‹ D'Entrecasteaux, 1737-1793Chapitre 40 sur 45 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'expédition de la Recherche et de V Espérance après lu mort de d'Entrccastcaux : arrivée à Sou rabaya ; mésintelligence dans les états-majors; conduite de d'Auribeau, sa fin. — Rossel et les débris de l'expédition; péripéties du retour : capture des collections par les Anglais en 1795. — Rectification de l'acte de décès du vice-amiral d'Entrecastcaux. — Conclusion.

Les vicissitudes que l'expédition eut à supporter après la mort de son chef sont sans exemple dans l'histoire.

Les frégates atteignirent Waigiou le 18 août 1793, et les équipages ne tardèrent pas à sentir l'heureux effet d'un séjour à terre. Le 20, d'Auribeau prit le commandement de la Recherche et la direction officielle du voyage. Rossel passa sur YEspérance. En réalité, le premier, dont la santé était chancelante, chargea le second de conduire les navires à Cajéli, dans l'île de Bourou1. La traversée s'effectua en sept jours.

Du 3 au 15 septembre, on stationna dans cette ville pour y renouveler les approvisionnements. Chacun revit avec plaisir des mosquées, des maisons, des rues. Les yeux, fatigués depuis longtemps du spectacle des côtes arides et désertes, se reposaient avec complaisance sur un centre civilisé et sur des champs cultivés. Personne à bord n'était plus attiré par les beautés de la nature brute; personne

1. Voir le plan des détroits de Macassar, Gilolo et Pitt, page 25, et la carte des voyages de d'Entrecastcaux in fine.

n'était plus stimulé par le désir de connaître les mœurs des naturels des contrées inexplorées. A la gaieté et à l'entrain avaient succédé la lassitude et la tristesse. On ne songeait qu'au retour.

Le 9 octobre, le détroit de Boutoum était franchi, et l'expédition s'arrêta pendant quarante-huit heures dans la ville de ce nom, pour se procurer des vivres frais.

C'est là que d'Auribeau prit la direction du voyage. Il conduisit les frégates à Sourabaya, sur la côte de Java.

II importait de se rendre rapidement dans un port offrant des ressources suffisantes. Malheureusement, la dysenterie, à la suite du scorbut, sévit sur les équipages et la chaleur accablante ne tarda pas à aggraver le mal.

Le 19, nos navires jetaient l'ancre devant Sourabaya, et M. de Trobriand partit à dix heures du matin, sur le grand canot de l'Espérance, pour se rendre à la ville, prévenir le gouverneur de l'arrivée de l'expédition et lui demander l'entrée du port.

Contre toute attente, ce lieutenant de vaisseau ne reparut ni le lendemain, ni les jours suivants. Comment justifier cette absence? La France était-elle en guerre avec la Hollande, et, dans ce cas, à quel parti allait-on s'arrêter? A bord, l'inquiétude était grande. M. Mérite fut envoyé en parlementaire avec cinq hommes d'équipage. Deux jours se passèrent encore sans que cet enseigne pût rejoindre. Le 25, à onze heures du matin, un chef des habitants de Java vint remettre à M. d'Auribeau une lettre de M. de Trobriand l'informant des grands événements survenus en France. Les conditions auxquelles les administrateurs de Sourabaya consentaient à recevoir l'expédition étaient inadmissibles. Devant cette attitude, le commandant réunit les deux états-majors. On tint conseil, et malgré la détresse extrême dans laquelle on se trouvait, il fut décidé, d'un accord unanime, que le lendemain on mettrait à la voile pour atteindre l'Ile de France par la route la moins fréquentée.

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Dans la nuit qui devait précéder le départ, M. de Trobriant revint; il annonça que le Conseil supérieur de Batavia avait levé toutes les difficultés et que l'expédition jouirait des avantages et prérogatives accordées généralement aux vaisseaux des puissances amies. Ces offres étant acceptables, les frégates appareillèrent et mouillèrent en rade de Sourabaya le 27 octobre 1793.

