‹ D'Homère à nos jours; histoire, écriture, prononciation du grec. --Chapitre 15 sur 65 · Grande propension à la contraction des voyelles · texte numérisé non relu

Grande propension à la contraction des voyelles

2. Groupe ττ en regard de l’ionien 05 : ion. θάλασσα « mer », att. θάλαττα.

3. Groupe pp au lieu de l’ionien gs : ion. ἄρσην et ἔρσην « mâle », att. ἄρρην.

L'ionien se séparait de l’attique par les principaux points suivants :

1. Changement de « en ἡ après €, τ, uv, p? : att. θέατρον « théâtre », ion. θέητρον; att. ἰατρός « médecin », ἘΝ ἰητρός; att. σοφία « savoir », ion σοφίη; att. σιχύα « figuier », ion. otxûn ; att. ἡμέρα « jour », ion. ἡμέρη.

2. Perte de l’aspiration initiale : att. ὅλος « entier », ion. οὖλος; att. ἥλιος, « soleil », ionien homérique ἠέλιος; att. ἀφιχνοῦμαι « j'arrive.» (pour ἀπ᾽ ἱχνέομαι), ion ἀπιχνέομαι. Les formes jioniennes δέχομαι « je reçois », αὖτις « de nouveau », en regard de l’attique δέχομαι, αὖθις, ne témoignent pas d'une désaspiration ionienne, mais d’une aspiration attique.

3. Gutturale en regard de labiale, dans l’ionien d'Hérodote : att. πόσος. « combien », ion. χόσος: att. ὅπως « Comme », ion. ὅχως.

Il. Groupe éolien. — Le terme d’éolien ἃ eu dans l’antiquité deux sens. On entendait par là, tantôt le dialecte

pas rigoureusement exacte : un 0 allongé devient οὐ (page 36) et non w. C'est le timbre, et non la durée, qui ἃ joué ici le rôle important. 1. Ce phènomène, comme le suivant, existait aussi en Eubée, île voisine de l’Attique.

2. L’attique n’a pas poussé jusque-là le changement de x en ἡ. En pareil cas | x attique était anciennement fermé (page 418).

des lyriques lesbiens, Alcée et Sapho, tantôt tout ce qui n’était ni ionien-attique, ni dorien. Les hellénistes modernes donnent à ce mot une troisième acception. L’éolien est pour eux ce qui reste de l’achéen du nord-est. Il se partage en trois branches : l’éolien d'Asie (de Smyrne à l'Hellespont, l’île de Lesbos y comprise), le thessalien et le béotien.

Dans ces dialectes quelques phénomènes, trop spéciaux pour être mentionnés ici, témoignent, croit-on, de l’ancienne unité achéenne. Mais en fait les liens qui rattachent entre eux le lesbien (notre source principale pour l’éolien d’Asie), le thessalien et le béotien, sont déjà assez lâches : la mer, la plaine, la montagne, formaient ici une triple délimitation sociale, et par conséquent linguistique. On peut néanmoins signaler comme phénomènes éoliens :

1. Le x initial correspondant à τ : vieil ion. τέσσαρες (Homère) « quatre », att. τέτταρες, nouvel ion. τέσσερες (Hérodote), lesb. πέσσυρες. béot. πέτταρες" ; la forme thessalienne fait défaut. Au même ordre de phénomènes se rapporte Θεσσαλὸς « Thessalien », att. Θετταλός, béot. Φετταλός, thess. Πετθαλός.

2. Le participe parfait actif en -wv, comme le présent, au lieu de -ὡς : πεποιηχών au lieu de πεποιηχώς « ayant fait ».

3. Le patronymique exprimé, non par le génitif du nom paternel, mais par un adjectif dérivé : att. Φίλιππος ᾿Αντιφάvous « Philippe (fils) d'Antiphane », éol. Φίλιππος ᾿Αντιφάvetos. « Philippe Antiphanien ».

Les phénomènes lesbiens les plus connus sont :

1. Le recul de l’accent : πόταμος « rivière ». βασίλευς « roi », λεῦχος, « blanc », etc., au lieu de ποταμός, βασιλεύς, λευχός, etc.

