‹ D'Homère à nos jours; histoire, écriture, prononciation du grec. --Chapitre 29 sur 65 · La voyelle E · texte numérisé non relu

La voyelle E

Le nom de ? ψιλόν, par lequel nous désignons cette lettre, est dû aux grammairiens byzantins. On verra plus loin qu’au moyen âge on confondait x et < en un son ὁ, à et v en un son τὲ, cetw en un son 0. Pour apprendre l'orthographe à leurs élèves, ces grammairiens distinguèrent donc ὁ diphtongue de ἃ simple (a δίφθογγος et ε Ψιλόν), τὸ diphtongue de τὸ simple (or δίφθογγος et v Ψιλόν), petit o de grand ὁ (ο μιχρὸν et ὦ μέγα).

1. Ces grammairiens disaient et écrivaient par exemple : χενὸς διὰ τοῦ ε ψιλοῦ σημαίνει τὸν μάταιον χαὶ χοῦτον, χαὶ διὰ τῆς at διφθόγγου

A l’époque classique, l’: s'appelait tout simplement €.

Le témoignage des anciens, la phonétique et la versification prouvent que l’: était bref.

Ce fut, tout au moins à l'époque des contractions, une voyelle fermée, car la contraction de deux : donne un é long fermé (orthographié εἰ et qui est devenu ὁ en grec moderne) : βασιλέ-ες + βασιλεῖς « rois », prononcé aujourd'hui vasilis. De même :° se contracte en un o long fermé qu'on orthographie οὐ (p.193) : ποιέομεν + ποιοῦμεν « nous faisons ».

L’: s’est ouvert peu à peu (voir à la diphtongue z1), et il est possible qu’à l’époque classique il eût déjà perdu de son timbre fermé!. En grec moderne, il a le son d’un ὁ assez ouvert à l’atone, très ouvert à la tonique. Ainsi, dans ἔχετε « vous avez », le premier : sonne à peu près comme l’e parisien de téte, et les deux autres comme l’e parisien de péril.

En résumé, pour le grec ancien, il faut donner à Τεξ un son bref et un timbre pas trop fermé.

σημαίνει τὸν νεωστὶ χατασχευασμένον, C.-à-d. χενός avec simple .

signifie « vain et léger », et avec ὁ diphtongue « récemment fabriqué ». De même ils opposaient χὺ Ψιδλόν, pu Ψιλόν, ou Ψιλόν à χοι, μοι, por δίφθογγοι.

1. En éléen, l'e avait un son si ouvert qu'on le voit se changer en α : εὐσαδέοι pour εὐσεδέοι (att. εὐσεδοίη, opt. prés. de εὐσεδέω-ὦ « être pieux »).

nr sh. rss NÉ eu ne

3°, — La voyelle EI.

Nous disons voyelle, et non diphtongue. Il y ἃ en effet une voyelle εἰ, que nous allons examiner, et une diphtongue : dont il sera question plus tard.

En attique, dans un mot comme "λυθέντος (part. aor. pass. de λύω « je délie »), le + a d’abord disparu, puis le », et ce dernier phénomène a eu pour conséquence l'allongement de la voyelle < (p. 187). La forme ainsi obtenue ἃ été, au début, notée AVOEY. Pareillement οἱ βασιλέ-ες, une fois contracté, a d’abord été écrit OI BAYIAE®. Les derniers exemples épigraphiques de cet Εἰ appar- tiennent à la deuxième moitié du 1v° siècle avant notre ère.

La notation par voyelle simple indique quil ne s’agissait pas d'un son double. La phonétique et la versification démontrent que ce son était long. Le phénomène appelé allongement compensatoire nous fixe sur son timbre : il devait être fermé (comp. p. 136 "διδόντς -» διδούς) ; ce dernier point est prouvé aussi par le fait que l’: en question, contracté avec ©, produit une voyelle longue fermée, οὐ — Ô : "μισθότεεν — μισθόξν — μισθοῦν « donner à loyer ». La conclusion est donc qu'il s'agissait d’un e long fermé : €.