Là s'arrête la relation du chevalier de Rossel. La suite des événements a été décrite par E. Jurien de la Gravière1 dans les Souvenirs d'un amiral qu'a publiés son fils, amiral lui aussi. Son récit vif et circonstancié captive l'attention, et ses appréciations, exemptes de parti pris, permettent de réformer certains jugements comme de discerner les responsabilités encourues lors de la désorganisation de l'expédition à la recherche de Lapérouse.

La mésintelligence, qui s'était introduite dans les éléments disparates dont on avait composé les états-majors, s'était accrue par les longues souffrances endurées pendant cette circumnavigation de trois années. Tant que d'Entrecasteaux vécut, sa sagesse et le respect universel dont il était entouré suffirent pour adoucir l'aigreur des esprits.

1. Jurien de la Gravière, né à Gannat (Allier), le 5 novembre 1772, avait débuté sur la Favorite, quand d'Entrecasteaux fut chargé de commander l'expédition à la recherche de Lapérouse. Il obtint alors de servir en qualité de volontaire à bord de l'Espérance sous les ordres du chevalier Huon de Kermadec. Fait enseigne au cours de cette campagne, il assista à la dissolution de l'expédition, comme nous le verrons dans la suite. Capitaine de frégate en 1798, capitaine de vaisseau en 1803, il se distingua au combat des Sables-d'Olonne (24 février 1809), où sa division composée de trois frégates repoussa les attaques d'une escadre anglaise de six vaisseaux. Contre-amiral en 1817, il reçut le commandement de la station navale du Brésil, puis celui des Antilles. De retour en France, il administra l'arrondissement de Kochefort de 1827 à 1830. Louis-Philippe le fit vice-amiral, pair de France et grand-croix de la Légion d'honneur. Il mourut sous la seconde République à l'âge de 77 ans.

Mais au chef conciliant avait succédé un homme autoritaire et redouté. « M. d'Auribeau, dit Jurien de La Gravière, avait un orgueil intraitable; mais son plus grand malheur avait été de s'engager dans une expédition où ses qualités mêmes devinrent des défauts. La révolution de 1789 venait d'inaugurer le règne des encyclopédistes. Notre commandant n'avait aucune sympathie pour les tendances nouvelles. Il disputait avec humeur son navire aux envahissements de la science, qui venait installer malgré lui des arbres à pain jusque sur la dunette. Les savants dont M. d'Auribeau ménageait si peu la susceptibilité représentaient à bord le parti de la Révolution. La politique associa insensiblement à leurs griefs la plupart des officiers qui n'appartenaient pas à la noblesse, et comme le camp qui attaque est toujours plus ardent que celui qui défend, M. d'Auribeau, à cette époque de notre campagne, n'eût peut-être pas trouvé à bord des deux frégates une seule voix qui osât s'élever en sa faveur. »

Ces divisions n'avaient pas pénétré dans les équipages. Ceux-ci, sentant qu'ils étaient commandés par des hommes de valeur, firent courageusement leur devoir tant qu'ils tinrent la mer.

Les divergences d'opinion s'accentuèrent et s'étendirent, quand on descendit à terre et qu'on apprit soudain la mort de Louis XVI, le triomphe des démagogues et la coalition des monarchies européennes contre la France révolutionnaire.

D'autre part, l'accueil empressé des Hollandais et la sécurité de nos navires à Sourabaya disposèrent les officiers et les matelots à « prendre logement, en ville ». La vie étant facile, on put y faire face tout d'abord en vendant le reste des objets d'échange qui avaient été destinés aux sauvages. Cet argent dépensé, on commit l'imprudence de puiser dans le trésor de la Compagnie hollandaise. Nos marins pouvaient se considérer comme solvables, puisque leur traitement, qui depuis le mois de septembre 1791 s'accumulait

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dans les coffres de l'Etat, constituait un avoir assez important. Mais alors le crédit de la France était nul; des catastrophes successives avaient entraîné la banqueroute. Dans cette détresse, les seuls gages à offrir aux Hollandais étaient les bâtiments mômes qui composaient l'expédition.