4. Pour le groupe 77, le béotien offrait avec l’attique des analogies, mais non une identité absolue.

£a ere

2. La diphtongue αἱ dans des formes comme παῖσα « toute », ion.-att. πᾶσα, provenant de πάνσα. - 3. La consonne redoublée dans des formes comme Eu : « je suis », ion.-att. εἰμί, provenant de ‘esmi, ξέννος « étranger », ion.-att. ξένος, provenant de ξένος.

III. Groupe arcado-chypriote. — Du grand domaine linguistique des Achéens dans le Péloponèse et dans les iles, les invasions doriennes n'ont laissé subsister que trois ilots : l’arcadien, au centre même du Péloponèse; et, très loin vers le sud, le chypriote, auquel se rattache le pamphylien, sur la côte asiatique voisine.

Le trait principal de ce groupe est le changement de ὁ en v, correspondant à ou français (ἀπὺ pour ἀπὸ « de ») et celui de ε en τ devant v (tv pour ἐν « dans »)!. On en conclut que l’achéen devait posséder des o et des = très fermés.

IV. Groupe dorien. — À l’époque historique le dorien était parlé : à Mégare et Corinthe; dans le Péloponèse : en Argolide, Laconie, Messénie et Achaïe?; dans les iles méridionales de l’Archipel, à partir de la ligne Mélos- Théra-Kalymnos (la Crète y comprise); sur certains points de la côte méridionale d'Asie Mineure, à partir d’Halicarnasse; sur le Bosphore : à Byzantion (plus tard Byzance) et à Chalcédoine qui lui fait face; dans les Sept-iles : à Corcyre (aujourd’hui Corfou), Leucade, Ithaque, Céphalonie, Zante; sur la côte d'Afrique : en Cyrénaïque; au sud et au sud-ouest de la Sicile, notamment à Syracuse: dans la péninsule italique : à Tarente.

1. Cet iv pour ἐν est également attesté en Crète, où les Doriens se superposèrent aux Achéens (voir le passage de l'Odyssée cité page 19, note). et l’on considère cette forme crétoise comme un achéisme.

2, Le fait que cette dernière région, voisine de J’Arcadie, conserva ce nom permet cependant de supposer qu’elle garda longtemps un caractère achéen.

Plusieurs faits, ordinairement donnés comme caractéristiques du dorien, ne sont tels que par comparaison avec l’ionien-attique; c’est ce groupe qui ἃ innové, alors que le dorien au contraire restait fidèle à la tradition.

Ainsi le dorien dit μάτηρ (lat. mater). Il a conservé l’& indo-européen, et il a cela de commun avec tous les autres dialectes grecs. Seul l’ionien-attique dit μήτηρ; il a changé l’x en r.

Le dorien dit encore δίδωτι « il donne », λύοντι « ils délient », avec un + conforme à la tradition (comparer ἐστί « il est »). L'ion.-att. et la plupart des autres dialectes ont le type δίδωσι, λύονσι (d’où en ion.-att. λύουσι) ; 115 ont changé zen *-r51, puis en -σι:

On peut considérer comme caractéristiques du dorien les quelques phénomènes que voici :

1. Les gén. plur. en ἂν provenant de -ἄων, ion. -éwv, att. ὧν : dor. ὃραγμᾶν « des drachmes », ion. δραχμέων, att. ôpauv; dor. νεανιᾶν « des jeunes gens », ion. νεηνιέων, att. νεανιων.

2. Les premières personnes du pluriel en -μὲς, autres dialectes -usv : dor. εὑρίσχομες « nous trouvons », autres dial. εὑρίσχομεν.

3. Les futurs en -σέω (plus tard en -σίω et -σῷ) dits futurs doriens et correspondant à des futurs en -5sw dans les autres groupes : dor. πραξέω, πραξίω, πραξῶ « je ferai », autres dial. πράξω.

