus particulièrement tirées de la situation géographique des Mascareignes, disposent d'Entrecasteaux à n'apporter aucune entrave aux mariages mixtes : « Les isles de France et de Bourbon placées à l'entrée des mers de l'Inde et de l'Asie ont des relations de commerce avec les divers peuples qui habitent ces immenses contrées, el tous ces peuples professent une religion différente de la nôtre. Il est hors de doute que ces relations d'intérêt en amèneraient d'autres qui favoriseraient la population de ces isles, si leurs navigateurs, trouvant à se marier avec avantage, étaient assurés, en ramenant leurs femmes dans leur propre patrie, d'y jouir de la même liberté que le reste de leurs concitoyens. Cette sage tolérance attirerait également un grand nombre

de familles hollandaises que le régime oppressif de leur compagnie dégoûte de son gouvernement, et qui, pouvant contracter dans ces colonies des alliances avec des catholiques, ne seraient plus dès lors regardées comme des étrangers. Peut-être même, à l'époque, qui n'est pas éloignée, de la suppression du privilège de la compagnie anglaise, le nouveau régime, moins favorable aux abus, forcera-t-il plusieurs employés de cette compagnie à s'éloigner.. . En un mot, la liberté que nous sollicitons ne nous expose pas à craindre des émigrations de cette colonie, puisque les Français qui auraient le désir de s'établir ailleurs n'y trouveraient dès à présent aucun obstacle, et elle offre aux étrangers des moyens de venir s'y fixer... »

Nous en avons fini avec le gouvernement de d'Entrecasteaux aux Mascareignes. Peut-être méritons-nous le reproche d'avoir entrecoupé le récit de citations trop fréquentes; mais en abordant une époque de la vie du célèbre navigateur demeurée jusqu'ici dans l'ombre, nous avons voulu laisser la parole à l'intéressé lui-même pour permettre au lecteur d'asseoir son jugement.

CIIA1MTUE IV

D'Entrecasteaux, commandant du Patriote. — État des esprits aux colonies; troubles de Brest. — Projet d'expédition à la recherche de Lapérouse. — Réorganisation du corps de la Marine. — Les frégates la Recherche et l'Espérance placées sous le commandement d'Entrecasteaux promu au grade de contre-amiral.

La frégate l'Astrée, venant du cap de Bonne-Espérance, mouilla en rade de Brest le 26 février 17901.

A peine débarqué, d'Entrecasteaux, que la vie au loin avait tenu en dehors des partis politiques, s'empressa de se mettre à la disposition du ministre. Trois mois plus tard, il recevait le commandement du vaisseau le Patriote, en armement à Brest.

A cette époque, le souffle de la Révolution agitait les esprits, et, dans toute la France, deux camps distincts commençaient à se dessiner : d'une part les partisans du Roi, de l'autre les partisans de l'Assemblée.

Les colonies n'étaient pas à l'abri des dissensions. On sait quelle habileté dut déployer d'Entrecasteaux dans son gouvernement des Mascareignes, pour éviter les soulèvements et prévenir les conflits. Aux Antilles, la position des administrateurs était moins tenable encore.

Pour prémunir les colons contre les tendances autoritaires des gouverneurs et des intendants, Louis XVI avait institué dans les îles, le 7 juin 1787, des assemblées coloniales*. Ces

1. Voir archives du ministère de la Marine, dossier personnel.

2. A l'origine, les capitaines généraux et les gouverneurs, disposant des attributions les plus étendues, dictaient de haut leurs volontés. Le 10 dé-

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corps délibérants comprenaient, clans chaque colonie, le gouverneur, l'intendant, le commandant en second, le commissaire général de la marine, deux députés du conseil souverain1, un député de chaque quartier et de chaque dépendance, un député des propriétaires urbains et un secrétaire. Ce dernier était nommé à vie; les députés se renouvelaient par moitié tous les quatre ans. Dans la session annuelle se traitaient les questions de finances, travaux publics, agriculture, commerce, etc. Le gouverneur et l'intendant convoquaient et dissolvaient l'assemblée d'un commun accord, et leur avis prévalait dans les délibérations en cas de partage.