Le désœuvrement exalta les inimitiés ; les états-majors cessèrent d'avoir une table commune et chacun s'en fut vivre à sa guise. Un jour d'Auribeau, usant du droit de décorer les officiers qui s'étaient le plus distingués dans la campagne, remit solennellement trois croix de Saint-Louis, en exigeant le serment de fidélité au roi. — Il paraît qu'il sollicitait en même temps les secours de la Haute Régence pour tenir en respect les équipages des deux corvettes. Le commandant crut la France vaincue et l'émigration près de rentrer bannières déployées dans Paris. « Il ne voulut pas attendre le dernier moment pour manifester ses principes par un acte éclatant. Il trouva malheureusement dans le conseil de la Compagnie, à l'honneur duquel nous étions confiés, une disposition complaisante à écouter ses rapports et un empressement perfide à seconder sa défection. Dans \a. nuit, des listes de proscription sont dressées. Deux vaisseaux de guerre de cinquante canons et des canonnières entourent nos corvettes; des détachements de troupes parcourent la ville et constituent prisonniers tous les individus dont l'arrestation a été résolue. Au point du jour le pavillon blanc est arboré sur nos bâtiments, qui le saluent de toute leur artillerie »... A dater de ce moment, c'en était fait de l 'expédition ; on put la considérer comme dissoute (20 février 1794).

La plupart des officiers qui n'appartenaient pas à la noblesse, les savants, et en tête de ceux-ci les naturalistes, furent dirigés par terre sur Batavia pour y être détenus dans les forteresses, tandis que la moitié des équipages fut exilée dans l'intérieur de Java.

Juriende La Gravière et son ami Beautemps-Beaupré,qui

vivaient ensemble, furent compris dans les proscriptions; mais bientôt d'Auribeau les fît relâcher, et l'enseigne continua son service sur la Recherche, trois jours par quinzaine. Par bonheur la bienveillante hospitalité des Hollandais permit aux victimes de ce coup d'État de supporter assez patiemment leur captivité. D'ailleurs, la France, si décriée après les scandales de 1793, avait relevé le gant; elle tenait ses ennemis en respect, et non contente de les refouler au delà de ses frontières, elle les poursuivait jusque dans leurs foyers.

Averti du sort de la Recherche et de l'Espérance, le gouvernement français réclama d'Auribeau et les malheureux équipages. A cette nouvelle, le chef de l'expédition se rendit à Samarang; il y mourut à la fin de 1794. C'était un de ces cadets de famille, souvent sans scrupules, jamais sans orgueil, dont la Révolution a éteint la race, « race ambitieuse et entreprenante, qui, fière de sa noblesse et impatiente de sa pauvreté, cherchait dans les aventures ou dans les intrigues une fortune digne de son blason... Ces gentilshommes, qui n'avaient que la cape et l'épée, ont fondé nos colonies, peuplé les rangs de notre marine et rempli les pages de notre histoire du récit de leurs prouesses ».

D'Auribeau mort, Rossel devint le chef de l'expédition. Ce lieutenant de vaisseau, qui depuis 1785 avait servi sous les ordres de d'Entrecasteaux, était, après Huon de Kermadec, l'homme le plus apte à prendre le commandement1. Nul doute que ce marin aimé et obéi n'eût rassemblé

1. Le chevalier de Rosskl (1765-1829) entra dans la marine à 15 ans et fut attaché à d'Entrecasteaux dès 178i. Promu au grade de lieutenant de vaisseau en 1789, il servit sur la lier lie relie puis sur ['Espérance jusqu'au jour où le commandement de l'expédition à la recherche de Lapé-

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les débris des équipages et ramené nos bâtiments en France, tandis que les journées de Thermidor rendaient confiance aux honnêtes gens. Malheureusement, à l'heure où la direction de l'expédition lui échut, il ne lui restait plus qu'à livrer la Recherche et l'Espérance à la Compagnie hollandaise comme rançon de ses avances. Celle-ci se chargea de rapatrier nos marins, sans se douter des difficultés insurmontables qu'allait rencontrer le convoi en partance.