4. Les aoristes en x correspondant à certains présents en -{w (autres dialectes -5a) : χομίζω « je prends soin, je porte », dor. ἐκόμιξα, autres dial. ἐχόμισα. Ce phénomène est la règle générale dans le groupe dorien et l'exception partout ailleurs.

En regard de ces traits qui leur étaient communs, les

4. Ce futur se présente aussi en ion.-att., mais exceptionnellement : -

ἐσσεῖται --- ἔσται « il sera », πεσέονται — πέσονται « ils tomberont » (Homère), φευξοῦμαι — φεύξωμαι « je partirai » (Euripide).

parlers du groupe dorien offraient d’ailleurs bien des

divergences de détail, qu'il n’y ἃ pas lieu de mentionner ers », q À

On rapproche du groupe dorien les parlers du nordouest : Phocide (Delphes, fouilles françaises; fig. 1 et 27- 29), Locride, Étolie, Acarnanie, Épire ; et dans le Péloponèse, Élide (Olympie, fouilles allemandes; fig. 26). Outre les phénomènes qui leur sont communs avec le dorien, mais qui n’impliquent pas nécessairement une étroite parenté, ces parlers ont en propre :

l. Le changement de ἐρ en ap : φάρω pour φέρω « je porte ».

ὦ. Le changement de 69 en στ: type λύεσται pour λύεσθαι « être délié ».

Dialectes littéraires. — Dans la Grèce ancienne, comme dans la France du moyen âge, tandis que les patois locaux restaient relégués au rang d'idiomes familiers, les dialectes tendirent à devenir des instruments littéraires. On écrivit donc en ionien, en dorien, en attique, tout comme chez nous en langue d’oc ou d’oil. Mais, fait particulier à la Grèce, il arriva souvent que tel dialecte, une fois employé avec succès dans un certain genre poétique, se cristallisa dans ce genre et en devint inséparable; des auteurs s’en servirent, bien que ce ne fut pas leur dialecte maternel : Hésiode, béotien, emploie la langue homérique; Théognis, de Mégare, et par conséquent dorien, écrit ses élégies en ionien; Sophocle, né à Colone, à quelques kilomètres d'Athènes, a rédigé les parties lyriques de ses tragédies en dorien. IH en

résulte que, pour indiquer brièvement quelle fut . la répartition littéraire des dialectes, le plus simple est d'adopter une division sommaire par genres.

POÉSIE ÉPIQUE ET DIDACTIQUE. — C’est sous un aspect généralionien que nous connaissons les poèmes homériques. Cependant on y trouve des. éolismes fréquents. Le fond en est vraisemblablement un éolien d'Asie Mineure qui, lorsque ces poèmes passèrent par des pays ioniens, dans la . bouche des aëdes, se chargea d’ionismes de »

plus en plus nombreux. De toute façon la langue des poèmes homériques est une langue littéraire, artificielle en un sens; elle n’a jamais été employée telle quelle dans une conversation courante.

On sait qu'elle a servi de modèle à toute la poésie épique ultérieure, ainsi qu'à la poésie didactique (mythologique. philosophique, etc.). Au commencement du 11° siècle de notre ère, Oppien d’Anazarbe (Cilicie) rédigeait encore ses : Halieutiques (Poème sur la pêche) en langue | homérique.

POÉSIE LYRIQUE. — On trouve des traces plus ou moins profondes de l'influence homérique dans toute la poésie ancienne; mais cette influence … est particulièrement sensible dans les genres qui emploient, comme les poèmes homériques, le rythme dactylique (-w). Telle l’élégie, composée

LES DIALECTES GRECS πὸ

d'hexamètres et de pentamètres formant distiques; en lonie asiatique, elle ἃ pour dialecte propre l’ionien, avec de nombreuses imitations homériques. Telle encore l’épigramme, qui comporte elle aussi le distique; mais celle-ci, plus familière, subit plus aisément les influences locales.

La satire au contraire, avec son rythme iambique (+-) est, dès son origine, nettement indépendante. Production ionienne, elle ἃ pour langue lionien, non plus homérique, mais courant, à fort peu d’exceptions près.