Dès le vi° siècle avant notre ère, cet E fut rem-

1. Cette voyelle a probablement été nommée par le son même qu'elle avait.

placé par la graphie ΕἸ, qui gagna peu à peu du terrain et finit par être seule usitée. Rien n’'autorise à croire que cet :: avait valeur de diphtongue; aussi l’appelle-t-on fréquemment fausse diphtongue. On admet généralement que la vraie diphtongue 2: s'était, déjà à cette époque, transformée en un e long fermé et que, pour simplifier, on nota par :: tous les 6 longs fermés, quelle que füt leur origine.

On trouve sur les inscriptions attiques, dès le 1v° siècle avant notre ère, un certain nombre de fautes qui attestent l'identité phonétique de cette fausse diphtongue 2 et de τ : συμφέριν pour συμφέρειν « Être avantageux », is pour εἰς « dans », etc. Mais c’est seulement à partir du 1°" siècle avant notre ère qu'en attique du moins, les fautes de ce genre deviennent vraiment fréquentes?., On en peut conclure qu'au 1v° siècle avant J.-C. τ pour < n’était pas encore général. D'ailleurs s'il y avait eu identité parfaite entre ces deux sons, au moment de la réforme d’Archinos (403), on aurait, dès ce moment-là, adopté ofliciellement la graphie I au lieu de EI.

Le grec moderne ἃ conservé cette prononcia-

2, Elles sont courantes en Egypte dès le mme siècle a. J.-C. et on lrouve en Béotie. dés le v“ siècle avant J.-C., des graphies comme AIAONTOZ — ἀείδοντος. att. ἄδοντος « chantant » (au génitif), APISTOTITONIOZ — ἈἈριστογειτόνιος. — Les noms de lettres €, ni, qi, yi, Vi, au lieu de ξεῖ, net, φεῖ, jet, VEt (— ksé, pé, etc),

1. Voir p. 135, l'usage que les Béotiens font de cet ΕἸ. ς ; paraissent dater de l’époque où lon confondait εἰ et t. »

tion & © zesic, cris & trois », τὸ ἔχει(ν), lo è'-Ct « l'avoir ».

En résumé, notre prononciation trèys, ékèyn, avec e ouvert et yod, est radicalement erronée. Cet EI avait probablement, à l’époque classique, valeur de 6 long très ferme.

Remarque. La distinction entre la fausse diphtongue Ef et la vraie ἃ de l'importance au point de vue grammatical; certaines contractions notamment sont inexplicables sans elle. On retiendra qu'il y ἃ fausse diphtongue :

1° Par contraction de εξ : "βασιλέ-ες -» βασιλεῖς « rois »; "τρνήρε-ες —> τριήρεις « trirèmes »; "τρέν τες -» τρέες —> τρεῖς « (rOÏS » (ef. lat. tres); ἐ(Εὐεργαζόμην — εἰργαζόμην « je travaillais »; ποιέετε -» ποιεῖτε « VOUS faites » ; "λυτέεν -» λύειν « délier » l; ete,

20 Par suite d’allongement compensatoire : “Aubévrs + χυθένς ὃς λυθείς « délié »; ἐντί —+ *êvrot -» εἰσί « ils sont »; ἕν-ς -» εἷς

«ὉΠ »: ἐν-- -» εἰς « dans »; etc.

3° Pour une raison phonétique analogue dans εἰμί « je suis »; εἶναι « être »; εἴνεχα « à cause de »; ἐχεῖνος « celui-là »; χεῖλος « lèvre »; χείρ « main »; φθείρ « pou »: et dans les types φαεἰνός « brillant », ὀφείλω « je dois », χτείνω « je tue », φθείρω « je détruis », ἔστειλα « j'envoyai »

4°, — La voyelle H.

Le nom de cette lettre est 7-2, ‘originairement c'ta.