L'histoire de ce retour, lent, pénible et brusquement arrêté par la capture des bâtiments hollandais, n'est que le dénouement fatal d'une longue tragédie.

Avant de regagner l'Europe nos marins stationnent à Samarang, puis à Batavia. Deux officiers français meurent dans cette capitale, deux autres arborent la cocarde orange.

Ceux qui, à l'exemple d'hommes tels que Rossel, Saint- Aignan, Trobriant et Jurien de La Gravière, restent fidèles à notre drapeau sans distinction de couleurs, sortent de la rade de Batavia au commencement de janvier 1795, sous pavillon étranger. Le convoi, composé d'une trentaine de bâtiments, n'est escorté que par une seule frégate de l'Etat, 1: 'Amazone. Rossel et Trobriant ont pris passage sur YHougly; Jurien de La Gravière, Longuerue et le commis aux vivres de la Recherche, sur le Dordrecht; les autres sont disséminés sur différents navires.

A peine a-t-on franchi le détroit de la Sonde qu'il faut mouiller le long de la côte de Sumatra. Un coup de vent subit fait chavirer plusieurs chaloupes montées par les officiers de l'expédition. Saint-Aignan, parfait nageur, réussit

rouse lui échut par suite de la mort de ses chefs. Sans revenir sur le rôle qu'il fut appelé à remplir, notons qu'il rentra en France en 1802. L'Empire lui confia la rédaction du dernier voyage de d'Entrecastcaux. Rossel remplaça Fleurie» au Bureau des Longitudes en 1811, Bougainville à l'Institut en 1812. Il fut en 1821 l'un des fondateurs de la Société de géographie. Ses nombreux travaux et les services signalés qu'il rendit à la navigation lui valurent le titre de contre-amiral honoraire et le poste de directeur du Dépôt général des cartes et plans.

à gagner la terre; Trobriant, moins habile, parvient à saisir deux avirons s'en allant à la dérive; ainsi soutenu il flotte pendant sept heures de nuit, livré aux angoisses de l'agonie, quand une pirogue de Malais l'aperçoit, le sauve et le ramène à son bord. Les équipages hollandais périrent en partie dans cette tourmente qui pouvait mettre le comble aux malheurs des nôtres et ne coûta la vie à aucun Français.

La maladie fut plus funeste que ne l'avait été la tempête. Jurien de La Gravière vit succomber coup sur coup ses deux compagnons d'infortune. M. de Longuerue fut emporté en quelques jours. Le commis aux vivres traîna plus longtemps. Jusque-là il avait résisté aux fatigues de l'expédition, au scorbut, à la dysenterie, au climat meurtrier de Java. Cet employé, qui n'appartenait pas au corps de la marine, vivait assez à l'écart et n'entendait pas la plaisanterie. Un jour un volontaire avait émis l'avis que ce jeune homme au visage imberbe pourrait bien appartenir à la plus belle moitié du genre humain. Il s'ensuivit un duel où les deux champions se comportèrent vaillamment. L'offensé reçut un fort joli coup de sabre sur l'avant-bras, et tout fut dit. Le commis aux vivres qui déployait un courage si viril était cependant... une femme. Jurien de La Gravière nous conte comment il perça ce mystère. « Ce fut seulement la veille de sa mort que, de son propre mouvement, elle me fit un aveu qu'elle n'avait plus aucun intérêt à retenir. Elle me confia en même temps la triste histoire de ses infortunes. Cette histoire n'est pas nouvelle. C'est celle d'une pauvre jeune fille qui, trompée par un séducteur déloyal, avait fui le juste courroux de son père, négociant fort honorable de Versailles. Arrivée à Brest, elle avait abjuré son sexe, et une lettre de recommandation, arrachée par la pitié à la sœur de M. de Kermadec, lui avait fait obtenir le poste de commis aux vivres sur la Recherche. » Sa mort fut aussi stoïque que l'avait été sa rude existence de navigateur.