Les lyriques éoliens, Alcée et Sapho (de Lesbos), Corinne (de Tanagra, en Béotie) emploient des rythmes particuliers, qui sont des rythmes de chansons. Leur langue aussi est particulière; c’est; pour les deux premiers le lesbien, et pour Corinne le béotien.

Quant à la lyrique chorale, qu’on appelle aussi dorienne, parce que c’est chez les Doriens qu'elle a pris son essor, on sait quels en sont les deux traits principaux. Elle n’est pas l’œuvre de Doriens, mais d'étrangers mandés pour prêter leur art à des populations trop rudes : Terpandre et Alcman, les plus anciens d’entre eux, étaient, Pun de Lesbos, l’autre de Sardes ; / Pindare, le plus célèbre, était béotien. C’est de plus une poésie faite, non pour des personnes isolées, mais pour des groupes; non pour la vie individuelle, mais pour la vie publique. La langue de la lyrique

chorale est, dans l’ensemble, du dorien, avec des influences éoliennes et aussi d'assez nombreuses imitations homériques.

POÉSIE DRAMATIQUE. — Dans la tragédie, qui est née et s’est développée en Attique, le chœur warde la langue de la lyrique chorale, mais en l’atténuant; la marque principale en reste l’z dorien, au lieu de l’ ionien-attique : μάτηρ au lieu de μήτηρ. Le dialogue, dont le mètre est iambique ou trochaïque, se fait en un attique fortement teinté d’ionismes : ainsi les tragiques emploient 55 et ps, alors qu'on prononçait à Athènes 7: et po : γλῶσσα « langue », ἄρσην « mâle ».

La comédie devait, par essence, recourir à des parlers locaux. Épicharme, qui la fit fleurir à Syracuse, s’est servi du dialecte de cette ville. Quand le genre passa à Athènes, ce fut l’attique qui y devint de règle.

LA PROSE. — On ne trouve pas en prose la même diversité dialectale qu’en poésie. Le développement de la prose a été conditionné par celui de l’histoire, de l’éloquence, de la philosophie, de la géographie, etc. Ce furent les Iloniens qui, les premiers, cultivèrent ces diverses

1. On sait qu'Aristophane, eutre autres, ἃ mis en scène un Béotien (Acharniens, 729-835), un Mégarien (ibid., 860-954) et des Spartiates (Lysistrata, 81-240, 980-1013, 4076-1188, 1242-1321), parlant chacun leur dialecte; mais l’imitation n’était sans ddute qu’approximative, à peu près comme chez Molière dans des cas semblables.

branches; ainsi naquit une prose ionienne qui se généralisa. On ne saurait être surpris qu'Hérodote, d'Halicarnasse, ville dorienne, aït écrit en

ionien, car au γ᾽ siècle l’ionien avait pénétré dans cette ville; mais dans le même temps un logographe comme Hellanicos de Lesbos, un médecin comme Hippocrate de Cos, îles dans lesquelles on parlait lesbien et dorien, écrivent eux aussi en ionien. On possède bien quelques traités de l’école pythagoricienne provenant de Sicile et rédigés en dorien, mais ils constituent une excepton. L’ionien tendait à devenir la langue courante de la prose par toute la Grèce.

C'est ce qui serait arrivé, si Athènes, dès le γ᾽ siècle, n'avait acquis la prépondérance politique et intellectuelle. Les rôles, dès lors, furent renversés : l’attique l’emporta sur l’ionien. Au début, des Athéniens comme Thucydide gardent encore les groupes ioniens 55 et 56 par exemple, maïs bientôt le pur attique s'implante dans la prose. Il est illustré par des œuvres comme celles des grands orateurs et de Platon; c’est la langue de la prose grecque à l’époque classique ; elle brille d’un 51 vif éclat que, dix-sept siècles plus tard, des auteurs comme Anne Comnène la prennent encore comme modèle.

