‹ D'Homère à nos jours; histoire, écriture, prononciation du grec. --Chapitre 18 sur 65 · Εἰ x hèt 16: Cain · texte numérisé non relu

Εἰ x hèt 16: Cain

Il ne comprenait que-des consonnes, qui sont, dans les langues sémitiques, les éléments constitutifs du mot: les voyelles, au contraire, y ayant un caractère un peu flottant, n'étaient pas notées dans l'écriture; aujourd’hui encore, pour la même raison, elles ne le sont qu'exceptionnellement en hébreu et en arabe.

Un certain nombre de ces consonnes n'avaient pas leur équivalent en grec. Les lettres qui les

1. L'alphabet ici reproduit est celui de la stèle dite de Mésa, du nom du roi qui la fit graver pour célébrer ses victoires (vers 895 av. J.-C.). Cette stèle est au musée du Louvre.

Les noms placés en face des lettres sont approximativement les nomg phéniciens. En hébreu on les désigne ainsi: alef, beth, gimel, daleth, hè, vaou, zayin, heth, tet, vod, kaf, lamed, mem, noun, samek, avin, pé, tsadé, kof, resch, schin, ἴδοι.

᾽ Le L ALPHABET 65

représentaient pouvaient donc servir à marquer les voyelles helléniques qui, elles, étaient nettes et comptaient dans les mots plus encore que les consonnes. On eut ainsi 1 = ὦ, 5 — 6, 10 — 16 — ο. À cette série vocalique. il manquait Ce fut, semble-t-il, la lettre n° 6 qui représenta ce son. Elle désignait à l’origine un ou consonne (page 101); on la fit, croit-on, passer au n° 23 avec une valeur vocalique, tandis qu'un signe nouveau (}° ou E) se substituait à elle et s'appelait, soit wau, à cause du son qu'il représentait, soit disamma, à cause de la forme de double Γ΄ qu'il avait. L'origine de cette lettre est controversée. On peut se demander si elle ne provient pas simplement du l. Il y a, entre les sons du gamma (— g) et du wau (— w), une orande affinité phonétique, qui tient à leur nature gutturale, et 1] n'est pas impossible que, pour transcrire un 4, on se soit servi de la lettre l'légè-

rement modifiée. σόϊ Lana Ὁ ue pari À

Le n° 9 rendait un ἢ particulièrement dort, qui a servi à noter le ἡ aspiré grec. Mais, outre ce ὦ aspiré, le grec possédait un p et un ἢ de même nature. Dans certaines contrées on marqua ce p et ce À spéciaux en ajoutant aux n° 17 et 11 le n° ὃ (avec une seule barre), qui équivalait à une aspiration. Mais ces graphies avaient un double inconvénient : elles ne cadraient pas avec le n° 9 et elles rendaient par deux signes des con-

sonnes qu'on pouvait tenir phonétiquement pour D'HOMÈRE A NOS JOURS. 5

brçen lee PIS

Ce

simples. On sentit donc ailleurs le besoin de créer deux signes nouveaux : ce furent Φ et X. Le premier (ΦῚ est, suivant les uns, une modification du n° 9, suivant d’autres une forme archaïque du n° 19, ce qui semble plus vraisemblable. Le second (X) n’est qu'une variante du n° 22.

Là se borna l’alphabet attique ancien, pour ne parler que de celui-là. 1] avait à peu près l'aspect que voici (cf. {2. 16 B) :

τὰκ 6. Ε 11 Ὁ 4 16. O AL sde ΠΝΕΙ͂: 12. L 17 PF OT Es ὃ. H 15...“ 18. 29. 4W Fe 4H. A 9. @ 14. F 19. 9 24. ᾧΦ 5. E 10. 1 15... CAS Ὁ 25" X

1° Dans leur ensemble, les lettres de cet alphabet sont celles du précédent, tournées de gauche à droite.

2° Les voyelles n'y sont qu’imparfaitement notées : on ne distingue pas, comme on le fera plus tard, entre longues et brèves, ouvertes et fermées.

