I. Voir Voyage île d'Eiitreanatenux par M. de Rosscl
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gnons ne le rencontrèrent qu'après deux jours de recherches ininterrompues. Prenant un grand lac salé pour la mer, il s'était éloigné de son but en croyant le poursuivre. La fatigue, la chaleur excessive, le poids des collections qu'il avait recueillies, la soif surtout l'accablaient. * J'étais sur le point de tomber en faiblesse, dit-il dans son rapport, lorsqu'en côtoyant le lac, je rencontrai une source d'eau douce : un athée même dans un bonheur si inattendu, ramènerait malgré lui sa pensée sur la bienfaisance de la divinité. Je me mis en état de continuer ma route en mangeant auprès de cette fontaine un morceau de biscuit et un morceau de sucre, la seule nourriture que j'eusse apportée. » Bientôt, ses forces s'épuisant, il dut jeter sa collection de pierres et de plantes. Les naturels qu'il rencontra s'enfuirent à son approche. La nuit venue, il retourna à sa fontaine et, dès l'aube, il reprit sa course, laissant des billets aux arbres pour permettre à ceux qui le recherchaient de se porter à sa rencontre. Revenant le soir à son gîte de la veille, quelques herbes amères lui servirent de nourriture. Enfin, le lendemain, il retrouva un mouillage où d'Entrecasteaux avait fait déposer un fusil, des vêtements et des provisions. C'est à peu de distance de ce point qu'un canot de l'expédition eut le bonheur de le recueillir.
Labillardière a voulu conclure de ce fait que les naturalistes n'étaient pas, de la part du commandement, l'objet des mêmes égards que les autres savants. Rossel n'eut pas de peine à prouver que M. Riche avait refusé de se faire accompagner dans cette course et que son imprudence n'était imputable qu'àlui-même. De son côté, Jurien de La Gravière, qui fut volontaire puis enseigne sur Y Espérance, constate que « chaque état-major militaire était doublé d'un étatmajor civil. La table commune présentait, quoiqu'on fît, deux catégories bien distinctes, d'un côté les officiers, de l'autre les savants... Les éléments se trouvaient réunis sous la main ferme et respectée d'un chef qui savait allier aux
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formes les plus gracieuses, l'action d'une volonté d'autant plus inébranlable qu'elle était toujours fondée sur la bienveillance et la justice1.»
Le 2 janvier 1793, les frégates manquant d'eau et n'ayant pu renouveler leurs provisions sur un seul point de la terre de Nuyts, renoncèrent à poursuivre l'exploration de cette côte qu'elles avaient prolongée jusqu'au 130° de longitude orientale, pour gagner rapidement le sud de Van Diemen.
L'amiral compléta les reconnaissances qu'il avait exécutées l'année précédente dans cette région. Il franchit le canal d'Entrecasteaux, étendit ses recherches à l'est, pour
1. Il serait puéril de discuter l'importance de la Relation du voyagea la recherche de La Pérouse, et surtout du Novae Hollandise plantarum spécimen (Paris, 1801 et 1806); mais la valeur historique du premier de ces ouvrages est infiniment plus modeste que sa valeur scientifique. L'auteur s'y montre à la fois vindicatif et partial. Autant d'Entrecasteaux nous est apparu libéral et tolérant pendant tout le cours de sa carrière, et principalement dans son gouvernement des Mascareignes, autant le ci-devant de La Billardière nous semble accepter difficilement l'idée que d'autres se permettent de penser autrement que lui. Nous avons vu que le gouverneur général des îles de France et Bourbon, tout en gardant les convictions de sa jeunesse, n'hésitait pas à critiquer la conduite du clergé dans la question du mariage entre protestants et catholiques romains, et qu'il respectait le droit qu'a tout homme de s'en rapporter aux indications de sa conscience. Le « correspondant de l'ex-Académie des sciences » n'a pas l'esprit aussi accommodant. Dans son magnifique ouvrage sur le voyage de d'Entrecasteaux, nous admirons tout ce que le naturaliste a inspiré; nous prenons plaisir à noter les anecdotes qui émaillcnt son récit, mais les appréciations de l'homme sur ses anciens compagnons de voyage nécessitent un contrôle sérieux. 11 s'est fait le délateur haineux autant qu'injuste de la plupart des officiers de l'expédition. Souvent il se contredit lui-même. Dans ses lettres, il charge Rossel d'imputations qu'il met avec plus de raison au passif de d'Auribeau dans sa publication (Voir brochure de M. Ed. Bonnet, les Collections de l'expédition envoyée à la recherche de Lapérouse, d'après des documents inédits, communication faite à l'Association française pour l'avancement des sciences, Congrès de Marseille, 1891). Pamphlétaire à la façon de Bertrand de Molleville, bien que soutenant une thèse opposée, Labillardière peut mettre en lumière certains faits, mais ses conclusions ne doivent être adoptées qu'après une enquête minutieuse.