Principaux auteurs ioniens., — Poésie épique et didactique : HOMÈRE, HÉSIODE; 11° s. av. APOLLONIOS de Rhodes, Argonautiques; 1Ve ap. QuiNrus de Smyrne, La suile d'Homéère; ve ap. NonNos de Panopolis, Diony-

siaques. — 11° ap. ΟΡΡΙΕΝ de Cilicie, /alieutiques ; 1° ap. ΟΡΡΙΕΝ le Syrien, Cynégétiques. — wie-ve av. fragments poétiques des philosophes XÉNOPHANE, PARMÉNIDE, EMPÉ- DOCLE. Ve ap. PRoCLOS de Constantinople, ymnes.

Poésie lyrique : vie av. CaLLINOS d’Éphèse, MIMNERME de Colophon. vn‘-vi® av. ARCHILOQUE de Paros, SIMONIDE d’Amorgos. vI® av. PHOCYLIDE de Milet, ΗΙΡΡΟΝΑΧ d’'Éphèse. VIS-V® av. ANACRÉON de Téos. 1° av. CALLIMAQUE de Cyrène, hymnes 1-4.

Mimes : 11e av. HÉRONDAS.

Prose : v° av. HÉCATÉE de Milet, historien; HÉRODOTE d'Halicarnasse, historien. ve-rv° av. HIPPOCRATE de Cos, 4 médecin. n° ap. ARRIEN de Nicomédie, géographe.

Principaux auteurs attiques. — Tragédie : ve av. ESCHYLE, SOPHOCLE, EURIPIDE. — Comédie. w°-1y® av. ARISTOPHANE. 1V-11Ie av. MÉNANDRE.

Philosophie : ve-rv° av. PLATON.

Éloquence : V® av. ANTIPHON, GORGIAS. V'-IV£ av. LysI4s, ISOCRATE, ÎISÉE, HYPÉRIDE. IVe-11e av. ESCHINE, DÉMOSTHÈNE.

Histoire : ve av. THUCYDIDE. Ve-1Ve av. XÉNOPHON. 3

Polygraphie : IV® av. ARISTOTE.

Principaux auteurs éoliens. — Vii®-VI® av. ALCÉE et ΘΆΡΗΟ, de Lesbos. vif av. CORINNE de Tanagra. THÉOCRITE a imité le dialecte lesbien dans ses idylles 28, 29 et 30. :

Principaux auteurs doriens. — Poésie chorale vil® 5. av. ALCMAN de Sardes. vi-Vi® av. STÉSICHORE d'Himère. vie 5. av. IByCos de Rhegium. vi®-v® av. Simo- NIDE de (‘éos, PINDARE de Cynocéphales (Béotie). 4° av. BaccuyLine de Céos. 1πὸ av. CALLIMAQUE de Cyrène, hymnes » et 6. |

Poésie dramatique : vi‘-Ve av. ÉPICHARME de Syracuse, ὦ comédies. ve av, SOPHRoN de Syracuse, mimes.

Poésie bucolique : 11° av. THÉOCRITE de Syracuse.

Sciences : 11° av. ARCHIMÈDE de Syracuse.

és. À: τὼν

$ 7. — Le grec commun.

La suprématie politique d'Athènes ἃ pour limites le siècle dit de Périclès. Elle est établie après la bataille de Salamine (480), chancelle avec la guerre du Péloponèse (431), et dès 404 les Spartiates détruisent les murs d’Athènes. Triomphe d’ailleurs tout éphémère : par la victoire de Chéronée (338) Philippe, souverain hellénisé de Macédoine, marque sa mainmise sur la Grèce. Pour la première fois depuis qu'elle nous apparait dans l’histoire, celle-ci est réunie sous un seul sceptre; quatre ans plus tard, Alexandre, fils de Philippe, conduit l’ensemble des Hellènes à la conquête de l'Égypte et de la Perse.

