‹ D'Homère à nos jours; histoire, écriture, prononciation du grec. --Chapitre 16 sur 65 · Pour le son réndu ici par à, voir page · texte numérisé non relu

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fut grande en Grèce l'influence de Rome. La survivance du grec dans de telles conditions est un fait remarquable et s'explique surtout par le souvenir d’un grand passé. C’est à l’ombre de l’hellénisme ancien qu'est né et que s’est développé l’hellénisme byzantin et moderne.

Après les Romains d’autres peuples s’installèrent en Grèce : Slaves, dès le νι" siècle; Frances (c.-à-d. Français et Italiens), après la quatrième croisade (1204); Turcs, vers 1453. Le grec, qui avait résisté victorieusement au latin, n'eut pas

de peine à triompher de ces nouveaux assauts,

et tout naturellement il redevint langue d'État, quand, après de longs siècles d’esclavage, le royaume hellénique se trouva enfin reconstitué (1830).

Pour indiquer brièvement quel fut le développement du grec durant la période byzantine et moderne, il importe de distinguer la tradition populaire et la tradition savante.

Tradition populaire. À la période de centralisation alexandrine et gréco-romaine succède, avec l'empire byzantin, une période de décentralisation, car immédiatement après le règne de Justinien, cet empire se désagrège peu à peu. La vie locale reparaît. Des idiomes particuliers se déga-

gent de la χοινή; des patois se forment. Ils ont

persisté Jusqu'à ce jour. Mais, en 1834, Athènes devient la capitale de la Grèce. Elle reprend donc

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linguistiquement son ancien rôle. En moins d’un siècle une langue commune s’est formée autour d'elle et celle-ci évince maintenant assez rapidement les patois. |

Cette évolution rappelle, on le voit, celle du français. Pourtant il n’y ἃ pas identité. La Grèce compte bien, comme la France, une foule de parlers locaux, souvent différents de village à village. Mais, sauf cas exceptionnels, les divergences y sont moindres que chez nous. La Tsakonie et certaines régions d'Asie Mineure mises à part, un Athénien peut comprendre sans trop de peine n'importe quel paysan s'exprimant en son patois et se faire comprendre de lui. Quant aux gens des villes, assurément ils se distinguent entre eux par des traits de prononciation, des formes ou des mots spéciaux, mais ce ne sont là que des nuances.

On peut dire que le Nouveau Testament est le plus ancien monument du grec moderne. Il est, pour les Grecs d'aujourd'hui au moins aussi facilement compréhensible que, pour nous, la Chanson de Roland. Après lui, des papyrus, des vies de saints et autres ouvrages ecclésiastiques, nous permettent de suivre, assez mal d’ailleurs, l’évolution du grec parlé. C’est seulement à partir des χι" et xu° siècles qu'on possède des œuvres d'assez grande étendue, basées sur la tradition populaire. Elles sont en vers; la prose n'a été employée de la sorte qu'à partir du

x1v° siècle, et tout d’abord dans des chroniques. Cette longue évolution, qui va des premiers siècles de notre ère jusqu’à nos jours, peut se partager en deux périodes, pour des raisons du reste plus historiques que linguistiques : période du moyen âge ou byzantine, finissant en 1453; période moderne.

Ce qui frappe dans le grec moderne tel qu'on le parle aujourd’hui, c’est son caractère conservateur. Assurément, depuis l’antiquité, la prononciation s’est profondément modifiée. Mais la plupart de ces modifications datent au moins des premiers siècles de notre ère; depuis, elles ont été fort peu nombreuses. En outre on n’en ἃ pas tenu compte dans l'écriture : on écrit toujours ὁ ἥλιος « le soleil », τὸ φῶς « la lumière », ὁ ναύτης « le matelot », bien qu'on prononce ὁ £'lyos, to füs, o na flis.

