DIALECTES ET LANGUES COMMUNES
romaine (146 av. J.-C.), l'union des Latins et des Grecs devenant plus étroite, ceux-ci prirent le nom de Ῥωμαῖοι, Romains!. Il s’est conservé dans le pays jusqu’à ce jour, sous la forme ἱῬωμιός, plur. ῬΡωμιοί (pron. romyi), à côté de l’ancien terme de Ἕλληνες qui, pour des raisons nationales, regagne peu à peu du terrain.
Les expressions les plus courantes pour désigner la langue grecque et son emploi sont h ἑλληνιχὴ Ὑλῶσσα (Hérodote), ἡ «(Ἑλλὰς (Lucien); ἑλληνιστί ou ἐλληνιχῶς « en grec », ἑλληνίζω « parler grec ». Aujourd'hui ἡ ξλληνιχή, τὰ ξλλης γιχά signifie le grec en général et τὰ ῥωμαίχα, le grec usuel ; voir pages 55-59.
$ Ὁ. -- Dialectes et langues communes.
Il est indispensable, pour l'intelligence de ce qui va suivre, d'expliquer ici deux termes qui reviendront plus d’une fois au cours de cet exposé : ceux de dialecte et de langue commune.
Un enfant qui apprend à parler fait toujours preuve d’individualité : il prononce à sa façon et modifie les formes grammaticales : il dira par exemple εὑ sval (cheval), des svals. Mais ses parents le corrigent et parviennent peu à peu, quelquefois non sans peine, à le faire s'exprimer comme eux. La langue de la famille se trouve ainsi soumise à deux tendances différentes : elle est
4. C’est là un cas tout différent du précédent; voir page 5. D'HOMÈRE ἃ NOS JOURS. 5
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maintenue dans l’unité par le fait des parents, elle tend à la diversité par celui des enfants; centralisation d’une part, décentralisation de l'autre. Cette observation s'applique tout aussi bien à des cercles plus larges. Dans les langues, c’est, suivant les circonstances, tantôt l’une, tantôt l’autre de ces deux tendances qui l’emporte. Des gens fondent un village au milieu des montagnes et coupent, ou rendent plus difliciles, les communications entre eux et la localité qu'ils ont. quittée : décentralisation, diversité de langage après quelques générations. Aïlleurs, entre le continent et une île à peu près isolée jusque-là, on établit un service régulier de bateaux : centralisation; les parlers se rapprochent, et si les communications deviennent fréquentes, ils finissent par se confondre. La décentralisation produit le dialecte, la centralisation crée la langue commune.
Quand les Romains implantèrent le latin en Gaule, au 1°" siècle avant notre ère, il se trouvait à l’état de langue commune. Mais la période d'unité administrative dans ce pays fut de courte durée. Avec la déchéance de l’Empire et l’arrivée des Barbares commença une période de décentralisation. La vie devint de plus en plus localisée. Ainsi se formèrent de petites unités linguistiques, qui ne sont autres que nos patois!.
1. ll n'est donc pas exact de dire que les patois sont du français déformé. Tous les patois subissent l'influence du français, mais, par leur origine, ils en sont indépendants.
Cependant de nouveaux facteurs politiques et sociaux firent sentir leur action. Une vie provinciale s’éveilla. Pour des raisons historiques, quelques-uns de ces parlers locaux prirent le pas sur les autres; ils se répandirent, devinrent dialectes, et même dialectes littéraires : le latin transformé se partagea ainsi en langue d'oc (gascon, languedocien, limousin, provençal, dauphinois, savoyard) et en langue d’oil (français, picard, normand, bourguignon). Enfin, dès le ΧΙ" siècle, après l'avènement des Capétiens, un pouvoir central se substitua progressivement aux pouvoirs féodaux; [16 de France devint le siège du royaume, et pour cette raison le dialecte fran- 0815 évinça peu à peu ses concurrents. À l’heure présente les patois sont en voie de disparition; nous sommes dans une période de langue commune.
Pour qu'on puisse employer ce terme, il n’est d’ailleurs nullement nécessaire que tous les habitants d’un pays parlent identiquement de même, condition qui ne se trouve jamais réalisée. IL sufht qu'il existe une règle, admise par tous et à laquelle chacun essaie de se conformer.
Ces quelques observations vont trouver leur application dans l’histoire de la langue grecque.
$ 6. — Les dialectes grecs.