A la mort de ce prince (323 av.), la vie du pays se trouve profondément modifiée. Athènes garde encore, pour un temps, son prestige littéraire et artistique, mais n'est plus, politiquement, qu’une ville de second ordre. Des cités nouvelles, qui deviendront rapidement de grands centres, sont fondées ou vont l'être : Alexandrie d'Égypte (331), Antioche, en face de Chypre (300), Pergame, en face de Lesbos (283). Au prix de beaucoup de sang versé, le commerce et l’industrie prennent un prodigieux essor; les anciennes limites locales sont brisées et le resteront, même quand l’empire

d'Alexandre s’elfritera; on communique aisément D'HOMÈRE A NOS JOURS. 4

et fréquemment d’un bout de l'Hellade à lPautre. Alors se constitue la langue commune grecque, la χοινή. que d'ailleurs on sentait poindre dès l'antiquité classique. La domination romaine qui viendra plus tard (146 av. - 324. ap.) ne fera qu'affermir cette langue commune.

Nos principales sources d’information relativement à la χοινή se ramènent à six : 1° inscriptions; 2° papyrus; 3° textes bibliques; 4° témoignages des grammairiens; 9° grec moderne :

6° œuvres littéraires.

Les inscriptions de la période postelassique sont très nombreuses. Ayant toujours un caractère plus ou moins ofliciel, elles n’offrent en général que des renseignements peu importants sur la langue parlée.

I] en va tout autrement des papyrus. Les plus anciens papyrus grecs datent de la fin du τυ" siècle avant notre ère; les plus récents appartiennent au x°?. Certains d’entre eux nous conservent des textes littéraires, mais la plupart renferment des documents publics ou privés, dont les plus précieux pour la connaissance de la langue courante sont ceux qui ont pour auteurs des gens peu instruits (voir fi. 19 et 20).

1. A côté de ce terme on emploie aussi celui de grec hellénistique, qui désigne, pour les uns, le grec de la période alexandrine, et pour les autres, la xotvr elle-même dans son sens le plus large.

2, Aujourd’hui encore on fabrique en Sicile, à Syracuse, au moyen

de plantes cultivées sur les lieux, des feuilles de papyrus de petite dimension qu’on vend aux touristes à titre de curiosité.

L’Ancien Testament, traduit de l’hébreu (r11° et 11° siècle av.), le Nouveau Testament composé en grec, (1°* et 11° siècle ap.), tous deux destinés à la foule et rédigés en conséquence, coïncident avec les papyrus sur bien des points et les complètent sur d’autres.

Lorsqu'un grammairien comme Phrynicos (1° ap.), poussé par des préoccupations d’atticisme qui furent celles de nombre de gens à l’époque gréco-romaine, écrit : « Gardez-vous bien d’employer λιθάριον (petite pierre); dites λιθίδιον », on en peut conclure que de son temps λιθάριον était déjà la forme courante. En effet, l'exemple le plus ancien que nous en ayons est de Théophraste (1v°-1n° av.) et on la retrouve dans le grec moderne λιθάρι « pierre ». Les cas de ce genre sont nombreux, comme aussi ceux où le grec moderne, corroboré ou non par des textes anciens, permet de restituer telle ou telle forme commune.

Des écrivains comme Polybe (1° av.), Diodore de Sicile (1 av.), Strabon (τ av.-1‘ ap.), Plutarque (1° av.-11° ap.), pour ne rien dire de ceux qui, comme Lucien, visent à l’atticisme, sont loin de nous fournir des renseignements aussi précis sur la langue parlée à leur époque; ils subissent l'influence d’une tradition littéraire. Souvent pourtant on peut puiser chez eux d'’utiles informations.

La langue que nous apercevons ainsi repose

sur l’ionien, mais un ionien qui s’était déjà fortement mélangé d’attique à l’époque de la suprématie athénienne. Ainsi, c’est le traitement attique de Ια qui a persisté dans la χοινή : ἡμέρα, ἡμέρας «jour » (ion. ἡμέρη, ἡμέρης). On y décline aussi, à la façon attique : πολίτης, πολίτου « citoyen » (ion. πολίτης, πολίτεω), πόλις, πόλεώς « Mille(ion. nue), etc. En revanche, à part quelques formes avec ττ et pe, passées anciennement de l'attique en ionien, c’est l’ionien 55 et ps qui ἃ prévalu dans la langue commune. On a également sacrifié le type attique ὁ λαγώς, τοῦ λαγώ « le lièvre » à l’ionien plus régulier ὁ λαγός, τοῦ λαγοῦ; etc.

