Voir in fine la carte des voyages de d'Entrecasteaux
2. Dumouriez remercia le gouvernement hollandais, le 11 mai 1792, du bon accueil fait à d'Entrecasteaux au Cap. Ces remerciements sont adressés « au nom de la Nation française et du Roi ». V. Archives de la Marine.
3. Le marquis de Saint-Félix, qui avait pris part à la guerre d'Amérique et qui s'était distingué à la tète du Brillant et de Y Artésien sous les ordres de Suffren, avait commandé comme chef de division la station du Levant, quand il reçut en 1791 le brevet de contre-amiral et la direction de la station de l'Inde. Nommé gouverneur des Mascareignes en 1793, il y fut retenu prisonnier pendant plus d'un an. Louis XVIll le fit vice-amiral en 1811; mais il ne reprit pas de service actif et mourut cinq ans après sa nomination aux environs d'Albi.
des îles de l'Admiralty, dans la mer du Sud, des hommes couverts d'étoffes européennes, et particulièrement d'habits qu'il a jugés être des uniformes français. Vous y verrez aussi que le commodore Hunter n'a pas douté que ce ne fussent les débris du naufrage de M. deLapérouse qu'il avait beaucoup vu à Botany-Bay. »
Le chevalier de Fréminville fait remarquer que le bâtiment monté par cet officier anglais était encore mouillé en rade du Gap, au moment où d'Entrecasteaux y jeta l'ancre et qu'à cette nouvelle il a appareillé pour l'Europe. Ce départ précipité inspire a Labillardière des réflexions très justes :
« Au moment où nous arrivâmes au cap de Bonne-Espérance, nous devions nous attendre à y avoir tous les renseignements possibles sur ce que M. Hunter avait vu aux îles de l'Amirauté. Nous fûmes assez surpris que ce commodore eût fait voile de la rade, deux heures après que nous eûmes laissé tomber l'ancre. Il connaissait bien probablement l'objet de notre mission, car nous étions attendus au Cap, et le pavillon du général ne laissait aucun doute que ce ne fussent les vaisseaux destinés à la recherche de Lapérouse. *
Labillardière ne tire du reste aucune conclusion de cette conduite en ce qui concerne la vraisemblance des comptes rendus faits au gouverneur de Bourbon et il se contente de blâmer le singulier procédé du commandant du Syrius.
Les déclarations des deux capitaines de la marine marchande, Magon de l'Epinay etPréaudet, sur lesquelles s'appuyait M. de Saint-Félix, ne convainquirent pas d'Entrecasteaux. Néanmoins il résolut de vérifier le fait et changea sa route.
« Je craignais, disait-il, qu'on ne me reprochât de n'avoir pas fait tous mes efforts pour découvrir les traces de Lapérouse, si je ne me dirigeais pas vers les lieux où on m'indiquait que je pourrais retrouver lui ou quelques-uns de ses infortunés compagnons. »
Le 16 février, il quitta le Cap, où il eut à déplorer la perte de l'astronome Bertrand, mort à la suite d'une chute, puis il côtoya l'extrémité sud de l'Afrique jusqu'à la baie de Lagoa.
Le canal de Mozambique dépassé, l'amiral pensait gouverner directement, par le nord de la Nouvelle-Guinée, pour atteindre les îles de l'Amiraulé. Mais, ne se trouvant, le 6 mars, que par 44° longitude est et 35° latitude sud, il vit qu'il lui serait impossible avec de mauvais voiliers d'aller au-delà de Timor avant le renversement de la mousson. Il prit donc parti d'atteindre les îles de l'Amirauté par le sud de l'Australie.
En conséquence, il dirigea sa route au sud-est pour reconnaître l'île d'Amsterdam dont il fixa la position sur le môme méridien que Saint-Paul.
Le 28 mars, à deux heures et demie, l'île était en vue. Son sommet qui n'avait pas encore été déterminé paraissait couvert de nuages. « A mesure que nous approchions, ils nous parurent produits par une très épaisse fumée; nous ne tardâmes pas à voir des flammes : c'est dans la partie du nord que l'embrasement étoit le plus fort; mais le vent, qui souffloit du nord-ouest, poussoit la flamme dans le sud-est, et nous apercevions distinctement les progrès de l'incendie par les traces de fumée et de feu que l'on voyoit s'étendre successivement sur toute la partie orientale de l'île. Cet incendie, sur une terre inhabitée, fît conjecturer à quelques personnes que ce feu ne pouvoit être qu'un signal fait par des malheureux qu'un naufrage auroit fait aborder à cette île, et qu'ils demandoient du secours : mais il étoit évident que cette masse de feu étoit trop considérable pour faire supposer que l'incendie eût commencé au moment où nous avions été aperçus; d'ailleurs un pareil signal, fait au hasard, étoit inutile dans des parages où il est si rare qu'il passe des navires... Le plan de l'île d'Amsterdam, dressé par M. Beautemps-Beaupré, ingénieur hydrographe, fera
^ d'kntrkcasteaux.
connaître tous les détails delà partie de l'île que nous avons visitée1.
« La latitude de la pointe occidentale de l'île est de 37° 47' 46" australe; sa longitude est de 75° 4' 56" orientale...
« Je n'ai pas cru devoir m'arrêter à l'île d'Amsterdam; le ciel y est généralement trop couvert, dans cette saison, pour permettre d'y faire des observations : d'ailleurs notre traversée commençoil à se prolonger, et nous devions profiter du premier temps favorable à notre route2. »
Bientôt le ciel s'assombrit. — Le 14 avril, tandis qu'éclatait un orage, la mer devint phosphorescente et en même temps le météore nommé feu Saint-Elme se manifesta au sommet des mâts. « Pendant des grains redoublés et très violens de vent et de grêle qui eurent lieu cette même nuit, la mer parut encore plus enflammée; et, dans les mêmes instans, on aperçut très distinctement des aigrettes électriques autour de la pointe des paratonnerres : notre baromètre étoit alors à vingt-sept pouces six lignes. C'est, jusqu'à présent, le point le plus bas où il soit descendu 3. »
La violence des vents ne permit pas d'entreprendre alors la reconnaissance de la côte sud-ouest de la Nouvelle-Hollande.
En examinant le sens des courants qu'il rencontra vers 42° latitude sud, d'Entrecasteaux fut amené à conclure que la terre de Van Diémen était en réalité une île. Cette supposition fut contrôlée et confirmée quelques années plus tard par Bass, qui découvrit le détroit situé entre la Tasmanie et l'Australie, en s'appuyant sans doute sur les notes du navigateur français *.
1. Voir l'Atlas in-folio du Voyage de d'Entrecasteaux à la recherche de Lapérouse par Beautemps-Beaupré ; Paris, 1807, Imprimerie impériale.