‹ D'Homère à nos jours; histoire, écriture, prononciation du grec. --Chapitre 20 sur 65 · PT PR TT · texte numérisé non relu

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78 τ, L'ÉCRITURE

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5 3. — Manuscrits et copistes.

À l’origine, les caractères de l'alphabet furent gravés. Les Grecs utilisèrent dans ce but la pierre, la terre cuite, des plaquettes de plomb, et surtout des tablettes de bois qu’on recouvrait de cire, pour qu’elles pussent resservir. Les peaux d'animaux (Hérodote, v, 58) ne furent sans doute employées alors que d’une manière exceptionnelle.

D’assez bonne heure, peut-être dès Le vu° siècle avant notre ère, ces procédés rudimentaires firent place, dans l’usage courant, à un autre plus pratique. On importa d'Égypte une pâte en feuilles, préparée avec la moelle du papyrus et sur laquelle on traça les caractères, au moyen d’un roseau et d'encre. Quand on avait rempli la feuille, qu'on pouvait acheter très longue, couper à volonté (/i2. 19 et 20) ou encore réunir à une autre en la collant, on la roulait autour d’une baguette et ce rouleau formait un volume. La première bibliothèque publique, celle d’Alexandrie, fondée au commencement du 11° siècle avant J.-C. par Ptolémée Soter, sur les conseils de Défhétrios de Phalère, et brülée lors du siège de cette ville par César, comprenait 700.000 volumes de ce genre.

Mais le papyrus était une matière assez fragile et d’un maniement en somme peu commode.

On propagea donc, vers le 11° siècle avant notre

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Fig, 21, = Denys d’Halicarnasse.

ère, l'emploi des peaux d’âne ou de mouton, convenablement travaillées. Ce fut à Pergame qu'on s'en servit tout d'abord ou qu’on les fabriqua le mieux : elles reçurent le nom de περγαρηςvai (sous-entendu διφθέρα!) « peaux de Pergame »; d'où est venu le français parchemin, par l’intermédiaire du latin vulgaire “percaminum. Les manuscrits alors prirent la forme de livres formés de feuillets séparés.

On a vu (p. 50) que néanmoins le papyrus ne disparut que lentement. Ce qui lui porta le dernier

coup fut l'introduction en Europe du papier de

fil, venu d'Asie. On s’en servit en Egypte dès le Ix° siècle; peu à peu, à cause de son prix modique, il évinça le parchemin lui-même.

La gravure de la page 79, exécutée d’après la Paléographie grecque de Montfaucon (Paris, 1708, in-f°), reproduit un dessin contenu dans un manuscrit du x° siècle, sur parchemin. Ce dessin est censé représenter Denys d'Halicarnasse (fin du τοῦ siècle av. J.-C.). Sur le meuble qu'a devant lui le scribe, sont l’encrier, le couteau qui servait à tailler le calame, et une petite fiole contenant le cinabre avec lequel on traçait les caractères rouges. Le meuble de derrière est une bibliothèque ; on lit en tête : AIONYZIOZ ΑΛΙΚΑΡΝΆΣΕΥΣ.

$ 4 — Transformations de l’écriture.

Depuis l’époque lointaine où les Grecs ont

emprunté l'alphabet phénicien, jusqu’à nos jours, l'écriture grecque ἃ subi de nombreuses transformations, non seulement suivant les lieux, mais aussi suivant les temps. Nous avons reproduit plus haut (pages 69, 71 et 74) quelques spécimens d'inscriptions. Il reste encore à donner de brèves indications sur l'écriture, non plus gravée, mais tracée au calame et plus tard à la plume.

On peut distinguer deux grandes périodes dans son évolution : des origines au 1x° siècle environ ap. J.-C; du 1x° siècle environ à l’époque actuelle.

La première période est celle des majuscules, dites aussi capitales ou onctales (du latin wncialis « d’un pouce »). Toutes les inscriptions sont en capitales, et originairement l'écriture des papyrus fut, à peu de chose près, celle des inscriptions : entre les lettres du plus ancien papyrus grec actuellement connu, celui des Perses de Timothée de Milet (fin du 1v° siècle av.), et celles des inscriptions de mème époque, les différences sont minimes. Mais bientôt on éprouva le besoin d'écrire vite; on tendit donc à relier les lettres et à simplifier leur tracé : à côté de l’écriture calligraphiée, réservée aux textes importants, comme ceux de l'Évangile, on se servit alors, pour les notes, les lettres, les comptes, etc., de capitales cursives.

