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Importance de l'accent. — Tous les hellénistes reconnaissent que l'accentuation, telle que l'ont inventée les Alexandrins, est un utile secours pour la compréhension des textes. Aussi personne ne songe-t-1l à revenir à l'écriture classique, sans aucun signe diacritique.
L'accent ἃ été qualifié plus haut d'âme du mot. En faire abstraction dans la prononciation du grec, c'est enlever à cette langue une partie de sa vitalité. Le mettre uniformément sur la finale, suivant l'usage français, c’est agir en barbare. Qu'on se figure ce que serait une de nos phrases, dans laquelle, par un procédé inverse, on accentuerait la première syllabe des mots : « Hé quoi! charmante ÆÉlise, vous devenez mélancolique, après les obligeantes assurances que vous avez eu la bonté de me donner de votre foi! » On touche au ridicule, quand, avec cette méthode, on lit un texte grec en y mettant de l'expression : l'intonation finale des mots prend alors plus de relief encore, et la cacophonie est augmentée d'autant.
Agir de la sorte, c’est encore, pour tous ceux qui veulent faire des études helléniques sérieuses, se préparer dans l’avenir un travail long, fastidieux, souvent infécond, puisqu'à défaut de l’oreille, leur seul guide pour l’accentuation sera le dictionnaire. De là vient que si peu de personnes sont en état d’accentuer correctement le grec. Que de peines seraient épargnées et combien les résultats deviendraient plus satisfaisants, si, dès
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que l'élève lit un mot, il s’attachait à lui donner l'intonation nécessaire! L'effort ἃ faire, pourvu qu'on s'y prenne au début, est insignifiant; et la même question se pose du reste pour toutes les langues étrangères modernes que nous apprenons. Parmi les réformes auxquelles on peut songer dans la prononciation du grec, celle-là est de beaucoup la plus urgente.
On ne manquera pas d’objecter que l'accent antique, simple élévation de la voix, tantôt longue, tantôt brève, nuancée encore par le circonflexe, est pour nous d’une imitation, sinon impossible, du moins peu.facile. J’en doute. L'accent musical ne nous est nullement étranger. En français, nous élevons la voix sur la finale (p. 105, Rem.). Mettez cette acuité sur la syllabe accentuée du grec, et sur celle-là seulement; vous aurez l’accent aigu du grec ancien. Libre ensuite à vous de faire ou non sentir la nuance du circonflexe.
A défaut de ce procédé, on pourrait aussi mettre simplement l'accent à la facon des Grecs modernes (voir p. 104).
Adopter cette seconde méthode, serait assurément s'éloigner de l'usage classique; mais l’écart serait peu considérable. Ouvrir l'e et le, c'est, comme on le verra plus loin, imiter les Attiques du ° siècle environ avant J.-C. Il ne reste donc que la question de longueur. Or, il a été dit plus haut que cette longueur était devenue inséparable de l'accent dès les premiers siècles de notre ère;
Lo]
Lucien prononçait ainsi. Est-il logique, sous prétexte de ne pas tomber dans de légers défauts, de ‘lonner aux mots grecs une accentuation barbare ? Évidemment nou.
L'intonation de la phrase. — Le principe de l’accent musical une fois posé, on peut se demander comment celui-ci se conciliait avec l’intonation de la phrase. Le doute, l'étonnement, la colère, l'ironie, toutes les dispositions de l’âme, se traduisent dans le langage par des modulations qui semblent à première vue devoir contrecarrer l'accent musical du mot.
Le grec moderne, entre autres, donne la solution du problème. C’est principalemeut sur la syllabe tonique que se font ces modulations.
S'agit-il d'interroger ἢ La voix S’élèvera de façon particulière, mais c'est la syllabe tonique qui sera de toutes la plus haute. L'accent français, qui comporte, lui aussi, un élément musical. joue un rôle analogue, dont 1] est facile de se rendre compte avec un peu d'attention. Dans une phrase comme « vous lui avez parlé? » la plus grande acuité se trouve sur la finale.
On sait combien, dans une même langue, la musique de la phrase varie avec les régions. Ilen était certainement de même en grec ancien, mais nous n'avons dans cet ordre d'idées aucun moyen d'appréciation directe. Seul le grec moderne peut servir de témoin. La persistance dans cette langue
de l’accent de hauteur autorise à croire qu’elle ἃ conservé les intonations anciennes, tout au moins dans l’ensemble. C'est une langue assez chantante. A titre d'indication générale, on peut dire que la musique du grec moderne rappelle celle du français méridional.
$ 4, — Les esprits.
Quand notre appareil vocal est au repos et que nous chassons l’air de nos poumons avec une certaine énergie, il en résulte ce que nous appelons une aspiration, du latin aspiralio, qui signilie « souffle ».
L'esprit rude (page 73) est la représentation graphique d’une aspiration ancienne dont les origines étaient diverses et qui provenait le plus souvent de la transformation d’une consonne.
Certains esprits rudes remontent à un s indoeuropéen, conservé en latin et en français notam-
2. RARE : ἕξ, sex, Six; ἑπτά, Sepiem, Sep; Énopat, V7 404 #sequor, suivre; etc.
Th δε
Cette aspiration disparut de bonne heure dans certaines régions, en Asie Mineure principalement; aussi 1. loniens et les Éoliens sont-ils qualifiés par les grammairiens de Ψιλωτιχοί, C'està-dire de gens qui se servent de la ψιλή, esprit doux, au lièu de la δασεῖα, esprit rude.
En ce qui concerne spécialement l’attique, les
La voie sacrée,
Delphes :
Fig.
ER AP a" ΡΤ ΤΤι Mine Ri
linguistes divergent d'opinion. Suivant les uns, "ΠῚ initial se serait perdu de bonne heure dans ce dialecte. On observe, disent-ils, avant 403, un flottement dans l'emploi de ce signe : telle inscription l’omet fréquemment, telle autre le place abusivement devant presque toutes les voyelles initiales. Ce n’était donc plus alors qu'un simple signe orthographique. Et c’est pourquoi, lorsque les Athéniens, imitant en ceci les Ioniens, donnent à la lettre H la valeur d’un e long ouvert ‘page 68), ils n’affectent à l'aspiration aucun nouveau signe et cessent simplement de l'indiquer.
D’autres, plus nombreux, admettent au contraire que l'aspiration n'avait nullement disparu du dialecte attique, au v° siècle. Les Athéniens auraient seulement cessé de la marquer dans l'orthographe, parce que l'alphabet ionien n'avait pour elle aucun signe. Et cette persistance, ajoutent-ils, est prouvée par un certain nombre de faits, dont les deux plus nets sont les suivants :
1° Les inscriptions attiques du 1v° siècle avant notre ère offrent de multiples exemples de οὐθείς, unôsés, pour οὐδείς, μηδείς (en regard .de οὐδεμία, υνηδευία) : ce changement ne peut être que l'effet de l'aspiration de εἴ
2° À la même époque, Aristote déclare! que OPO cache, sous son unité orthographique, une différence de prononciation : il est bien évident
= ne