On l’a d’abord notée par E; ex. MEAEN (= μηδέν) « rien », puis par H, comme il ἃ été dit page 68. En attique, le plus ancien exemple de H voyelle date de 445 avant J.-C.; à partr de 403, cette graphie est constante.

1. On voit qu’il n’y avait pas d’! réel dans cette désinence. C'est pourquoi τιμᾶν, pour *ttuaey « honorer » s'écrit sans t souscrit.

Α l’origine, le son correspondant était donc un e; on sait par l'histoire du grec et par la versification que c'était un e lon.

Quelle nuance particulière s’est-on proposé de rendre, en employant lx? On peut conjecturer que c'était un e long ouvert, puisque l'e long fermé était déjà rendu par 2. Plusieurs arguments confirment cette hypothèse

Changement de ἃ en x. Le grec primitif ἄμα (lat. fama) aboutit en attique à φέρνη. Or, un a qui devient e ne peut donner, au début tout au moins, qu'ün e ouvert.

2° La contraction de σὴ en ὦ suppose de même un e ouvert (p. 193) μισθόητε -» μισθῶτε « que vous louiez ».

3° Un vers attribué à l'un des deux Cratinos (fragm. 41, v°s. av.?) est ainsi conçu : ὁ à ἠλίθιος ὥσπερ πρόθατον βὴ Or λέγων βαδίζει «et leniaiss’avance en disant bé be comme un mouton ». Comparer Aristophane, fragm. 562 : θύειν με μέλλει χαὶ χελεύει βὴ λέγειν «1] νὰ m'égorger et veut que je dise bé », ainsi que la glose d'Hésychius : βηδήν᾽ πρόθατον « bébé, nom de la brebis ». Il est diflicile de ne pas voir dans cet x un e long ouvert.

4. L’n peut provenir d’un à long ancien (type φήμη) ou d'un e long ancien (type Âut-, lat. sémi). En 403, il y avait à Athènes identité

entre ces n d’origine dilférente, puisqu'on les a notés par un même signe: indo-eur. ‘mater, atl. μήτηρ. Mais sur les vieilles inscriptions

de Céos, Naxos, Amorgos, on trouve ες pour 6 (ME — μή, ΑΝΕΘΕ- ΚΕΝ — ἀνέθηκεν) et n pour 4 (ΔΗ͂ΜΟΣ — δᾶμος, δῆμος): il s’agis-

sait sans doute, dans le premier cas, d'un e moins ouvert que dans le second.

4 Au 1v° siècle avant notre ère, les Béotiens, suivant l'exemple des Athéniens, ont entrepris une réforme de leur orthographe; ils ont introduit chez eux l'alphabet que les Attiques tenaient des loniens. Mais la prononciation béotienne différait par bien des points de la prononciation attique; elle était généralement en avance sur celle-ci; de là des adaptations souvent fort instructives.

L' des Béotiens au 11° siècle était un e long fermé. Pour transcrire ce son, ils employèrent douc l’attique ET, qui avait alors valeur de e long fermé (p. 123). Les formes yx « ne pas », ἀνέθηχε « 1 a consacré » qui, dans le vieil alphabet béotien, comme dans le vieil alphabet attique, s’écrivaient ME, ANEOEKE, devinrent ainsi MEI, ANEOEIKE. Quant à Ἢ, les Béotiens le substituèrent au groupe AI : Κα — χαί « et », XHPE = χαῖρε « salut ». Ceci prouve que chez eux l’ancienne diphtongue AI était devenue monophtongue. Or, lorsque le groupe &i passe à voyelle simple, c’est ordinairement en un ὁ ouvert qu'il se change, et on verra plus loin qu’en effet tel a été le cas en grec. Si les Béotiens ont transcrit cet ὁ issu de αὐ au moyen de "Ἢ attique, c’est donc que celui-ci avait encore à cette date le son de e ouvert.

Cependant il ne semble pas que cet ὁ füt aussi ouvert que celui du parisien féte. En grec noderne ἢ ἃ la valeur de ὦ : ἡ τιμή, ὦ timi « l'hon-

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