3° Les exemples attiques de digamma sont très rares. Encore n'est-il pas sûr que les inscriptions qui les portent soient vraiment indigènes. De plus, le J° ainsi employé ne rend pas un digamma ancien ; il ne se trouve qu'avec un Ÿ : AFYTAP, pour αὐτάρ « mais ». Dans d’autres régions, le F

a été plus persistant : FEPTON, ἔργον « œuvre » (Argos). Certaines langues indo-européennes l'ont conservé : grec frépycy « œuvre », all. werk; grec Ἡοῖχος « maison », lat. uicus « ferme, village ».

4° Le n° 8, qui sera ultérieurement lé, ne marque pas une, mais une aspiration, tout comme en phénicien : HEKATON = ἑχατόν « cent ».

5° Il n’y a pas encore de lettres uniques pour les groupes χα et +5; en. vieil attique on les écrit X>'et.®5>; ainsi XEYAON — ξύλον « bois », PEYXH — ψυχή « âme ».

6° Le n° 19 (χόππα) ne se trouve que devant

o et ou.

Les mêmes raisons qui favorisèrent en Grèce le maintien des dialectes y créèrent des diversités d'écriture. Ce fut partout le mème alphabet qui servit de prototype, mais il subit des adaptations et des transformations variables avec les régions. L'un de ces alphabets helléniques, celui de Chaleis, en Eubée, fut transporté par les habitants de cette île dans leur colonie de Cumes, près de Naples, et aurait pénétré de la sorte en Italie. C’est en tout cas par une influence de ce genre que s'expliquent les grandes analogies qu'on observe entre les écritures grecque et latine. Le C représente un F arrondi, tel qu'on le trouve à Chaleis et ailleurs ; le F correspond au digamma (ΕἸ; le signe H a gardé la valeur d’aspirée qu'il a perdue en grec; le Q n’est autre que le 9; etc.

On ne s’étonnera pas qu’un pays aussi important à tous égards que l’Ionie ait eu son propre alphabet. Celui-ci coïncidait sur bien des points avec l’alphabet attique et s’en écartait sur d’autres. Au début du γι" siècle avant notre ère, il se présentait à peu près ainsi (cf. 9. 16 A) :

LATE: 11: K | 16: OT SES 2. & À 7: TL | δὴν 7 17 ΠΊ 25.) τ ἢ ΓῸ ΗΠ MAIS JAN Le AT 9. Ὁ 1 ΔΙ 9. 24. ἢ 5. 6] A0: 1 À 15: ΞΡ

1° La forme des lettres est sensiblement la même qu'en Attique.

2° Les voyelles se sont enrichies de deux notations (8 et 27), qu'on verra tout à l'heure.

3° Le digamma (6) a disparu.

4° La tendance à la désaspiration signalée, page 39 (voir aussi p. 114) ἃ rendu libre le signe H. On l’a alors employé pour marquer un e long ouvert (p. 123).

5° Des mots comme Ξύλον, Ψυχή ont été écrits en vieil attique, exceptionnellement KEYAON,. ΠΣΥ̓ΧΗ, et le plus souvent XEYAON, PEYXH.

Quelle qu’ait été la valeur de ce X et de ce %, il est évident que les groupes ΧΣ et PE répondaient à un son double. Les Ioniens au contraire ont employé ici des lettres uniques, Z et W. C’est done que chez eux Æs et ps se prononçaient

Se 5 LR TA ΜΈΙΟΜ:

NAA 12 Α ἡ AU M AA

A. Texte ionien. — B. Texte attique.

chacun comme un son simple!. Et, si cette notation a plus tard pénétré en Attique, on en doit conclure qu'alors le Ξ et le W° y étaient aussi des sons simples. La lettre £ est le samk phénicien (15), resté inemployé dans l’alphabet attique. Le W (26) est un Y (23) avec barre supplémentaire. Ce W° était tout d’abord angulaire, comme l'Y; c’est ultérieurement qu'il a pris la forme arrondie que nous lui connaissons.

6° Le Φ (19) a disparu. Il marquait, au début, une prononciation spéciale du K, qu'on ἃ ensuite renoncé à indiquer, sans doute parce qu'elle était allée en s'atténuant,.