relever la rivière du Nord, la Double baie et la baie du Nord, contourna l'île Bruni et relâcha dans la baie de l'Aventure du 22 au 27 février1. Jugeant ce repos suffisant, il mit sous voile, longea l'île d'Abel Tasman jusqu'au cap Frédérik- Hendrickx, signala la route à l'est pour doubler l'île Maria et se diriger sur le cap Nord et la Nouvelle-Zélande. Le 11 mars, l'expédition passait entre ce point et les Trois- Rois, puis on gouverna vers Tongatabou suivant un itinéraire nouveau qui permit de nommer le rocher de l'Espérance et Vile Raoul que ce pilote aperçut le 16 mars, à plus de quinze lieues de distance2. L'île est formée par une montagne élevée et très escarpée, entièrement couverte de bois, mais défendue par une ceinture de rochers et d'îlots. Une semaine plus tard, les frégates mouillaient dans le havre de Tongatabou (îles des Amis).
Dès leur arrivée, elles furent entourées de toutes parts. «De prétendus chefs montèrent à bord, écrit Rossel; ils furent suivis par une multitude d'hommes qui semblaient leur appartenir. Quelque fatigante que fût cette cohue, il fallait
1. Voir la carte de la Terre d'Anthony Van Diemen; itinéraire de d'Entrccasteaux en janvier et février 1793, page 99.
2. Raoul (Joseph-François), né le 4 avril 1766 à Tréguier (Cùtes-du- Nord), s'eagagea sur la corvette le Facteur en 1782, assista aux combats de Batz et de Quiheron, puis fut choisi comme pilote à bord de le Recherche par d'Entrecasteaux. Il découvrit l'île qui porte son nom, mérita, ainsi que son frère (Ange-Aimé-Marie), monté sur la même frégate comme aide-pilote, les éloges de Reautemps-Beaupré. Retenu prisonnier à Batavia, au Cap et en Angleterre après la dissolution de l'expédition, il ne put reprendre du service qu'en 1796 comme enseigne. Le 12 et le 20 octobre 1798, il reçut sept blessures dans deux combats qu'il soutint sur Y Immortalité. Fait prisonnier de guerre après cette double affaire. il rentra en France l'année suivante et fut, comme lieutenant de vaisseau, employé au Dépôt de la marine. A Santo-Domingo, Raoul, commandant de Y Impérial, fut blessé trois fois. En 1808, il s'empara d'un brick anglais dans une campagne à la Guadeloupe. Capitaine de vaisseau «mi 1812, il assista sur le Trajan au bombardement d'Anvers. Il était à Bn>t quand la mûri interrompit sa carrière si vaillamment conduite (mari 1816). Sur l'état des services de ce brave figurent dix-sept blessu dont une, causée parmi biscaïen, entraîna la perte de l'œil droit.
