Voir Voyage de d'Entrecasteaux, par M. de Rossel
peine à lever, en faisant remarquer que ses navires avaient devancé de plusieurs mois l'arrivée, dans la colonie, des nouvelles d'Europe.
Jusqu'au 13 octobre, les équipages purent se reposer des fatigues éprouvées pendant la rude campagne qu'ils avaient entreprise. L'amiral profita de son séjour à terre pour étudier la situation économique et sociale de l'île. L'ancien gouverneur général des îles de France et Bourbon était plus à même que personne d'apprécier les productions, le commerce et l'organisation intérieure de cet établissement, et ses notes, à cet égard, sont curieuses à consulter.
A ceux qui de nos jours cherchent à endiguer le courant de l'immigration chinoise, sans cependant approuver les procédés expéditifs des Américains tels que le Chineese exclusion act, on pourrait signaler les obligations auxquelles étaient soumis les marchands chinois d'Amboine lors du passage de nos frégates ; mais ces considérations nous écarteraient de notre sujet et nous nous contentons de les indiquer.
Après cinq semaines de repos, l'expédition se dirigea sur Timor et continua sa route au sud-ouest. Le 14 novembre, elle se trouva à la hauteur des îles Trials et le 23, par 30° de latitude sud et 96° de longitude orientale, elle prit la route à l'est vers le cap Leeuwin. Cette extrémité sud-ouest de la Nouvelle-Hollande fut déterminée le 5 décembre, et le même jour furent découvertes les îles Saint-Alouarn. Le 0, les frégates entamèrent la reconnaissance de la terre de Nuyts à la pointe d'Entrecasteaux1. Deux jours après, elles furent environnées d'îles et de récifs qui reçu-
1. D'Entrecasteaux n'avait pas connaissance des découvertes de Vancouver effectuées en 1791.
d'entrecastfaux. 111
rent le nom d'archipel de la Recherche. Le temps se gâta le (.> et il fallut chercher un passage pour sortir de cette ceinture de rochers. « Mais à cette époque le vent tourna au sud-ouest: Il s'accrut successivement et devint si impétueux qu'à trois heures nous fûmes obligés de serrer les huniers, malgré la nécessité où nous nous trouvions de faire de la voile. L'espace entre la terre et les îles étoit étroit ; on faisoit de très courtes bordées; nous allions inévitablement en dérive. L'Espérance, qui portoit la voile moins bien que la Recherche, prit de bonne heure le parti courageux, mais indispensable de longer les ressifs pour chercher un abri derrière quelque île, ou du moins une issue au travers des écueils. Nous la vîmes parcourir sous la misaine la chaîne des brisans et passer devant quelques îles; enfin, à trois heures et demie, nous l'aperçûmes qui mouilloit dans un endroit que nous jugions découvert de toutes parts. La nuit qui n'étoit pas éloignée, nous eût laissés sans ressource, et il n'y avoit plus à balancer pour prendre le même parti que l'Espérance. Nous examinâmes cependant sa position, et. après nous être assurés qu'elle tenoit sur ses ancres, nous allâmes la rejoindre. En approchant du mouillage, nous vîmes avec satisfaction que la mer y étoit moins grosse qu'au large, et que nous y serions abrités par une petite île et par plusieurs ressifs. L'Espérance nous signala en même temps que le fond étoit de bonne qualité. Nous laissâmes tomber l'ancre un peu en dedans de cette frégate, par vingt-trois brasses fond de sable fin1... »
Ce mouillage nommé baie de l'Espérance n'est dû qu'à l'amas d'îles situées au large de la côte ; il offre néanmoins un abri très sûr dans lequel les équipages purent réparer les avaries de leurs navires. Le départ fut encore retardé par la disparition de M. Riche, naturaliste. Ses compa-