7° Il était naturel que les Ioniens, ayant distingué l’e fermé (E) de l’e ouvert (H), fissent aussi la distinction de l’o fermé et de l’o ouvert. Pour noter ce dernier (français or), ils moditfièrent l'O, en l’ouvrant par le bas (Q), parfois seulement en y mettant un point au centre © ?.

L'importance de l’Ionie dans le monde grec eut pour conséquence la diffusion de son alphabet. Celui-ci pénétra peu à peu en Attique dans le cours du ν᾽ siècle avant notre ère, et en 403, sous l’archontat d'Euclide, une loi proposée par

4. Il en est encore ainsi en grec moderne. On trouve de même, en français, le mot médecin prononcé dialectalement métsin, avec un ts qui est en réalité une consonne simple; et bien des gens disent accent, absent, avec un ks (x) et un ps simples.

2. Dans l'inscription que des mercenaires grecs ont gravée, au vire ou au vif siècle avant notre ère, sur le colosse d'Abou-Simboul ({psamboul) en Nubié, l'O sert encore pour » et w. On y trouve aussi le koppa. Mais déjà la lettre H n’y ἃ que valeur de voyelle.

av. J.-

écret attique (v°s,

agment d’un ἃ

Fr

Archinos l'y fit adopter ofliciellement. Les cinq premières lignes de l'inscription du ν΄ siècle donnée fig. 17, ainsi que la première syllabe de la sixième ligne, sont en alphabet attique; la fin, peut-être gravée quelques années plus tard que le début, est en alphabet ionien. Ultérieurement les autres régions suivirent l'exemple des Attiques; de sorte qu’à l’époque alexandrine il y eut, dans ce monde hellénique qui tendait à l’unité de langue, unité d’alphabet. Voir les fig. 18 et 19.

$ 2, — Accents et ponctuation.

Accents. Dans les inscriptions et les plus anciens manuscrits, les lettres se suivent, toutes majuscules, et sans aucune espèce d’accents. L'invention de ceux-ci est attribuée au grammairien Aristophane de Byzance, bibliothécaire d’Alexandrie, qui naquit vers 262 avant J.-C. On verra, au chapitre de la prononciation, que ces accents correspondaient à diverses modulations de la voix. Ils étaient au nombre de trois : aigu (΄), le circonflexe ( et le grave (ἡ.

Un Athénien du temps de Thucydide n'avait nul besoin d’accents, lorsqu'il lisait le texte de cet auteur, car tout mot, dans sa bouche, comportait une voyelle accentuée de certaine façon. De même un Anglais, un Allemand ou un Russe

n'ont pas besoin de signes spéciaux pour savoir, lorsqu'ils lisent leur propre langue, sur quelle syllabe du mot doit porter l’eflort de la voix. Mais la prononciation grecque se transforma; des diflicultés d’accentuation apparurent, d’abord pour les textes les plus anciens, Homère, Alcman, etc., puis pour d’autres plus récents. Les grammairiens établirent alors un code d’accentuation.

A partir du vu siècle de notre ère, on nota dans les manuscrits l'accent de chaque mot, alors qu'auparavant on ne le faisait qu'exceptionnellement, et avant Aristophane de Byzance pas du tout. C'est à cette tradition que se rattache notre habitude d’accentuer les textes de grec ancien. Elle ἃ son importance, puisqu'elle correspond à un fait de prononciation.

Esprits. On a vu plus haut que les Ioniens avaient donné une valeur vocalique, celle d’e long ouvert, au signe ἢ, qui primitivement marquait une aspiration. Après l'adoption de l’alphabet ionien, Héraclée et Tarente, colonies grecques de l'Italie méridionale, adoptèrent le signe H (partie gauche de l’H) pour noter l'aspiration initiale : HEKATON « cent ». Les grammairiens alexandrins conservèrent ce signe, qui devint l'esprit rude, et prirent, pour marquer l'esprit doux, la partie opposée de la mème lettre. Ces deux signes sont devenus, en cursive, (‘) et ().

Fig. 48. — Fragment d’un compte milésien (n° 8. av. J.-C.)

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