Dans l'intervalle des sessions, un comité permanent de six délégués, pris dans le sein de l'assemblée coloniale, veillait à l'exécution des arrêtés.

Pour être valables, les décisions du premier de ces corps nécessitaient la présence effective de douze membres, et celles du second la présence de quatre délégués.

Chaque assemblée coloniale avait à Paris, pour correspondre avec elle, un représentant qui siégeait au Bureau des députés du commerce de France.

ccmbrc 1759, un arrêt du conseil d'État institua à Saint-Pierre de la Martinique une chambre d'agriculture et de commerce présidée par l'intendant et composée de huit membres parmi lesquels le gouverneur ne figura pas. Ce conseil fut supprimé en 1763, à la suite de rivalités entre planteurs et négociants. On le remplaça par deux chambres d'agriculture, siégeant l'une à la Guadeloupe, l'autre à la Martinique, et les intendants comme les gouverneurs s'en virent défendre l'accès. Ces assemblées n'avaient pas le droit de remontrance, mais elles pouvaient donner leur avis sur l'administration coloniale. Dans leur sein s'agitaient loa questions relatives aux défrichements, au commerce, à la voirie, à l'hygiène, à la population, voire même à la défense. Un député cho si par le roi entre trois délégués proposés par ces deux chambres représentait les colonies des Antilles à Paris et soutenait les intérêts colons.

1. Les conseils souverains lurent institués par Colbcrt dans nos colonies en 1(179. Leur compétence s'étendait aux questions relatives à la police et à la justice.

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Par cet acte du 7 juin 17S7, Louis XVI avait octroyé aux colonies une véritable charte constitutionnelle de nature a attirer l'attention de ceux qui en France s'intéressent encore aux questions coloniales1. Le malheur voulut que la lutte entre ville et campagne, entre négociants et planteurs, entre blancs et gens de couleur vint s'ajouter au ferment des idées, pour faire dévier du but que visait le législateur, une institution dont le seul tort fut d'être inopportune.

En septembre 1789, quand parvint à la Martinique la nouvelle de la prise de la Bastille, les patriotes arborèrent le drapeau tricolore. La même manifestation se produisit à la Guadeloupe, à Saint-Domingue et dans la plupart de nos possessions. Les assemblées coloniales, réunies d'urgence, s'emparèrent de l'administration malgré l'opposition des villes et nommèrent des députés chargés de porter leurs revendications à la Constituante. Ici, des soldats s'in-

1. Tandis que la France, cédant à l'impulsion de l'opinon restreignait les pouvoirs des hauts fonctionnaires coloniaux, un grand procès se déroulait en Angleterre. Warren Hastings, gouverneur général de toutes les possessions anglaises de l'Inde, rappelé ù Londres par la Compagnie en 1785 et accusé par Fox et Burke d'avoir opprimé avec la dernière cruauté les Indiens soumis à son joug, comparaissait devant la Chambre des lords. Pendant dix ans, les débats se prolongèrent et, bien que tous les crimes reprochés au tyran eussent provoqué la réprobation générale, la Haute Assemblée prononça un verdict d'acquittement. Les considérations d'ordre politique avaient eu raison des questions de sentiment. Au lieu de tout changer comme on le fit en France, l'Angleterre se contenta d'investir son représentant officiel de l'autorité la plus grande, en le choisissant parmi les personnages les plus en vue. Elle le voulut si puissant que son omnipotence déconcerta les mécontents. Telle est, aujourd'hui encore, la situation du vice-roi, véritable souverain choisi par le cabinet de Westminster, pour gouverner au nom de la reine l'empire anglo-indien. Ce fait capital, mis en relief par sir Alfred Lyall dans son ouvrage British Dominion in India, a suffi pour assurer le prestige et la domination de la Grande-Bretagne en Extrême Orient. Un demi-siècle après cet événement, l'Angleterre a progressivement appliqué à certaines de ses possessions la théorie du self government; mais il est à remarquer que dans toutes ces colonies semi-indépendantes les Anglo-Saxons sont en majorité.