1. La science qui s'occupe des écritures anciennes s'appelle paléographie. Elle permet de fixer, à une cinquantaine d'années prés, la date d’un document, par le seul tracé des lettres.

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Fig. 22. — Manuscrit Σ de Démosthène (x° s.)

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Cette eursive s'écarta de plus en plus de la belle onciale. Elle se changea en minuscule. La seconde période est celle de la minuscule. De l’ancienne onciale il ne reste, à cette époque, que certaines initiales de chapitres. Pour les textes les plus soignés on emploie dès lors une minuscule calligraphiée, dont un des spécimens les plus anciens et les plus beaux est le manuscrit Σ de Démosthène (Ὁ. 22). Remarquer notamment la façon dont les lettres y sont réunies. ainsi que les formes de l’, du £, du x, du à et du Fe

La fig. 23, qui donne un échantillon (année 1541) de l'écriture du célèbre copiste grec Constantin Palæocappa, montre les modifications subies par la minuscule dans l’espace de six siècles.

Nos caractères imprimés ne sont qu'une imitation de la minuscule. Cette imitation a varié avec les siècles. Ainsi, François 1®, peu satisfait des caractères grecs dont on se servait de son temps pour l'impression, en fit fondre de nouveaux, sur l'écriture d’un Crétois, émule de Palæocappa et nommé Ange Vergèce. Ces caractères, qu'on appelle grecs du τοὶ, ou caractères de Garamond, du nom de l'artiste qui grava les poinçons, existent toujours à notre Imprimerie nationale. Ils s’y trouvent en trois corps, c'est-àdire en trois grandeurs; c’est avec le caractère moyen, obligeamment prêté par cette Imprimerie,

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qu'a été composé le début de la fable ésopique du Corbeau et du Renard reproduit ci-dessous.

Κόραξ κρίας ἁρπάσας ἐπὶ πινος δένδρου ἰκάϑισεν᾽ ἀλώπηξ σὲ ϑεασομόένη αὐτὸν Ὁ βουλομένη περιγένεαθα, , eo ἐπήνει αὐτὸν ὡς εὐem Te W καλόν, λέγουσα D ὡς χορίπει αὐτῷ μέ λιτὰ χῶν ὀρνίων βασιλεΐειν, "ἡ τοῦτο παν-- Tac ἂν γένοιτο, εἰ Φωνὴν χεν᾽.

Des caractères analogues à ceux-ci ont été fréquemment employés dans les anciennes éditions. Mais, si les ligatures étaient jolies à l'œil, elles avaient l'inconvénient d'augmenter le nombre des caractères d'imprimerie. On simplifia donc, en fondant les lettres séparément, comme on le fait encore aujourd'hui.

L'écriture grecque en usage dans nos écoles est le calque, plus ou moins bien réussi, de nos caractères modernes d'imprimerie. Le procédé est impratique, peu gracieux et injustifié, puisque les lettres séparées, avantageuses pour l’impression, ne conviennent nullement à la plume. A défaut de la majuscule ancienne, abandonnée précisément pour des raisons de ce genre, il

1. Un corbeau, qui avait ravi de la viande, s'était perché sur un arbre. Un renard l’aperçut et voulut s'emparer de cette viande. Il s'arrêta donc et se mit à louer le corbeau de sa prestance et de sa

beauté, ajoutant que c’était à lui de régner sur les oiseaux, οἵ que ce serait certainement le cas, s’il avait de la voix.

serait logique d'adopter l'écriture dont se servent les Grecs d'aujourd'hui et qui est, à l’onciale grecque ancienne, ce que notre propre écriture est à l’onciale latine. Concoit-on les Grecs modernes écrivant le latin comme on l’imprime, sans se soucier de l’usage graphique des pays romans? C’est là cependant ce que nous faisons. Une réforme de notre cursive grecque, si on peut l'appeler de ce nom, est certainement désirable. Le tableau qui suit permettra de voir qu'elle est, en outre, facile à réaliser !.

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