Ibid
4. On sait que la terre de Van Diemen est actuellement connue sous le nom de Tasmanie, donné en souvenir du navigateur hollandais A bel
Tasman, qui découvrit cette île.
Le 19 avril 1792, l'amiral voulut aborder dans la baie de l'Aventure pour y réparer les avaries de ses navires; mais trompé par la configuration de la côte, il pénétra dans la baie des Tempêtes. Ce hasard lui fit découvrir la baie de la Recherche l.
En présence du spectacle qui s'offrait à sa vue, d'Entrecasteaux laissa un libre cours à son enthousiasme. « Je tenterai vainement, dit-il, de rendre la sensation que me fit éprouver l'aspect de ce havre solitaire, placé aux extrémités du monde et fermé si parfaitement que Ton peut s'y considérer comme séparé du reste de l'Univers... Ce havre (le port du Nord), l'un des plus commodes et des plus sûrs et qui contraste si fort avec le nom que porte la baie près de laquelle il est caché, est un bassin de forme ovale, de sept cents toises dans son plus grand diamètre; il est garanti de toutes parts par des bois extrêmement épais et qui s'élèvent en amphithéâtre ; l'eau en est si tranquille qu'elle est à peine agitée par les vents les plus violents. »
Passant alors à un examen minutieux d'une côte où il lui avait été ménagé une aussi agréable surprise, admirablement secondé par l'ingénieur hydrographe Beautemps- Beaupré, l'amiral procéda à une reconnaissance détaillée des différents contours de la baie des Tempêtes3. II découvrit couj) sur coup le port du Sud, dans la baie de la Recherche, Vile aux Perdrix, le port de l'Espérance, le canal d'Entrecasteaux, Vile et la rivière Huon, les pointes Labillardière, Riche et Gicquel. Ainsi il fut établi que la baie de l'Aventure était enclavée non dans la terre de Van Diemen, mais dans une île qui reçut le nom d'île Bruni. Cette île présente une particularité remarquable : elle est formée de deux terres réunies par un isthme tellement étroit que la baie de Y Aventure et la baie de l'Isthme semblent se confondre.
1. Les découvertes de d'Entrecasteaùx sont désignées par des italiquet.
2. Voir la carte de la Terre d'Anthony Van Diemen el l'itinéraire de l'expédition en avril el mai 179Î, page 99.
d'kntrecasteaux. 101
M. de Saint-Âignan, envoyé en reconnaissance avec le grand canot rend compte en ces termes de sa mission :
« ...Cependant, lorsque nous fûmes dans le vaste bassin découvert par M. de Crétin, et que nous vîmes, pour la seconde fois, le cap élevé qui paroissoit derrière les terres basses qui me restoient à l'est, je ne pus résister au désir d'aller voir si je pourrois découvrir la mer de l'autre côté. Je laissai arriver vent arrière; le canot s'échoua à une grande distance de terre, sur un banc de sable, qui occupe la plus grande partie de l'enfoncement dans lequel je m'avançois : malgré la rigueur de la saison, je ne balançai pas à me déshabiller, à sauter en dehors du canot; tenant un fusil d'une main, et de l'autre une boussole, je marchai dans l'eau jusqu'au rivage. En y arrivant, j'entendis la mer briser avec violence de l'autre côté. Je traversai une langue de terre qui peut avoir une encablure de large, et je me trouvai sur la côte de la baie de l'Aventure. Le froid ne m'empêcha pas de prendre plusieurs relèvemens sur le lieu où j'élois, et de dessiner la vue des terres que j'avois déjà relevées à l'extrémité du détroit. Je traversai une seconde fois la même langue de terre, au travers des herbes, dont quelques-unes étoient fort piquantes; et je gagnai le canot de la même manière dont je l'avois quitté... * »
Le canal, très abrité, fut déterminé avec une précision remarquable. Il fallut quatre jours aux navires pour le traverser.
« Un navigateur ne pourra jamais être accusé d'exagération en manifestant une sorte d'enthousiasme à la vue d'un mouillage prolongé dans un espace de plus de vingt-quatre milles d'étendue, partout également sûr, où l'on ne rencontre aucun écueil, où l'on peut partout, sans inquiétude, laisser tomber l'ancre, dont les terres peuvent être approchées sans danger à une encablure; d'un aspect d'ailleurs