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bien la supporter en attendant que nous eussions pu nous établir à terre. On acheta dans ce premier moment quelques cochons et quelques fruits. » Le 25 mars, on procéda à des échanges. Un véritable marché fut ouvert... le soir le tumulte augmenta. « On crut devoir inspirer de la crainte aux insulaires en leur faisant connaître l'usage de nos armes à l'eu : deux oiseaux furent attachés à un arbre assez éloigné, et un des meilleurs tireurs se présenta, comme assuré de les abattre du premier coup; mais il les manqua deux fois. Une seconde personne renouvela le môme essai; son fusil ne partit pas. Des risées s'élevèrent de tous côtés, mais plus encore de celui des gens armés; un d'eux tendit son arc et abattit un de ces oiseaux. Cet acte d'adresse eut des applaudissements sans nombre et contrasta d'une manière fâcheuse avec le peu de succès de nos premières tentatives. Une troisième personne se présenta et tua le second oiseau : mais la première impression étoit faite, et l'on remarqua que la confiance de ces gens en leur propre force étoit augmentée, et que la crainte de nos armes à feu étoit extrêmement affoiblie... »
Le 30, une fête fut organisée à Tongatabou par le chef Toubou en l'honneur des Français. Tous les officiers qui n'étaient pas de service et la moitié des équipages répondirent à cet appel; de part et d'autre on se fit des présents, mais le temps se gâta. Ne pouvant obtenir aucune indication sur l'objet principal de son voyage1, et la fête étant d'ailleurs très peu animée, d'Entrecasteaux se hâta de profiter d'une éclaircie pour se rendre à bord. Pendant cette séance il n'y eut pas de poche qui ne fût fouillée. Les indigènes prirent tout ce qu'on avait eu la maladresse de ne pas soustraire à leur vue.
1. Soit qu'il n'ait pu se faire comprendre des naturels, soit que ceux-ci aient refusé de répondre, d'Entrecasteaux ne sut pas que Lapérouse avait mouillé à Anamouka, dans le même archipel.
Dumont d'Urville acquit plus tard la conviction que le départ précipité de d'Entrecasteaux avait déjoué un véritable complot et que, sans cette détermination inattendue, officiers et, équipages eussent été infailliblement écharpés.
Le 9 avril, la Recherche et l'Espérance mirent le cap sur le havre de Balade, situé sur la côte orientale de la Nouvelle- Calédonie, dont l'amiral désirait compléter la reconnaissance1. Chemin faisant, fut découverte Y île Beaupré et opéré le relèvement des îles Eronan, Annatom et Tanua.
Les trois semaines que passèrent les équipages dans le port de Balade furent attristées par la mort du chevalier Huon de Kermadec. Il succomba le 6 mai à une maladie de deux mois qui se termina par une fièvre étique. M. de Rossel, auquel des liens d'amitié le tenaient plus étroitement uni, lui consacre dans sa publication des pages écrites sous l'empire d'une poignante douleur.
Fils d'un capitaine de vaisseau et frère d'un chef d'escadre, Jean-Michel de Kermadec était né à Brest en 1748. Nommé page du roi en 1762 et garde de la marine en 1766, il assista bientôt à plusieurs affaires, notamment à la bataille d'Ouessant. Comme lieutenant de vaisseau, il participa à la prise de la Grenade, au siège de Savannah et aux deux combats de mars 1780 que La Motte-Piquet engagea aux Antilles contre le commodore Cornwalis. Chevalier de Saint-Louis l'année suivante, il partit en 1785 sur la Résolution comme major de vaisseau et fit avec d'Entrecasteaux la campagne de l'Inde en Chine. En 1789, il revint en France, fut témoin des troubles de Brest et ambitionna l'honneur d'accompagner son ancien chef dans son expédition à la recherche de Lapérouse. Fait capitaine de vaisseau à cette occasion, il prit, comme on l'a vu, une part très active aux travaux de la campagne et sut s'attirer l'af-
1. Voir la carie de la Nouvelle-Calédonie dressée par d'Entrecasteaux, page 103.
fection de tous ceux qui servirent sous ses ordres. D'Entrecasteaux le fit enterrer dans l'îlot Puiuvé, pendant la nuit, de peur que les naturels ne profanassent sa sépulture1.