Au bout de quarante jours, les vents devinrent favorables

et permirent à la flotte de sortir du détroit de la Sonde. Le 4- avril 1705, elle entrait dans la baie de la Table. Jurien de La Gravière obtint de quitter le Dordrecht pour rejoindre, sur VJIougly, Rossel qui conservait les collections et tous les documents rassemblés pendant la campagne. Après s'être éternisé tant dans ce mouillage qu'à False Bay, ce vaisseau partit si inopinément que Rossel le manqua et dut prendre passage sur le brick de guerre chargé de protéger le convoi. — Resté seul avec M. de Trobriant sur YHougly, l'auteur des Souvenirs d'un amiral arriva rapidement à Sainte- Hélène; mais une division navale anglaise barra la route au navire, qui fut capturé sans la moindre résistance.

A cette époque, en effet, Pichegru avait envahi les Provinces-Unies, et la Hollande, devenue la République balave, était en guerre avec l'Angleterre. Des croiseurs envoyés par S. M. Britannique sur la route du convoi donnèrent la chasse aux retardataires de la flotte hollandaise. Six bâtiments furent atteints. L'obscurité sauva les autres, mais ne les sauva que jusqu'à l'entrée de la Manche, où de nouveaux croiseurs étaient postés. Aucun navire n'échappa, pas même le brick sur lequel Rossel était embarqué. Cette prise causa aux Hollandais une perte de cent cinquante millions environ.

Le commodore Essington fit transporter de VHougly sur son vaisseau le Sceptre tous les documents et toutes les collections provenant du voyage. Au mépris de la garantie de neutralité donnée par le gouvernement de Londres en 1791 et malgré les énergiques protestations de Trobriant et de Jurien de La Gravière, ces reliques furent confisquées, et la France n'en obtint la restitution qu'en 1802. Tandis que cet acte déloyal s'accomplissait, Rossel naviguait dans d'autres parages. Il serait donc absurde de prétendre avec Labillardière que cet officier livra nos collections aux

Anglais. De même que ses compagnons d'infortune, il n'avait eu qu'un but : faire profiter son pays des résultats de la campagne. Pris à la hauteur des Shetland, il dut se rendre à Londres. Au bout de quelques mois de séjour dans cette ville, il aurait vraisemblablement pu obtenir comme Jurien de La Gravière l'autorisation de rentrer en France; mais un sentiment d'horreur le fit reculer devant cette détermination : il venait d'apprendre que sa mère avait péri sur Féchafaud, partageant ainsi le sort de Marie-Antoinette. Pendant six ans, le chevalier de Rossel vécut à l'étranger. Après la paix d'Amiens, il répondit à l'appel du premier consul, qui le chargea de publier la relation de l'expédition à la recherche de Lapérouse.

Les papiers soustraits ne furent rendus que le jour où ils cessèrent d'être utiles à l'Angleterre. Ce n'est un secret pour personne que Famirauté anglaise se servit des plans de d'Entrecasteaux, dès 1797, pour faire reconnaître nos découvertes de la terre de Nuytz et de la partie sud de la terre de Van Diémen. La lecture attentive du Voyage aux terres australes pendant les années 1801 à 1803 * prouve assez clairement que Bass et Flinders s'inspirèrent des travaux de nos frégates. Nul ne songeait avant l'amiral français à considérer la Tasmanie comme une île distincte de la Nouvelle- Hollande, et c'est en suivant ses indications que les navigateurs anglais signalèrent le détroit de Bass. Sur l'île Bruny, sur le détroit de d'Entrecasteaux, sur la rivière du Nord, en un mot sur toute la côte sud de la terre de Van Diémen et principalement sur la région où fut fondée Hobart-Town en 1804, nous avions des droits acquis en 1792. Nos voisins d'outre-Manche , qui détenaient entre leurs mains la preuve sur laquelle se fondaient nos prétentions, n'eurent pas de peine à prévenir notre installation dans cette magnifique contrée. Pour couper court à toute contestation, le gouver-

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