Le grec moderne ne possède plus le duel; ce nombre ἃ disparu du grec non continental dès avant l’époque classique, et du grec continental dès les premiers temps de la χοινή. Mais des cinq cas anciens, le datif seul ἃ été éliminé!. Si bien que la déclinaison d’un mot comme ἄνθρωπος « homme » est aujourd'hui ὁ ἄνθρωπος, ἄνθρωπε,

τὸν ἀνθρωπο΄. τοῦ ἀνθοώπου — οἱ ἄνθοωποι, ἄνθρωποι Î Lo 3 À Γ νὼ #24 ἣν D'ivvis PUTOt,

4. On l’a remplacé, soit par le génitif, soit par la préposition εἰς (réduite à ᾿ς) et l'accusatif.

2. Pour τὸν ἄνθρωπον. Le v final est fréquemment supprimé en grec moderne.

τον Ce Ur dE LAETITIA

τοὺς ἀνθρώπους, τῶν ἀνθρώπων. Tous les paradigmes d’ailleurs ne sont pas aussi bien conservés que celui-ci. D'une façon générale, Ja simplification du système de déclinaison, commencée dans la χοινή, S’est accentuée en grec moderne:

Dans la conjugaison, l’optatif et l’infinitif ont disparu; ce dernier a été remplacé par le subjonctif précédé de νὰ (gr. anc. ἵνα) : je veux écrire, θέλω vx τράψω. Le futur se forme au mo Ye de θὰ, qui est ἘΠῚ θέλω νὰ, et du subjonctif : j'écriral, θὰ yo4bw. Τ᾽ Hdieae présent de Ὑράφω est : γράφω, ἘΣ ΝΕ γράφει + T0 χφουιε; Ὑράφετ €, YPAPSUY. Les verbes en -5w ont été remplacés par des verbes en -ὥνω se conjuguant sur γράφω. Il n’y a plus de verbes en -11.

La syntaxe est beaucoup moins complexe que celle du grec ancien et offre de grandes analovies avec celle des langues romanes.

Le vocabulaire a relativement peu varié : « je vois la lumière du jour », βλέπω τὸ φῶς τῆς ἡμέρας. D'innombrables diminutifs neutres en -:, pour τιον, se sont substitués aux positifs anciens : παιδί, enfant, dim. de παῖς, παιδὸς ; πόδι, pied, dim. de ποὺς, ποδός; χεφάλι, tête, dim. de χεφαλή; etc:Les Grecs ont emprunté des mots latins, slaves, italiens, turcs, français; mais ceci n’a nullement modifié le caractère de la langue; la proportion des mots étrangers est peut-être moindre en grec qu’en français.

Dans son ensemble le grec moderne parlé est

beaucoup plus voisin du grec ancien que l'italien ne l’est du latin.

Tradition savante. La tradition qui, dans l’antiquité même, a poussé tant d'auteurs à écrire en une langue différente de celle qu'ils parlaient, s’est perpétuée, sous diverses formes, depuis les temps anciens jusqu'à ce jour : encore au xII° siècle après J.-C., Anne Comnène vise à l’atticisme; ses modèles préférés sont Thucydide et Polybe. A l'heure actuelle, la langue oflicielle très employée lorsqu'on écrit, et même parlée dans les occasions un peu solennelles, diffère beaucoup du grec parlé : c’est à vrai dire du grec ancien débarrassé de ses formes trop insolites et accommodé à la moderne au point de vue de la syntaxe.

Cette diglossie, pernicieuse à beaucoup d’égards, ἃ fait naître en Grèce ce qu’on appelle τὸ Ὑλωσσιχδ(ν) ζήτημα « la question de la langue ».

Ὁ. — Le grec n’est pas une langue morte.

11 résulte de ce qui précède que le grec ancien est à tort qualifié couramment de langue morte. À aucune époque le grec n’a cessé d’être parlé et écrit en Grèce. Entre la langue homérique et la χοιγή, 41 toutes deux sont du grec ancien, les divergences sont plus profondes qu'entre cette ze et le grec d'aujourd'hui. En réalité, nous

sommes bien en présence d’une seule langue.

Les divers noms qu’on lui donne, grec ancien, grec byzantin, grec moderne, indiquent approximativement différentes phases de son évolution, mais cette évolution a été ininterrompue. Le tableau suivant en marquera sommairement la chronologie.

I. Les dialectes (des origines jusque vers le 1v* siècle av.) Prépondérance d'Athènes (v° av.).

Il. La langue commune. A. Période alexandrine (ir1‘-1° av.) — B. Période gréco-romaine (τ΄ av.-1v° ap.).

ΠῚ. Le grec moderne. A. Période du moyen

âge ou byzantine (1v°-xv°). Formation de nou-

veaux dialectes. — B. Période moderne (xv° siècle

à nos jours). Prépondérance d'Athènes (1834).

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