Remarquablement peu nombreux sont les mots ou formes venus d’autres dialectes que l’ionienattique : λοχαγός « capitaine » (en regard de στρατηγός « général), γαός, « temple » (att. νεώς, 1on. vnès), λαός « peuple » (att. λεώς, ion. rare Aéc), sont des infiltrations doriennes dont la première apparait, en attique méme, dès le v° siècle avant notre ère.

Il va de soi que la langue commune présente, outre ce mélange dialectal, des innovations qui lui sont propres. Une langue en eflet ne traverse pas une période de plusieurs siècles sans qu'évoluent ses sons, ses formes, sa syntaxe et son vocabulaire. On ne saurait entrer ici dans le détail de cette question, mais du moins peut-on dire que la tendance générale a été une simplifi-

cation : le grec commun est moins complexe que le grec ancien.

C’est dès les premiers siècles de notre ère que les dialectes ont été, dans l'usage parlé, supplantés par la langue commune. Il ne semble pas qu’à cette époque aucun dialecte subsistät encore dans les villes. En revanche divers témoignages d'auteurs anciens permettent d’ailirmer qu'au 1° encore il n’en était pas de même dans certaines campagnes : des dialectes s’y conservaient à l’état de patois. Cet état de choses ἃ sans doute été de courte durée.

La disparition des particularités dialectales fut totale, à bien peu de chose près. Celles qui ont persisté jusqu’à nous sont locales et extraordinairement rares : le tsakonien, dialecte parlé sur la côte orientale du Péloponèse, à une quarantaine de kilomètres au sud de Nauplie, ἃ conservé des + doriens; on y dit par exemple ἁ 3»£52 pour ἡ ἡμέρα « le Jour », à μάτη (pron. a ma'til) pour ἢ μήτηρ « la mère », σάμερε pour σήμερον « aujourd’hui », etc°.

4. Dans les transcriptions l’aigu marque l'accent tonique. Voy. pages 102 et suiv.

2, L'ouvrage de Thumb cité à la bibliographie de la page 36 donne comme dorismes tsakoniens quelques autres phénomènes qui n’en sont certainement pas.

En 146 avant J.-C., la Grèce devient province romaine; en 324, Constantin transporte la capitale de son empire, des bords du Tibre aux rives du Bosphore, et sur l'emplacement de Byzance fonde Constantinople (Κωνσταντινούπολις « ville de Constantin »), qu'on appelait aussi « Nouvelle Rome », νέα Ῥώμη. Dès lors c'en est fait de la prépondérance occidentale; la scission entre Byzance et Rome sera définitive en 394, à la mort de Théodose. Néanmoins l'influence romaine continue, durant plusieurs siècles encore, à faire sentir son action, qui ne cesse guère qu'après Justinien (νι siècle). Le cérémonial des empereurs en ἃ même conservé des vestiges jusqu'au x° siècle : à la cour de Constantin Porphyrogénète on disait par exemple χονσέρβετ Δέους ἡμπέριουμ, βέστρουμ., qu'on prononçait Æonnsè'rvèt èe ous! immpè rioum vè'stroum, « conservet Deus imperium vestrum ».

On sait, par la disparition rapide du gaulois notamment, quelle force de pénétration avait le latin. On a vu (p. 33), par Le mot ἹῬωμιοί, combien

Bibliographie. KRuMBACHER, Geschichte der byzantinischen Lilleratur, Munich (Beck), 2° édit., 1897; traduction grecque moderne. par SoriRtADIS, Athènes (Bibliothèque Marasli), 3 vol. 1897-1900. PERNOT, Grammaire de grec moderne (langue parlée), Garnier, 4° édit., 1921, Recueil de textes en grec usuel, avec traduction française, notes et

remarques étymologiques, Garnier, 1918. — PERNOT et POLACGK, Grammaire de grec moderne {langue officielle), Garnier, 1918.

Page 1