I. Aiwii-Provcnce, IX8Î); Achille Makaire, éditeur
les services d'un tel homme fussent perdus pour la patrie. Résolu à quitter la France, où la vie lui était odieuse, le directeur adjoint des ports et arsenaux sollicita un poste éloigné. Le roi accéda à son désir, et « pour lui marquer sa satisfaction de ses précédents services » lui accorda une pension de deux mille livres sur le trésor royal *.
Le 1er mai 1785, d'Entrecasteaux reçut, en qualité de chef de division, le commandement delà station navale des mers de l'Inde.
Comme le bailli de Suffren, il devait consacrer toutes les ressources de son intelligence et tous les ressorts de son énergie à notre cause en Extrême Orient.
Suffren, de 1781 à 1783, tint constamment la mer avec de mauvais navires et des capitaines jaloux, dans des parages où la France n'avait pas de mouillage, et, malgré tous ces obstacles, il prit Trinquemalé, le meilleur port de l'île de Ceylan, délivra Tippo-Saïb dans Goudelour, défendit l'Inde et vainquit l'Anglais dans six combats glorieux2. S'il eut la tristesse d'assister en 1763 à la dislocation de notre domaine colonial, s'il eut la déception, vingt ans plus tard, de remporter sur les détenteurs de notre empire indien des triomphes stériles, il dut au moins éprouver la satisfaction d'avoir soutenu contre vents et marées, par la seule force de son génie, l'honneur de la France. Suffren est célèbre, et jamais réputation ne fut mieux méritée. Cent ans après, nous l'acclamons encore, jetant l'effroi et l'épouvante clans l'âme de ceux-là même qui devaient, après le traite de
1. Voir archives de la Marine; d'Enlrecasteaux, dossier personnel, anvier 1785.
2. Voir les Gloires maritimes de la France, par I». Lcvut et A. Donneaud. Artlms Bertrand, édit., 1866
H ENTRECASTEAUX. i
Versailles comme après le traité de Paris, édifier sur nos ruines l'empire anglo-indien.
D'Entrecasleaux, de 1785 à 1790, disposant de ressources dérisoires et d'un matériel en mauvais état, fit respecter notre pavillon de la mer Rouge à la mer de Chine. Avec une clairvoyance prophétique, il dénonça les visées de la politique anglaise, signala les vices de notre organisation coloniale et les moyens d'y remédier, entrevit dans un mirage notre empire indo-chinois et fixa nos regards sur le commerce de l'Extrême Orient. Il se révéla, pendant sa campagne de l'Inde en Chine, navigateur de premier ordre ; à Canton, négociateur ingénieux; dans son gouvernement des Mascareignes, administrateur perspicace et ferme.
Quoique d'Entrecasteaux n'ait pu, à l'égal de son illustre parent, déployer ses vertus guerrières, sa correspondance nous montre combien il était préparé à l'éventualité d'une guerre. Cet homme intègre et bienveillant était de ceux qui, dédaignant les rivalités et se jouant du péril, ne se laissent ni intimider ni surprendre.
Dans sa dernière expédition, il étonnera ses lieutenants par la solidité et la variété de ses connaissances autant que par son souverain mépris de la mort. Mais, avant de le suivre en Océanie, il nous faut aborder la partie la moins connue, et non la moins intéressante, de sa magnifique carrière.