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surgèrent contre leurs chefs; là, les habitants s'en prirent à la troupe. A ces conflits s'ajoutèrent des rixes entre Européens et mulâtres. La guerre civile, avec tous ses excès, se déchaîna et devint bientôt générale.

Revenons à la métropole. En septembre 1790, Brest était en pleine effervescence. Un navire, le Léopard, arrivait de Saint-Domingue, ayant à son bord une centaine de passagers, parmi lesquels quatre-vingt-cinq députés de cette colonie. Ceux-ci, à peine débarqués, traversèrent la ville entre deux haies de gardes nationaux. Les membres du district et ceux de la municipalité qui s'étaient portés à leur rencontre, les introduisirent à l'hôtel de ville au son des cloches et au bruit du canon. Cette réception dégénéra bientôt en une réunion tumultueuse où les chefs et les officiers de Saint-Domingue furent qualifiés de traîtres à la Patrie1.

Bertrand de Molleville, qui fut intendant de Bretagne en 1784, ministre de la Marine en 1791, puis directeur d'une police secrète à l'heure où la monarchie agonisait, a décrit dans ses mémoires les deux dernières années du règne de Louis XVI2. Son récit, émaillé de détails piquants et de critiques mordantes, fournit sur les troubles de Brest des indications précises, mais ses appréciations partiales et passionnées ne doivent être acceptées qu'avec une extrême réserve.

Il raconte ainsi les événements survenus dans l'escadre commandée par M. d'Albert à Brest en septembre 1790 ! :

« ... Un matelot du vaisseau le Léopard tient les propos les plus séditieux à bord du vaisseau le Patriote, et insulte M. Huon, major de vaisseau. M. d'Albert, ayant demandé si

1. P. Lcvot, Histoire de la ville et du ]><>rt de Jlrest, 3e vol., Br<

2. Voir Bibliothèque nationale, Mémoires secrets de Bertrand de M<dlcville,'3xo\. in-8°, et l' Histoire de lu Révolution française en 12 volumes, tin même auteur. Paris, Londres, 1792.

.'!. Mémoires secrets de Bertrand de Molleville, tome II, appendice, p. 323.

cet homme était ivre, le renvoie attendre la fin de son ivresse. Fermentation parmi l'équipage. Le patron du canot se rend oliez M. d'Albert et lui annonce d'un ton absolu que le matelot ne doit pas être puni et qu'on ne souffrira pas qu'il le soit: le tumulle augmente. M. d'Entrecasteaux quitte son vaisseau. M. d'Albert se rend à bord du Patriote et cherche en vain à ramener l'équipage. En descendant à terre, il est insulté : on crie au patron de faire chavirer son canot. Un grand nombre de soldats et de matelols du Majestueux s'emparent de la chaloupe ; ils descendent à lerre après avoir refusé de faire l'exercice de la manœuvre1.

« A bord du vaisseau l\\pollon„ on fait motion de jeter trois officiers à la mer.

« MM. Hector d'Albert de Marigny, d'Entrecasteaux et Huon sont mandés à l'hôtel de ville pour lire publiquement leur correspondance. On leur demande des copies de leurs lettres et une attestation qui certifie que l'arrivée du vaisseau le Léopard n'avait pas causé d'insurreclion dans la ville. »

Le mois suivant « les commissaires du roi envoyés à Brest pour y faire une enquête sont mal reçus par l'équipage du Majestueux; leur séance est longue, tumultueuse et inutile. »

Ce compte rendu laconique des insurrections de Brest pourrait faire supposer que d'Entrecasteaux déserta son poste, si la fermeté et le courage dont il donna en toute occasion des prenves éclatantes pendant le cours de sa carrière ne suffisaient à détruire une pareille allégation. Il est bon d'ajouter que l'auteur des Mémoires secrets se fit l'avocat des officiers, qui, découragés par les transformations radicales introduites dans l'organisation de la marine, refusèrent de servir.