C’est comme un assemblage de dialectes que le grec s’offre à nous, depuis les poèmes homé-
riques, qui sont les plus anciens textes que nous en possédions, jusqu'à l’époque d'Alexandre. Ces dialectes ont entre eux des points communs, qui les différencient du latin ou du celtique par exemple. Il est donc probable que ce sont les débris d’une langue commune, issue de lindoeuropéen, et dont fnous ne savons rien historiquement.
Deux raisons principales ont créé et maintenu ce morcellement linguistique de la Grèce : les invasions successives, chaque peuplade apportant son dialecte; puis la nature du pays, où de nombreuses iles et de hautes montagnes font obstacle aux communications.
En Grèce, de même qu'en France, ces dialectes se subdivisaient en un nombre considérable de patois; chaque bourgade, chaque agglomération avait le sien. Maïs une foule de ces patois ont disparu sans laisser de traces. Seuls les parlers de certains centres, et plus encore les grands dialectes, sont connus de nous, par des inseriptions, des textes littéraires, des témoignages de grammairiens ou de lexicographes.
Ces dialectes, tels que nous les trouvons répartis à l’époque historique, après les invasions doriennes, comprennent quatre groupes princi-
Bibliographie. MEILLET, Aperçu d’une histoire de la langue grecque (Hachette), 2° éd. 1921. — Taumr, Handbuch der griechischen Dialekte, Heidelberg (Winter), 1909. — Bucx, Introduction to the Study of the Greek Dialects, Chicago et Londres, 1910. AUpOuIN, Etude sommaire des dialectes grecs littéraires autres que l'attique, Paris (Klincksieck), 4891 (élémentaire et vieilli).
paux, correspondant aux quatre mouvements de peuplades envisagés plus haut (p. 22 et suiv.)
{ΠΠΠ] /orrer-attique.
Eolien .
Arcado-chypriote.
Drelectes du nord-ouvesé.
Fig. 15, — Carte schématique des dialectes de la Grèce continentale dans la période historique.
Vionien, l'éolien, l'arcado-chypriote, et le dorien auquel se rattachent, d’ailleurs peu étroitement, certains parlers du nord-ouest.
4. Les élèves qui ne connaissent pas encore la grammaire grecque
feront bien de ne pas s'arrêter au détail des pages imprimées en petits caractères.
Nous nous bornerons, dans les lignes qui vont suivre, à caractériser brièvement chacun de ces dialectes, sans vouloir être complet et en renvoyant pour le détail, soit aux grammaires, soit aux ouvrages spéciaux mentionnés dans la note bibliographique. De plus nous passerons sous silence les différences de vocabulaire qui existaient dans les dialectes à l’époque historique. Elles sont naturellement très nombreuses et ce que nous en révèlent les inscriptions ou les textes est encore peu de chose par rapport à la réalité.
|. Groupe ionien. — Ce groupe se subdivise en deux branches : l’attique et l'ionien proprement dit.
L'attique, parlé dans la contrée du même nom, fut tout ce qui subsista du dialecte ionien sur le continent. Mais des colons, à des dates diverses, portèrent l'ionien très au loin : en Eubée: dans les iles de l’Archipel situées au nord de la ligne Mélos-Théra-Kalymmos, l'ile de Lesbos exceptée; sur la côte d'Asie Mineure, depuis Halicarnasse jusqu'à Smyrne et à Phocée (là était l’opulente lonie); aux bords de l'Hellespont; dans la presqu'ile chalcidique; au nord-est de la Sicile; à Naples et à Cumes; à Marseille et à Agde (anciennement ’Aysr).
Au point de vue grammatical, l'attique et l'ionien eurent en commun, et exclusivement à eux deux, certains phénomènes dont les plus courants sont :
1. Le changement de ἃ en ἢ : lat. mater, grec μάτηρ, ion.-att. μήτηρ.
2. La métathèse dite de quantité : λᾶός « peuple », ion.att. ληός (type μάτηρ. μήτηρ), puis par métathèse de quantité, λεώς 3.
1. On verra tout à l'heure que l’ionien a été plus loin que l’attique dans cette voie.
2. En d’autres termes, le groupe vocalique σῷ s'est changé en v-;
d’où le nom de métathèse de quantité. Mais cette appellation n’est
he.
“ὦ. édit): Éd ΑΝ Le νυ μων,
3. Le ν euphonique, appelé aussi éphelcystique, à cause de son nom grec, νῦ ἐφελχυστιχόν, qui signifie « attiré à la suite » : ἔστι(ν) ἄνθοιυπος « il est un homme ».
L’attique se séparait de l'ionien par les principaux points suivants :