L'impression que les Néo-Calédoniens laissèrent aux membres de l'expédition diffère essentiellement de cellequ'ils avaient ressentie au contact des naturels de la terre de Van Diemen. Les premiers leur semblaient offrir la plus parfaite image de l'état primitif de la société, où les hommes ne sont pas encore agités par les passions, ni corrompus par les vices qu'entraîne quelquefois la civilisation. «Assurés de trouver facilement leur subsistance, ils doivent jouir de la paix et du contentement. Aussi leur physionomie ouverte et riante offre-t-elle l'image d'une félicité qui n'est jamais troublée par des réflexions importunes ou des désirs impuissants. » Les seconds, <r plus avancés sans doute dans la civilisation,
1. A propos du centenaire de d'Entrecasteaux, M.\J. Garnier, qui visita la Nouvelle-Calédonie avant que les cartes de l'île en fussent exactement dressées, a fait à la Société de Géographie (séance du 1er décembre 1893) une intéressante communication que nous sommes heureux de reproduire ici :
Au mois d'avril 1793, les navires de d'Entrecasteaux revinrent mouiller en rade de Balade, où Cook avait pris terre. C'est à ce moment que Huon de Kermadec mourut emporté par la maladie. Ses restes furent inhumés sur l'îlot Puiuvé, à 1,500 mètres de la côte. On l'enterra pendant la nuit, de peur que les indigènes ne vinssent dévorer son cadavre, car d'Entrecasteaux venait d'assister à Balade à plusieurs scènes de cannibalisme ; aucun signe apparent n'indiqua même l'emplacement de sa tombe.
Plus tard une croix fut élevée sur cet îlot par les soins de Mar d'Amata, pendant une relâche de la corvette l'Héroïne; mais, en 1847, on dut l'abattre ; c'était un signe qui pouvait être dangereux pour les navires en les attirant sur cet écucil. Peu après la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France, en 1857,. le capitaine Villegcorgcs et l'un des anciens compagnons de M. Garnier, le Dr Vieillard, élevèrent sur l'îlot un petit monument en corail, la seule matière à leur portée, les pierres manquant dans l'île.
« J'ignore, dit M. Garnier, si ce modeste mausolée, si primitif, élevé par la piété de mon ami Vieillard, a résisté aux cyclones et aux injures du temps, mais il serait à souhaiter qu'on ne perdît pas de vue ces traits de l'histoire des premiers jours de notre belle colonie, et c'est dans ce but que je les ai rappelés. »
ont l'humeur féroce et sont divisés entre eux. » Nous jugeâmes, dit encore M. de Hossel, que les habitants étoient en guerre pendant notre séjour à Balade, ou que les hostilités venoient de cesser, parce qu'on remarqua un très grand nombre d'hommes dont les blessures étoient récentes. D'ailleurs la chair humaine dont on les vit se nourrir, et qui ne pouvoit être que celle de leurs ennemis, annonçoit que les hostilités n'étoient pas d'une date bien reculée; car on ne peut pas supposer qu'ils eussent la cruauté de garder longtemps leurs victimes; la faim qui les presse ne leur permettroit pas ce raffinement de barbarie, dont l'idée seule fait frissonner.
Le 9 mai, M. d'Auribeau prit le commandement de Y Espérance et M. de Hossel passa sur la Recherche pour seconder l'amiral. Les relèvements entrepris, en 1792, au nordouest de la Nouvelle-Calédonie furent complétés jusqu'à Vile Huon, et l'expédition, laissant à l'ouest les îles du Saint-Esprit, se dirigea vers l'archipel de Santa-Cruz, dans l'espoir d'y retrouver les traces de Lapérouse.
Sur sa route, d'Entrecasteaux rencontra un groupe de trois îles. La plus petite fut relevée à 15 lieues de distance avec une approximation surprenante. A ce sujet, il s'exprime ainsi : « L'île que nous avions relevée à l'est, 32° sud, n'avait pas été aperçue par Garteret. Nous l'appelâmes Ile de la Recherche. Nous la vîmes dans un si grand éloignement que nous ne pûmes la placer sur nos cartes avec précision; on a cependant déterminé sa latitude et sa longitude à quelques minutes près. » Ce point perdu dans l'océan, si bien nommé « île de la Recherche », était précisément le lieu du naufrage, l'objet principal du voyage, découvert trente-cinq ans plus tard par Dumont d'Urville ',