1. Une lettre de M. d'Albert à M. de la Luzerne, à la date du 10 septembre 1890, établit clairement que le cbef d'escadre autorisa d'Entrecasteaux à venir à terre et le chargea d'informer la municipalité de ce qui s'était passé. (Voir archives de la ville de Brest.)

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A propos de plusieurs nominations arrêtées par son prédécesseur, M.Bertrand de Molleville écrit :

« La promotion faite par M. de Thévenard ne satisfit nullement le corps de la marine. Gomment, en effet, imaginer que de braves officiers accoutumés au respect des matelots et à voir leurs ordres suivis de la plus prompte obéissance, pussent consentir à devenir les instruments de leur propre dégradation ? Cette profession qu'ils avaient honorée par leurs talents et leur courage ne leur offrait plus que des dangers sans gloire, un service pénible sans utilité pour la patrie. La désobéissance et la révolte étaient non seulement tolérées, mais encouragées et regardées comme les marques distinctives du patriotisme; aussi presque tous les officiers m'envoyèrent leurs démissions dès qu'ils eurent reçu la lettre par laquelle je leur annonçais leur promotion.» Nous reviendrons tout à l'heure sur les modifications apportées dans le corps de la marine; mais notons dès à présent que le chevalier d'Entrecasteaux faisait partie de cette promotion. Il comptait alors cent trente-quatre mois de campagnes1 et sa nomination n'était en somme que la juste récompense de services signalés. En ne refusant ni le grade de contre-amiral qui lui avait été officieusement proposé, ni la mission lointaine que lui confiaient le roi et l'Assemblée, conformément au vœu du pays, il fut logique avec lui-même et la suite des événements montrera qu'en agissant de la sorte le marin faisait plus et mieux que de courir « des dangers sans gloire et sans utilité pour la patrie ■ ». Que Bertrand de Molleville, étranger au corps de la

1. Voir archives de la Marine, dossier personnel : états de services de d'Entrecasteaux.

2. La nomination officielle de d'Entrecasteaux au grade de contre-amiral ne parut que sous le ministère Bertrand de Molleville ; mais avant l'entrée en fonctions de ce ministre, le roi avait remis au navigateur un pli cacheté qui contenait sa nomination, avec ordre de ne l'ouvrir qu'eu mer, le lendemain du jour où, partant de Brest, il allait commencer une expédition à la recherche de Lapérouse.

marine, ait manqué du calme nécessaire pour apprécier la conduite de certains officiers au moment où s'affirmait la Révolution française, cela se conçoit et s'excuse sans peine, si l'on songe qu'il fut « décrété d'accusation » en 1792, considéré comme mort après les massacres de septembre et qu'il aurait infailliblement porté sa tôle sur l'échafaud sans l'aide d'un démocrate pour lequel il composa des harangues patriotiques jusqu'au jour où il parvint à passer la frontière 4. Pamphlétaire plutôt qu'historien, il ne peut juger ni l'époque qu'il décrit, ni les hommes qu'il prend à parti; sa fierté n'est pas sans grandeur; sa plume acérée, mise au service d'une passion violente, nous découvre certains dessous de la politique d'alors et nous fait, de la tragédie criminelle de 1793, un tableau poignant qui nous reporte par la pensée aux plus mauvais jours de la Terreur. D'Entrecasteaux eut le bonheur de ne pas subir le joug tyrannique de la Convention. Libéral, il avait vu sans regret disparaître les privilèges. Patriote et sans fortune, il n'hésita pas à poursuivre une carrière qui lui assurait une existence honorable et glorieuse. Une occasion s'offrit à lui de travailler encore pour la grandeur de la France; il la saisit avec empressement2.

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